En vertu de la nouvelle constitution adoptée en fin de semaine par le congrès, devenir membre du Parti libéral du Canada sera aussi facile que de faire un « j'aime » sur Facebook. Mais, sous le prétexte d'être le plus démocratique possible, on pourrait assister à la plus grande centralisation qu'on ait jamais vue dans un parti politique canadien.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Parce que lorsque tout le monde peut, d'un simple clic de souris, devenir membre du parti, il n'y a pas vraiment de militants, pas de cadres régionaux. Juste une base électorale définie comme ceux qui auront fait, à un moment donné, un « like » sur une photo de Justin Trudeau. Une situation, surtout, où on peut facilement noyer toute dissidence dans une mer de démocratie numérique.

Bien sûr, les apparences sont modernes et se veulent dignes d'un parti politique 2.0. L'objectif est facile à comprendre : avoir la base de données la plus importante possible pour avoir un moyen de rejoindre et de mobiliser les électeurs le moment venu. C'est la méthode qui a fait la fortune de Barack Obama et de plusieurs politiciens depuis.

Mais quand on dilue le pouvoir des membres dans une masse de gens qui n'ont en commun que d'avoir donné leur adresse courriel, on se trouve aussi à noyer les voix fortes de véritables militants et on augmente d'autant le pouvoir de la direction du parti.

Il est vrai que le fait de permettre aux sympathisants libéraux plutôt qu'aux seuls membres de pouvoir voter lors de l'élection de Justin Trudeau comme chef libéral a bien servi le parti. Mais le PLC était alors le troisième parti aux Communes, il venait de subir la pire défaire de son histoire et il avait grand besoin de visibilité.

Au pouvoir, ce qu'on présente comme de l'ouverture peut facilement devenir la recette d'une véritable pagaille. Par exemple, maintenant que devenir membre du PLC est si facile, les lobbies de tout acabit auront tout le loisir d'investir les circonscriptions. Que ce soient des cigarettiers ou des médecins contre l'aide médicale à mourir, il y aura là une tribune que les lobbies seront tentés d'utiliser.

Parfois même, trop de membres peut conduire à des situations ingérables. Les assemblées pour le choix d'un candidat local - surtout quand le parti a le vent dans les voiles - pouvaient déjà devenir un véritable cirque quand les organisations des candidats devaient vendre des cartes de membres. Imaginez maintenant qu'il suffira d'un simple clic!

Feu, les sections provinciales

D'autre part, et c'est plus inquiétant, la nouvelle constitution libérale se trouve à mettre sous tutelle et à enlever tout pouvoir aux sections provinciales aux autres instances (femmes, Autochtones, etc...) qui pourraient faire contrepoids à la direction centrale du parti ou au bureau du premier ministre.

Souvenons nous du temps, pas si éloigné, où Denis Coderre avait démissionné de son poste de leader de l'aile québécoise du PLC pour dénoncer une gestion trop centralisée par « la gang de Toronto ». Maintenant qu'il n'y aura, en pratique, plus d'aile québécoise, ce désagrément ne risque plus de se reproduire.

Ce sera peut-être un embarras de moins pour l'entourage du chef. Mais - surtout au Québec, et en l'absence d'un lieutenant québécois, une institution qui avait pourtant bien servi les chefs libéraux, à commencer par Pierre Elliott Trudeau - ce pourrait être une centralisation qui empêchera d'être au courant de ce qui se passe sur le terrain.

Quand on voit la difficulté qu'a le maire de Québec d'obtenir un simple rendez-vous avec le ministre des Transports dans un dossier simple comme le pont de Québec, on peut se demander si c'est une si bonne idée pour le Parti libéral de négliger ses instances provinciales et autres intermédiaires qui permettaient à ceux qui sont plus loin d'Ottawa d'être entendus.

Dans le Parti libéral 2.0, les membres qui veulent faire part de leur préoccupations à la direction pourront sans doute écrire l'équivalent d'un statut Facebook. Mais ils ne pourront qu'espérer qu'à l'autre bout, il y aura des gens pour cliquer sur le bouton « j'aime »...

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Un avion s'écrase dans un arbre





Rabais de la semaine