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La rainette faux-grillon bondit au conseil d'agglomération de Longueuil

Le maire de Saint-Lambert a surpris quelques-uns de ses collègues au conseil d'agglomération de Longueuil, lors de leur séance de mercredi soir, en opposant développement économique et protection de l'environnement.

Un texte de Bernard Barbeau et Jérôme Labbé

Le conseil d'agglomération se réunissait 24 heures après que le conseil municipal de Longueuil eut accepté de payer une pénalité de 2 millions de dollars au ministère de l'Environnement du Québec pour pouvoir passer outre aux normes de la nouvelle loi sur la conservation des milieux humides.

La mairesse de Longueuil, Sylvie Parent, venait d’indiquer qu’elle n’était pas en mesure de répondre sur-le-champ à un citoyen qui souhaitait savoir le site choisi par Molson-Coors pour établir sa nouvelle brasserie, dans l’arrondissement de Saint-Hubert, figure au répertoire des sites contaminés du gouvernement du Québec.

Pierre Brodeur a alors tenu à intervenir.

« J’ai rien contre les environnementalistes, mais à un moment donné, l’économie doit suivre son chemin, a-t-il clamé. Si on laisse aux environnementalistes libre cours, on sera la province où il y aura le plus de rainettes faux-grillons dans le Canada. Il y a des villes qui ont été bloquées dans leur développement. Il faut, je pense, relativiser ce problème-là, qui à mon avis, n’en est pas un. »

Or, la question du citoyen ne faisait pas référence à la petite grenouille. Et la Ville de Saint-Lambert n'est directement concernée ni par l'établissement de l'usine de Molson à Longueuil ni par la menace à l'habitat de la rainette faux-grillon : on ne retrouve celle-ci ni à Saint-Lambert ni dans le secteur où Molson va s'installer, selon les environnementalistes consultés par Radio-Canada.

Sylvie Parent n'est pas revenue sur le sujet, mais les maires de Boucherville et de Saint-Bruno-de-Montarville se sont vite dissociés de la position de M. Brodeur.

« Il y a moyen de concilier développement économique et protection de l’environnement, a signalé Jean Martel, de Boucherville. Et je peux vous dire qu’à la Ville de Boucherville, on accorde une très grande importance à la protection de la rainette faux-grillon. »

« Il y a peut-être des gens qui pensent qu’on exagère, a convenu Martin Murray, de Saint-Bruno. Au contraire, je pense que la rainette faux-grillon est un peu le canari de la marine, est un indicateur de l’état de santé de nos collectivités et, donc, je pense que c’est important qu’on puisse les protéger en prenant toutes les dispositions nécessaires. »

« Et l’un n’empêche pas l’autre, a poursuivi M. Murray. Le développement économique peut se faire en ayant des pratiques environnementales qui sont exemplaires. »

Des environnementalistes stupéfaits

« Complètement rétrograde! » a lancé Patrick Bonin, de Greenpeace, sur Twitter. « Bravo, maire de Boucherville et de Saint-Bruno, de défendre la biodiversité et de rappeler qu'économie et environnement vont de pair », a-t-il ajouté.

Le Conseil régional de l'environnement (CRE) de la Montérégie a lui aussi félicité les maires Martel et Murray sur Twitter : « Une belle prise de position [...] La protection de l'environnement et le développement durable sont des opportunités économiques! »

« Je ne comprends vraiment pas et je suis vraiment très, très choqué de sa déclaration », a affirmé en entrevue Tommy, Montpetit, chargé de projet pour la rainette faux-grillon au sein l’organisme Ciel et Terre. Il n'y a aucun doute que l'habitat de la rainette faux-grillon doit absolument être protégé, a-t-il fait valoir.

M. Montpetit se demande pourquoi le maire Brodeur a parlé de la grenouille dans le contexte du déménagement de Molson à Longueuil.

L'environnementaliste a même donné sa bénédiction à la construction d'une brasserie à l'emplacement choisi. « S’il y a un endroit où construire, c’est bien à cet endroit-là. Un secteur fortement industrialisé, entre une autoroute et un aéroport, où il y a beaucoup de bruit. Ce n’est vraiment pas un endroit pour la rainette faux-grillon. »

Alain Branchaud, biologiste et directeur général pour le Québec de la Société pour la nature et les parcs, reproche au maire de Saint-Lambert de créer de la confusion.

« Si à chaque fois qu'il y a des obstacles au développement et qu'on met ça sur le dos de la rainette faux-grillon ou de toute autre espère en péril, je pense qu'on nuit à la protection de notre biodiversité. Et c'est ce qui est en train de se passer [...] C'est un peu la folie furieuse en ce moment », juge-t-il.

Sur Twitter, l'organisme WWF-Canada français a voulu replacer la déclaration anecdotique de M. Brodeur dans un contexte plus large.

« À dire et redire : la protection de la rainette faux-grillon va au-delà d'une petite grenouille. Les milieux humides, son habitat, sont d'une grande importance pour l'ensemble de l'écosystème. Dont l'humain fait aussi partie! »

Avec la collaboration de Thomas Gerbet

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