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La réforme de l'assurance-emploi donne du fil à retordre aux conservateurs en Atlantique

Le Parti conservateur détient 13 des 32 circonscriptions des provinces atlantiques, mais rien ne garantit qu'il saura y maintenir sa position en raison de la grogne qui y règne contre le gouvernement de Stephen Harper.

Un texte de Marilyn Marceau

Dans la circonscription de Madawaska-Restigouche, au nord-ouest du Nouveau-Brunswick, détenue par le conservateur Bernard Valcourt, le travailleur saisonnier Jean-Yves Martin n'a toujours pas digéré ce qu'il considère être un affront de la part du gouvernement Harper.

« Pourquoi ils s'en prennent aux travailleurs saisonniers qui travaillent du mieux qu'ils peuvent? Et ils vont les écoeurer dans l'hiver en plus! Ça n'a pas de bon sang. Ils méritent d'avoir la tranquillité pour le petit bout de temps qu'ils sont arrêtés », nous raconte-t-il sur le chantier routier où il travaille, entre Saint-Léonard et Saint-Quentin.

M. Martin était représentant syndical lors de l'annonce de la réforme de l'assurance-emploi. Il fait partie de ceux qui ont organisé des rassemblements pour protester contre ces changements.

Durant l'hiver 2012-2013, des milliers de Néo-Brunswickois ont manifesté contre la réforme. Plusieurs craignaient de perdre leurs prestations en raison du resserrement des conditions d'admissibilité.

Depuis janvier 2013, ceux qui sont considérés comme des « prestataires fréquents » du programme doivent accepter un emploi, même s'il est moins payant et s'il se trouve jusqu'à 100 km de leur domicile.

À l'annonce de cette réforme, plusieurs citoyens de l'Atlantique se sont sentis attaqués par les conservateurs, particulièrement au Nouveau-Brunswick. Ce parti détient 8 des 10 sièges dans cette province.

Pour voir notre graphique sur l'allégeance des députés à la dissolution de la chambre, cliquez ici.

Impact de la réforme : les avis divergent

Les conservateurs affirment que les craintes des opposants à la réforme ne se sont pas concrétisées.

D'ailleurs, selon les données du ministère de l'Emploi du Canada, fournies en juillet 2014, moins de 1 % des refus d'accorder des prestations étaient liés à la réforme des conservateurs.

Rencontré à son quartier général d'Edmundston, le député conservateur sortant de Madawaska-Restigouche, Bernard Valcourt, affirme ne pas avoir vu d'impact négatif à la suite des changements au programme d'assurance-emploi.

Le ministre des Affaires autochtones ajoute que les changements apportés par son gouvernement ont aidé des travailleurs à se trouver un emploi plus stable grâce à des formations et que les entreprises aussi ont vu des avantages.

« Ce que les gens ne disent pas, c'est que si on vérifie auprès de nos employeurs, ils ont reçu un bénéfice de cela, parce qu'ils ont plus de facilité à avoir la main-d'oeuvre dont ils ont besoin ».

« Ils ne connaissent pas le même monde que moi », réplique le candidat néo-démocrate dans Madawaska-Restigouche, Rosaire L'Italien, rencontré à l'usine de pâte d'Edmundston, où il est venu serrer des mains.

Il affirme qu'il connaît des gens qui ont perdu leurs prestations en raison du resserrement des conditions d'admissibilité à l'assurance-emploi.

« Je ne sais pas comment le gouvernement, les conservateurs font leurs calculs, mais ils sont dans le champ, affirme l'ex-journaliste, parce que je pourrais vous nommer des gens, mais ils ont demandé de garder l'anonymat, ces gens-là sont timides et ne veulent pas venir étaler leur pauvreté à tout le monde ».

Le chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau, a dévoilé son intention de bonifier le programme d'assurance-emploi, lors d'une annonce à Bouctouche au Nouveau-Brunswick.

Le candidat local, René Arseneault, est fier de pouvoir faire la promotion de cette promesse dans la région.

« Les libéraux, la différence avec les conservateurs, c'est que nous on sait que ce n'est pas l'employé qui est saisonnier, c'est l'emploi qui est saisonnier, soyons humains. Les emplois sont saisonniers, donc ça prend des gens qui acceptent de travailler là-dedans, dans des emplois saisonniers », explique l'avocat.

Pour voir notre graphique sur la répartition des votes dans Madawaska-Restigouche, cliquez ici.

La réforme en aurait poussé plusieurs à aller ailleurs

En sillonnant la circonscription de Madawaska-Restigouche, où l'industrie forestière est très importante, Radio-Canada a demandé aux électeurs s'ils avaient senti les effets de la réforme.

Plusieurs croient que le resserrement des règles de l'assurance-emploi a poussé encore plus de gens de l'Atlantique à aller travailler dans l'Ouest du pays, des gens qui préféraient partir que de vivre dans la crainte de ne pas être admissible à recevoir des prestations. Le travailleur saisonnier Jean-Yves Martin dit en connaître.

D'autres affirment ne pas avoir vu d'impact.

Jean-Luc Caouette, de Saint-Quentin, travaille pour le groupe Savoie, qui fabrique et exporte des produits du bois.

« Je pense que ça a été une tempête dans un verre d'eau, partie par un parti politique. Il y a eu aucun effet négatif, selon moi, parce j'ai des gens qui travaillent avec nous, au groupe, et à d'autres emplois, des travailleurs saisonniers et ils n'ont pas eu d'effets négatifs sur l'assurance-emploi ».

Il affirme que lui-même a utilisé le système d'assurance-emploi depuis la mise en vigueur des changements et qu'il n'a pas eu de problèmes. « Il n'y a jamais personne qui m'a rappelé pour savoir si vraiment j'avais vérifié ailleurs à une heure de route ou dans la région ».

L'industrie forestière est très importante dans Madawaska-Restigouche. Ce camion chargé de bois se rend au moulin de Saint-Quentin.

Le pouls de la campagne dans Madawaska-Restigouche

La lutte s'annonce dans cette circonscription détenue par les conservateurs. En 2011, Bernard Valcourt a repris la circonscription des mains des libéraux. L'avocat avait déjà été député dans la région (Madawaska-Victoria) de 1984 à 1993.

Il a été un ministre influent dans le gouvernement de Brian Mulroney. Au cours de ces années, il a réussi à obtenir du financement pour de nombreux projets dans le nord du Nouveau-Brunswick et plusieurs électeurs s'en souviennent.

Le candidat libéral, René Arseneault, se présente pour la première fois en politique. Cet avocat de Balmoral est davantage connu dans l'ouest de la circonscription. Son défi sera de remporter des votes dans l'est, territoire où Bernard Valcourt a toujours bien fait et où il est moins bien connu, comme nous l'avons constaté. Il pourrait tirer avantage de la grogne contre le gouvernement Harper et profiter de la base libérale dans la circonscription.

Le NPD est représenté par Rosaire L'Italien. Ce parti a obtenu son meilleur résultat lors des élections de 2004, en terminant deuxième avec près de 28 % des voix. Deux ans plus tard, le parti avait terminé troisième avec 23 % des votes.

M. L'Italien est un personnage connu par certains, mais des électeurs pourraient hésiter à voter pour ce parti, surtout si les sondages sont défavorables au NPD en fin de campagne.

Carnet de campagne : tous à la défense des travailleurs saisonniers

Les candidats des principaux partis politiques ont des visions différentes de l'assurance-emploi, mais ils se rejoignent sur un point : ils s'affichent en défenseurs des travailleurs saisonniers. Dans Madawaska-Restigouche, il fait bon de les défendre.

Voici quelques-unes des citations des candidats entendues lors de notre passage dans la circonscription :

Le candidat NPD Rosaire L'Italien est venu serrer la main des travailleurs de l'usine de pâte d'Edmundston, un employeur important dans la région.

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