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La motion conservatrice dénonçant la discrimination religieuse battue aux Communes

Sans surprise, la motion conservatrice visant à condamner la discrimination religieuse, qui a déchaîné les passions la semaine dernière à la Chambre des communes, a été défaite, mardi après-midi.

La motion déposée en réaction à une motion libérale condamnant « l'islamophobie et toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémiques » a été battue par un score de 165 contre 126.

Une écrasante majorité d'élus libéraux ont voté contre la proposition conservatrice, tandis qu'en face, dans les banquettes du Parti conservateur, une vaste proportion des votes ont été enregistrés en sa faveur.

Avant d'entrer en Chambre, mardi, la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, avait répété que le gouvernement libéral ne pouvait appuyer la motion mise aux voix en raison de l'absence du terme islamophobie, qui est, selon elle, « important ».

Le terme est contenu dans la motion libérale M-103 déposée par une députée ontarienne d'arrière-ban, Iqra Khalid, à laquelle ont voulu répliquer les conservateurs en mettant de l'avant leur propre mouture, jeudi dernier.

Le duel de motions a mené à des échanges acrimonieux à la Chambre des communes la semaine dernière, les députés des camps libéraux et conservateurs se lançant mutuellement des accusations d'intolérance.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert ont maintes fois déploré la tournure et le ton des débats, et ont annoncé qu'ils voteraient en faveur des deux motions, ce qu'ils ont fait mardi après-midi.

La motion M-103 a été déposée aux Communes en décembre dernier, mais elle a pris un nouveau sens après la fusillade survenue le 29 janvier dernier pendant la prière dans une mosquée de Sainte-Foy.

Quelques heures avant le vote sur la motion des conservateurs, en conférence de presse au parlement, le Forum musulman canadien avait exhorté les élus à cesser de mêler la communauté musulmane à leur « jeu politique ».

Les porte-parole de l'organisation ont cependant affiché leur préférence pour la motion M-103, accusant les conservateurs de chercher à « délégitimer [la notion d']islamophobie » et de vider la proposition libérale de sa substance en évacuant le terme.

La motion conservatrice, présentée comme plus « inclusive », visait à condamner « toutes formes de racisme systémique, d'intolérance religieuse et de discrimination à l'égard des musulmans, des juifs, des chrétiens, des sikhs, des hindous et des autres communautés religieuses ».

Un débat moins diviseur à Toronto

Pendant ce temps, du côté de Queen's Park, le chef du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, Patrick Brown, a signalé qu'il comptait voter pour une motion libérale condamnant l'islamophobie qui doit être présentée jeudi.

« Je pense que toute forme de haine doit être condamnée. Et l'islamophobie, ça existe », a dit le leader de la formation aux journalistes, mardi.

Ce que doivent subir ceux qui sont de confession musulmane en ce moment est horrible. Le Québec a été un signal d'alarme.

Patrick Brown, chef du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario

À Ottawa, certains conservateurs, dont plusieurs candidats à la direction du parti, ont dit craindre que la motion libérale – non contraignante – puisse empêcher les gens de critiquer l'islam.

Certains ont également exprimé des réserves par rapport à la définition du terme islamophobie.

« Si des djihadistes du groupe État islamique venaient ici, j'aurais peur qu'ils me violent et me tranchent la tête. Est-ce de l'islamophobie? Je l'ignore », a, notamment, soulevé Marilyn Gladu.

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