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La GRC se penche sur la vente de blindés canadiens en Libye

Le gouvernement libéral est préoccupé par un rapport des Nations unies (ONU) qui déplore qu'une compagnie canadienne ait livré plusieurs dizaines de blindés en Libye, alors qu'un embargo commercial interdit la vente d'armements à ce pays déchiré par la guerre.

Le ministère des Affaires mondiales a ainsi demandé à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de se pencher sur le document produit par le comité de l'ONU chargé de faire le suivi des sanctions imposées à la Libye.

On ignore toutefois pour l'instant si la GRC va lancer une enquête en bonne et due forme sur les agissements du constructeur de véhicules blindés Streit Group.

Le gouvernement de Justin Trudeau a dit vouloir laisser l'affaire entre les mains de la police.

« Il appartient à la GRC d'enquêter sur d'éventuelles violations à la loi canadienne, et c'est le Service des poursuites pénales du Canada qui doit déterminer, en s'appuyant sur les éléments disponibles, si le Canada a la juridiction pour poursuivre les contrevenants », a indiqué François Lasalle, porte-parole du ministère des Affaires mondiales dans un communiqué.

Le ministère n'a pas précisé quand le rapport produit en mars dernier avait été transmis à la police fédérale.

La nouvelle intervient moins d'une semaine après que la CBC eut diffusé série de reportages sur les activités de Streit en Libye, mais aussi au Soudan du Sud.

Rencontre avec Streit

Le comité des Nations unies a reproché à l'entreprise canadienne, qui a une usine à Innisfil, en Ontario, le « transfert illicite » de 131 véhicules de transport de troupes (VTT) en 2012.

Des représentants de Streit ont rencontré les enquêteurs de l'ONU en 2014 et leur ont remis plusieurs documents portant sur la livraison de blindés de modèles Cougar, Spartan et Cobra à la Libye en 2012, de même que des déclarations de douanes. La compagnie a assuré n'avoir rien fait de mal, et a rejeté avec vigueur qu'elle ait pu « contrevenir consciemment ou pas aux lois nationales ou internationales », selon le rapport du comité.

Les enquêteurs onusiens ont partagé leurs préoccupations avec les dirigeants de Streit de même qu'un compte-rendu de leurs conclusions, selon lesquelles la livraison de ces blindés constituait une violation de l'embargo.

La CBC a obtenu des copies de documents de ventes et d'expédition indiquant que l'entreprise a néanmoins continué à livrer des véhicules en Libye même après avoir reçu cet avertissement.

Au moins 79 blindés de types Typhoon et Spartan ont été expédiés dans ce pays où règne le chaos en 2014, d'après des documents obtenus de sources haut placées.
Des groupes de défense des droits de la personne ont exigé qu'une investigation soit menée au sujet des livraisons faites en Libye et au Soudan du Sud.

Dans les deux cas, les enquêteurs de l'ONU ont constaté que Streit avait livré des véhicules blindés non armés, mais sur lesquels on avait plus tard installé des armes et qui avaient été utilisés dans les conflits sévissant dans les deux pays.

Aggravation des violences

Le comité des Nations unies estime que toute livraison de blindés doit être interdite.

Le comité s'est également dit préoccupé par la possibilité que cet équipement se retrouve entre les mains de différentes milices.

Les défenseurs des droits de l'homme estiment que la livraison de blindés a contribué à aggraver les guerres civiles en Libye comme au Soudan du Sud.

La CBC a maintes fois invité Streit, propriété de l'homme d'affaires canadien Guerman Goutorov, à commenter l'affaire, mais la compagnie n'a pas donné suite à ces demandes.

Le ministère des Affaires mondiales avait auparavant affirmé que les véhicules en question avaient été construits à l'usine de Streit aux Émirats arabes unis et que les transactions ne relevaient donc pas des politiques canadiennes en matière de contrôle des armements.

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