Quand il a fait adopter sa loi sur les élections à date fixe, le premier ministre Stephen Harper ne pensait certainement pas qu'il devrait aller en campagne électorale au moment où le Canada risque de se retrouver officiellement en récession et avec le dollar canadien presque à un creux historique.

Une analyse de Michel C. Auger

Pas mal plus difficile, dans les circonstances, de faire campagne sur le thème de l'expérience et de la stabilité d'un leadership bien établi en matière économique.

Cela force le premier ministre à tenir un discours pour le moins ambigu. Ainsi, mardi, dans ce que son entourage décrivait comme l'une des annonces les plus importantes de sa campagne, M. Harper promettait le retour d'un crédit d'impôt de 15 % sur les rénovations domiciliaires.

Sauf que ce crédit d'impôt sera disponible à une date indéterminée. Pas question de le promettre pour le prochain budget en 2016. Il s'agit de saine prudence, a dit M. Harper, même si le communiqué émis par le Parti conservateur parlait bien du budget 2016-2017.

Bref, le premier ministre craint que les finances publiques ne permettent pas à son gouvernement de dépenser le 1,5 milliard de dollars que coûterait ce programme.

D'un côté, donc, M. Harper est confiant et dit que l'économie canadienne va bien et que les finances publiques sont saines. Il affirme ne pas craindre une récession ou que le déficit revienne dès l'an prochain, comme le prévoit le directeur parlementaire du budget.

De l'autre, le premier ministre n'est pas certain - et ne croit pas qu'il serait prudent - de s'engager à dépenser 1,5 milliard de dollars pour aider les Canadiens à rénover leur maison, leur condo ou leur chalet.

Pour stimuler

Le plus ironique, c'est qu'un programme en tous points similaires, mais de nature temporaire, avait été lancé dans le budget de 2009 pour stimuler l'économie canadienne. Dans le temps, on croyait que c'était un bon moyen de faire sortir le Canada de la pire crise économique depuis les années 1930.

Aujourd'hui, alors que l'économie canadienne est en recul depuis cinq mois (il en faut six pour être officiellement en récession), il ne serait plus prudent d'avoir de tels programmes pour stimuler l'économie.

Bref, la vision économique du Parti conservateur se cherche quelque part entre la confiance et la prudence.

Ce n'est pas la première contradiction du lancement d'une campagne au ton plutôt agressif des conservateurs. Ainsi, dans une publicité mise en ligne mardi, M. Harper essaie d'établir un contraste fort entre son leadership en matière économique et celui de ses adversaires.

Il affirme donc que « Justin », n'est pas prêt - tentant de diminuer la prestance de son adversaire en n'utilisant que son prénom - et que « Mulcair » n'est qu'un « politicien professionnel ».

Un « politicien professionnel », n'est-ce pas exactement ce qu'est aussi Stephen Harper?

Voilà bien peu de prudence de la part du chef conservateur. Parce que la publicité négative ne fonctionne que lorsqu'elle ne peut se retourner contre son auteur. Et pour Stephen Harper, d'affirmer que Thomas Mulcair est un politicien professionnel, ce n'est pas très différent de McDonald's qui achèterait des pubs pour dire qu'A&W vend de la malbouffe.

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