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La pression s'accentue sur Trudeau pour faire face à l'immigration clandestine

À Ottawa, l'opposition demande au gouvernement Trudeau d'intervenir pour endiguer l'entrée au pays d'immigrants illégaux en provenance des États-Unis – un phénomène qui prend de l'ampleur, mais qui n'a pas encore convaincu le premier ministre de modifier les règles d'immigration.

Depuis quelques semaines, un nombre croissant d'immigrants illégaux, craignant d'être expulsés des États-Unis par la nouvelle administration de Donald Trump, s'introduisent au Canada à l'abri des regards, en évitant les postes-frontières officiels.

Bien que dangereux en raison du froid, ce voyage est souvent le seul moyen dont ils disposent pour demander le statut de réfugié au Canada, puisqu'en vertu d'un accord signé entre Ottawa et Washington (l'Entente entre le Canada et les États-Unis sur les tiers pays sûrs), l'entrée au pays leur est interdite s'ils ont déjà déposé une demande d'asile aux États-Unis.

C'est donc pour régler ce problème que, depuis des semaines, l'opposition demande des actions concrètes d'Ottawa.

« On a comme l'impression que ce gouvernement se met la tête dans le sable en refusant de reconnaître l'urgence de la situation », déplore Hélène Laverdière, porte-parole du NPD en matière d'affaires étrangères.

Appuyé par Amnistie internationale et d'autres groupes, le NPD presse le gouvernement d'abandonner l'Entente, faisant valoir que les États-Unis ne sont plus un pays sûr pour les réfugiés.

Le Parti conservateur, lui, souhaite plutôt que le gouvernement Trudeau augmente le contrôle aux frontières et qu'une fois arrêtés, les immigrants illégaux soient remis aux services frontaliers américains.

« Est-ce que le gouvernement va appliquer et renforcer au besoin nos lois pour stopper les passages à la frontière illégaux et dangereux? », demande le porte-parole conservateur en matière de sécurité publique, Tony Clement.

Le premier ministre Trudeau refuse toutefois de modifier les règles actuelles. « Les Canadiens ont confiance dans notre système d'immigration, dans l'intégrité de nos frontières », a-t-il répété mardi.

Nous allons continuer à viser un équilibre entre un système rigoureux et accepter les personnes qui ont besoin d'aide.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Son ministre de l'Immigration, lui, relativise les choses. Ahmed Hussen reconnaît que les traversées clandestines augmentent, mais rappelle qu'historiquement, elles fluctuent d'une année à l'autre.

D'autres y voient une tendance préoccupante. Le premier ministre manitobain, Brian Pallister, a promis de discuter de cette question avec ses homologues des autres provinces plus tard cette semaine afin d'élaborer une stratégie à long terme. Sa province est l'une des plus touchées : en fin de semaine dernière, 35 migrants ont traversé la frontière près de la ville d'Emerson. Selon M. Pallister, les ressources actuelles ne suffisent pas pour faire face à la situation, d'autant plus que les migrants arrivent souvent mal en point après plusieurs heures de marche dans le froid et la neige.

À l'approche du printemps, le phénomène risque d'ailleurs d'augmenter, selon le président du Syndicat des douanes et de l'Immigration, Jean-Pierre Fortin. « Quand la température est plus clémente, les réfugiés [arrivent] en plus grand nombre », constate-t-il.

De son côté, l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a annoncé lundi un renforcement de sa présence à la frontière québécoise et un centre temporaire a été improvisé par les autorités. L'agence a précisé que le nombre de demandes d'asile déposées à la frontière québécoise avait plus que doublé entre 2015 et 2016. Le mois dernier, 452 personnes ont déposé des demandes, contre 137 en janvier 2016.

Le conseil municipal de Montréal, au Québec, a aussi adopté à l'unanimité une déclaration visant à faire de l'agglomération une ville refuge, où les immigrants en situation irrégulière n'auront pas à craindre d'être expulsés s'ils sollicitent les autorités.

Avec la collaboration de Louis Blouin

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