Sollicitant une rencontre avec le ministre Gaétan Barrette, la Fondation et les pneumologues de l'Hôtel-Dieu de Sorel dénoncent l'« erreur administrative » qui les empêche d'acheter un appareil de diagnostic financé par la communauté.

Un texte d'Anne Marie Lecomte

Le Dr Jacques Godin exerce depuis 38 ans à l’Hôtel-Dieu de Sorel. Il était étudiant lorsqu’il y est entré.

« Tout ce qu’on a obtenu ici, ce n’est pas la politique qui nous l’a donné, c’est des combats pour chacune des choses », a affirmé ce pneumologue, mardi, lors d’une conférence de presse organisée par la Fondation de cet établissement.

Cette fois-ci, le Dr Godin, de concert avec la Fondation de l’Hôtel-Dieu de Sorel, sollicite « la compassion du gouvernement » de Philippe Couillard afin que la communauté soreloise puisse enfin acheter un appareil destiné au diagnostic du cancer du poumon, le bronchoscope EBUS.

La semaine passée, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a refusé d’autoriser l’Hôtel-Dieu de Sorel à acheter cet appareil, et ce, en dépit du fait que la population de Sorel-Tracy et de grands donateurs avaient amassé les 231 000 $ nécessaires pour cette acquisition.

Gaétan Barrette refuse de trancher seul

Le ministre Gaétan Barrette s’est défendu d’avoir interdit l’achat du bronchoscope, invoquant une décision « locale ». Mais, dans une lettre, la direction régionale de la santé avait plutôt cité une décision « ministérielle ».

Pour résoudre ce qu'il qualifie « d'imbroglio », le ministre Barrette demande à l'Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS) de trancher. Le rapport de ce dernier est attendu en mars.

Si l'INESSS recommande de donner le feu vert à l'Hôtel-Dieu de Sorel, « on va le faire », a déclaré Gaétan Barrette mardi.

L'appareil réclamé par l'hôpital sorelois est plus complexe qu'un « bronchoscope simple », ajoute M. Barrette. « C'est un appareil d'écho-endoscopie bronchique, qui requiert une technique et une expertise particulières. »

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Montérégie-Est, qui chapeaute l'Hôtel-Dieu de Sorel, compte deux autres centres hospitaliers : Honoré-Mercier et Pierre-Boucher, pour une population d'un peu plus d'un demi-million d'habitants.

Le président de la Fondation de l'Hôtel-Dieu de Sorel, Jocelyn Cayer, affirme avoir reçu verbalement à l'été 2015, du CISSS de la Montérégie-Est, l'assurance que « l'argent amassé dans la région [pour l'appareil] resterait dans la région ».

Une région durement touchée par le fléau du tabagisme

« Le réseau local de santé affiche un taux de mortalité par tumeurs malignes significativement supérieur à celui du Québec », affirme le Dr Godin, citant une étude provinciale. « Pas seulement de la Montérégie, pas seulement de la Montérégie-Est ».

La grande région de Sorel affiche le plus haut taux de cancer des poumons de la Montérégie. Même que l'incidence du cancer du poumon y est bien plus élevée que dans le reste de la province. Bien que le tabagisme y soit moins prévalent qu'auparavant, ce fléau frappe néanmoins jusqu'à 22 % de la population de la Montérégie-Est, contre 20 % pour l'ensemble du Québec.

Dans les difficultés vécues par la région, le Dr Godin cite aussi des problèmes de nature environnementale.

Des malades âgés et peu fortunés

À l'Hôtel-Dieu de Sorel, les quatre pneumologues affirment réunir toutes les conditions nécessaires justifiant l'achat et l'utilisation à long terme du bronchoscope.

L'établissement envoyait auparavant ses patients au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) pour qu'ils obtiennent un examen par bronchoscopie. Puisque cet examen médical gagnait en popularité, le CHUM « tardait à faire nos cas », explique le Dr Godin. Envoyés à l'hôpital Charles-Lemoyne, les patients sorelois se sont bientôt heurtés aux mêmes délais.

Reste Saint-Hyacinthe, où les cas de l'Hôtel-Dieu de Sorel sont désormais envoyés en bronchoscopie. Mais pour des patients très malades, âgés en moyenne de plus de 70 ans, et qui doivent être accompagnés pour subir pareil examen, le voyage à Saint-Hyacinthe n'est pas une sinécure.

« Il n'est pas rare que mes patients refusent d'aller à Saint-Hyacinthe », explique Martine Dulude. une pneumologue embauchée par l'Hôtel-Dieu de Sorel précisément pour faire notamment de la bronchoscopie.

Or, comme l'explique le Dr Dulude, à Sorel, il n'y a ni service d'autobus ni transport collectif pour se rendre à Saint-Hyacinthe. La population, plus défavorisée qu'ailleurs en Montérégie, n'a pas les moyens de payer 240 $ pour faire en taxi cet aller-retour.

Une « erreur administrative »

Cette jeune médecin a pour sa part refusé d'aller faire ses examens de bronchoscopie à Saint-Hyacinthe. « Je trouve ridicule de déplacer et le docteur et le patient pour un examen qu'on peut faire ici », dit-elle.

Par année, on dénombre une centaine de cas de patients nécessitant une bronchoscopie à Saint-Hyacinthe, et 88 à l'Hôtel-Dieu de Sorel, ce qui n'est guère moins, plaident les pneumologues de cet établissement qui dessert une population de 51 000 habitants.

Je vois mal comment on peut pénaliser la population pour une erreur administrative qui a été faite.

Le Dr Jacques Godin, pneumologue à l'Hôtel-Dieu de Sorel

Une centralisation improvisée, selon le maire

Le maire de Sorel, Serge Péloquin, réclame du premier ministre Philippe Couillard qu'il rappelle son ministre de la Santé à l'ordre. De dire M. Péloquin : « Il [Gaétan Barrette] est en train de saccager l'ensemble du système de santé ».

« Son "trip" de centralisation improvisé, on en a plein... jusque là où le dos perd son nom », ajoute Serge Péloquin en parlant du ministre Barrette.

À Sorel, il se trouve des patients excédés pour dire à la Dre Martine Dulude d'en finir en achetant l'appareil de bronchoscopie « sur Kijiji ».

Mais l'affaire ne peut se résoudre aussi simplement, dit la jeune pneumologue. Sans l'acceptation de Québec, explique-t-elle en substance, l'hôpital ne pourra obtenir tout ce que nécessite l'utilisation de l'appareil, les services d'une infirmière, par exemple.

Un cas qui va se répéter?

Cette situation qui se produit à Sorel risque de se reproduire ailleurs dans la province, selon Martine Dulude. « On est encore précurseur à Sorel et c'est pour ça que la question se pose pour un premier centre, dit-elle. La question va se poser maintenant pour tous les centres ».

En début de carrière, Martine Dulude refuse de quitter Sorel si le bronchoscope n'y est pas installé. Cette bataille pour obtenir cet appareil n'a pas d'incidence financière pour elle. « Ça ne me donne pas un sou de plus à moi. Je le fais pour offrir le service à mes patients », dit-elle.

Quant au Dr Godin, il sera à la retraite l'été prochain. Mais il se dit « très craintif » pour la suite des choses, rappelant que du temps de la commission Rochon, il s'était trouvé des voix influentes pour dire que l'Hôtel-Dieu de Sorel « ne devrait pas exister ».

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