Retour

La pionnière Claire Kirkland-Casgrain n'est plus

Première femme députée, première femme ministre et première femme juge au Québec, Claire Kirkland-Casgrain vient de s'éteindre à l'âge de 91 ans.

Née au Massachusetts, cette jeune avocate n'avait pourtant pas l'intention de jouer les pionnières. C'est la mort de son père, député et médecin, qui lui fait prendre le chemin de la politique durant les années 1960.

Si les Québécoises ont obtenu le droit de vote en 1940, il aura fallu attendre 21 ans avant qu'une première femme puisse s'asseoir à l'Assemblée nationale. Et cette femme, c'est Claire Kirkland-Casgrain.

Elle allait d'ailleurs demeurer la seule femme à siéger à Québec jusqu'à son départ en 1973.

Première femme députée, mais aussi première femme ministre du Cabinet Lesage, elle lutte pour améliorer le statut des femmes mariées.

Elle-même avocate, elle avait dû faire signer son mari pour louer un appartement à Québec. La loi 16, adoptée en 1964, permettra aux femmes mariées de signer des contrats.

Première juge à la Cour provinciale

Claire Kirkland-Casgrain refusait l'étiquette de féministe. Pourtant, c'est elle qui a créé le Conseil du statut de la femme.

Mère de trois enfants, elle faisait parfois la route de Québec à Montréal juste pour partager un repas avec sa famille, avant de retourner à ses activités ministérielles.

À la tête du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche puis des Affaires culturelles, au sein du gouvernement Bourassa, on lui doit, entre autres, la création de l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec et la Loi sur les biens culturels.

Elle ajoutera aussi à sa carrière une autre première : elle sera la première femme à être nommée juge à la Cour provinciale, en 1973.

De sa vie politique, elle ne voulait conserver que les bons souvenirs, préférant taire les remarques de collègues masculins qui voyaient la politique comme une chasse gardée.

La pionnière a d'ailleurs été couverte de distinctions. Elle a notamment été faite chevalière de l'Ordre national du Québec et était membre de l'Ordre du Canada.

Plus récemment, elle a reçu le prix Pfizer de la pionnière, décerné par la Fondation du Y des femmes de Montréal, en mai 2002, et la médaille du Barreau du Québec, le 21 mai 2005, pour sa contribution exceptionnelle au Québec moderne.

Hommages et funérailles nationales

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a annoncé, par voie de communiqué, « la tenue de funérailles nationales pour souligner l'engagement et le dévouement de Mme Kirkland-Casgrain qui, en tant que première femme à exercer des fonctions dans les domaines politique et juridique au Québec, a mis ses convictions au service de l'égalité entre les femmes et les hommes ».

« On est à un moment charnière où, enfin, on peut vraiment viser l'égalité homme-femme. Aujourd'hui, ce n'est pas encore atteint, mais c'est à portée de main grâce à la contribution de ces femmes-là », a déclaré le député caquiste de Chambly, Jean-François Roberge.

« C'est pour moi un monument. Je pense qu'elle a laissé l'héritage de la voix des femmes parce qu'elle est aussi allée au Conseil des ministres. C'est la première femme de beaucoup de choses. Elle s'est engagée dans l'ensemble de notre appareil », a également commenté la députée péquiste Nicole Léger.

« Le cheminement de Mme Kirkland-Casgrain est tout simplement admirable. Il est difficile pour nous aujourd'hui d'imaginer le nombre de difficultés et de tracas auxquels elle a dû faire face en entrant à l'Assemblée nationale, un lieu où ne siégeaient que des hommes avant son arrivée », a pour sa part déclaré le maire de Montréal, Denis Coderre.

Julie Latour, ex-bâtonnière du Barreau de Montréal et bru de Mme Kirkland-Casgrain, se rappelle surtout son humilité. « Elle ne se voyait pas comme un modèle. Elle voulait faire avancer les choses. [...] Elle n'avait pas d'amertume ou ne faisait pas un bilan négatif. Elle regardait vers l'avant et encourageait les autres. Parfois peut-être sous-estimait-elle le prix qu'elle avait dû payer parce qu'elle était mère de trois enfants en politique », a-t-elle confié.

Plus d'articles

Commentaires