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La légalisation du cannabis, un dilemme pour l’armée canadienne

À moins de six mois de la date butoir de la légalisation du cannabis au pays, les Forces armées canadiennes (FAC) se trouvent devant un dilemme : comment encadrer adéquatement la consommation des militaires en fonction?

Un texte de Murray Brewster de CBC News

Les hauts dirigeants de l’armée appréhendent déjà les conséquences de la légalisation du cannabis, dont l'entrée en vigueur est prévue l'été prochain, sur le travail des troupes, que ce soit lors d’interventions au pays ou de déploiements à l’étranger.

« Nous nous demandons comment les gens seront en mesure de faire leur travail », explique le lieutenant-général Chuck Lamarre.

« Nous pensons aux gens qui doivent utiliser de l'équipement lourd ou des armes, ou encore à ceux qui sont sollicités sur une base régulière pour des opérations, comme nos techniciens en recherche et sauvetage », précise-t-il.

La question de la consommation en milieu de travail fait déjà l’objet de débats un peu partout au pays. Les responsables des FAC sont toutefois conscients qu'il est délicat d'opposer les droits individuels des militaires aux enjeux de sécurité nationale, surtout dans un contexte où il deviendrait de plus en plus normal et accepté de consommer de la marijuana.

Un contexte particulier

Au Canada, l’encadrement de la consommation d’alcool et de drogues dans les milieux de travail est généralement laissé à la discrétion des employeurs, en tenant compte des lois en vigueur dans chaque province.

Pour le lieutenant-général Lamarre, il ne fait nul doute que l'armée, avec ses différentes unités (terrestre, maritime, aérienne), est loin d’être un environnement de travail ordinaire. C’est pourquoi il estime qu’il ne faut pas hésiter à considérer des mesures d’encadrement plus serrées pour les militaires.

Une équipe d'experts en politiques militaires, qui regroupe des médecins, des juristes et des officiers en service, a été mandatée au printemps dernier pour examiner les implications de la loi.

Le lieutenant-général Lamarre indique qu’il est trop tôt pour savoir si les FAC imposeront des limites sur la consommation de marijuana, mais il se dit prêt à suggérer des mesures basées sur des recommandations scientifiques.

L’armée canadienne a déjà limité et même interdit la consommation d’alcool par ses militaires dans le passé, notamment lors de missions en Afghanistan.

Un contrôle difficile à appliquer

Il existe au sein des FAC des politiques qui permettent de soumettre les personnes occupant des postes-clés ou stratégiques à des tests de dépistage aléatoires. Il y a quelques années, des responsables avaient mené des campagnes à l’interne pour allonger la liste de métiers concernés par ces tests.

Leur campagne avait toutefois échoué. Le lieutenant-général Lamarre rappelle que l’armée est soumise aux lois canadiennes et qu’elle doit, pour cette raison, faire attention à la façon dont elle gère les tests aléatoires.

D’autres sont, au contraire, d’avis que l’armée peut se permettre d’être plus sévère.

C’est le cas de Stuart Hendin, un expert en droit constitutionnel, qui a œuvré comme consultant en maintien de la paix auprès de l’ONU.

M. Hendin croit qu’un contrôle serré de l’usage de la marijuana au sein des FAC serait défendable du point de vue des lois fédérales, mais aussi du point de vue de l’opinion publique. « Voudriez-vous qu’un [de nos] soldats conduise un char d’assaut en étant complètement défoncé? [La réponse est] non », soutient-il.

« Je crois que le public s’attend à ce qu'on impose des standards élevés aux militaires, au même titre [qu'aux] policiers », ajoute l'expert.

En attendant, le lieutenant-général Lamarre dit poursuivre l'examen des lois afin de déterminer ce qui pourrait éventuellement être considéré comme une infraction. Il évoque par exemple la conduite sous l'influence de stupéfiants.

« Comment peut-on gérer ça? », se demande-t-il en rappelant que les analyses d'urine et de sang ne sont pas toujours efficaces, car le cannabis peut être détecté chez les consommateurs réguliers durant plusieurs jours – voire des semaines – après leur dernière utilisation.

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