Retour

La saga Bombardier atterrit à l'Assemblée nationale

La saga des augmentations de rémunération de six hauts dirigeants de Bombardier refuse de mourir et se transporte maintenant à l'Assemblée nationale, où les trois partis d'opposition - PQ, CAQ et QS - déposeront tour à tour des motions demandant notamment l'annulation des augmentations consenties.

« Essentiellement, ce que l’on veut envoyer, c’est le message porté par plus de 90 % de la population québécoise, à l’effet qu’il faut renoncer à ces augmentations de salaire indécentes et on souhaite que le premier ministre porte ce message », a déclaré le leader parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, en entrevue à RDI.

La motion de l'opposition officielle sera déposée en après-midi, mais pour qu’elle soit débattue il faut que le gouvernement accepte de se livrer à l’exercice. « C’est un test important quant à la sincérité du gouvernement à protéger les intérêts des Québécois », affirme M. Bérubé.

La motion, même adoptée, n’aurait de portée que sur le plan moral, puisqu’elle est dépourvue de toute incidence coercitive.

Le PQ réclame notamment le gel des salaires des hauts dirigeants de Bombardier, et ce, jusqu’à ce que l'entreprise atteigne un certain seuil de rentabilité.

Demande de retrait du « cadeau fiscal »

Le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, s’en est également pris « au cadeau fiscal de MM. Couillard et Leitao [Carlos, ministre des Finances] » contenu dans le dernier budget provincial. Une mesure fiscale accorde en effet des réductions d’impôt aux contribuables parmi les plus riches de la province.

M. Lisée a souligné qu'en conséquence, les six hauts dirigeants de Bombardier verront ainsi leur rémunération augmenter de plus de 500 000 $ (100 000 $ pour M. Beaudoin, 170 000 $ pour M. Bellemare et 75 000 $ pour les quatre autres membres de la haute direction) seulement grâce à cette mesure.

Le chef du PQ demande ainsi au premier ministre de « renoncer à cette mesure fiscale qui ajoute du glaçage sur le sundae sur la cerise de tout le gâteau et de tout le garde-manger que le 1 % du 1 % a déjà grâce à lui ».

M. Bérubé abonde dans le sens du chef : « Les oppositions sont regroupées, avance-t-il. On souhaite que le gouvernement se joigne à nous pour que cette motion soit unanime. Plus de 90 % des citoyens québécois sont indignés. On se fera leur voix cet après-midi. »

« Si MM. Couillard et Leitao tiennent à se faire les porte-voies et les défenseurs du 1 % du 1 %, qu’ils laissent le vote libre aux membres de leur caucus pour voir combien sont d’accord avec eux », a conclu M. Lisée.

Le PQ demande des comptes

Le PQ reproche au gouvernement Couillard d’avoir investi 1,3 milliard de dollars dans la division du C Series, sans exiger de droit de regard sur les activités de l’entreprise.

Le PQ et la CAQ martèlent depuis des mois que le gouvernement aurait dû se négocier une place au sein du conseil d’administration en plus d’obtenir des garanties sur le maintien des emplois au sein de l’entreprise.

M. Bérubé croit que la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a pour sa part investi 2 milliards de dollars au sein de la division Transports de Bombardier, pourrait tenter d’influence le vote des actionnaires pour qu’ils rejettent les augmentations de rémunération consenties à la haute direction.

Le député péquiste estime que le gouvernement de M. Couillard a le devoir de s’ingérer dans les affaires de Bombardier depuis qu’il a choisi d’y placer plus d’un milliard de dollars de l’argent des Québécois. Il ajoute que la participation de la Caisse de dépôt et placement du Québec milite également en ce sens.

M. Bérubé reproche au gouvernement libéral de M. Couillard d’avoir mis en scène son leader parlementaire, Jean-Marc Fournier, lors d'une manifestation contre les augmentations consenties aux dirigeants de Bombardier, dimanche. Il estime aussi que le premier ministre Couillard s’est trop rapidement réjoui du report d’une partie de ces augmentations, hier.

« Il n’y a pas de recul [de Bombardier], on va seulement différer l’augmentation salariale à un peu plus tard », soit de 2019 à 2020, souligne M. Bérubé. « Les Québécois sont au même point que lorsqu’ils ont appris cette nouvelle. »

Bien que Québec solidaire compte appuyer la motion péquiste, ce parti déposera malgré tout sa propre motion demandant au gouvernement de M. Couillard de renégocier l’entente de financement conclue avec Bombardier.

Appuyée par une pétition qui a récolté l’adhésion de 25 510 signataires, cette motion sera soumise au même traitement que celle du PQ et elle devra recevoir l’approbation du gouvernement pour être discutée.

« Indécent », estime Legault

Le chef de la CAQ, François Legault, reproche au premier ministre Philippe Couillard d’être demeuré « passif » dans le dossier Bombardier. Il reproche à M. Couillard d’avoir mis plusieurs jours avant de « se rendre compte de la colère des Québécois » et de réagir aux augmentations consenties à la haute direction.

M. Legault reproche également au premier ministre de s’être satisfait d’un simple report (de 2019 à 2020) du paiement d'une partie de ces augmentations.

« Philippe Couillard est même allé plus loin, il a accusé tous ceux qui s’opposent à cette proposition de Bombardier de nuire à Bombardier », a-t-il ajouté.

Le chef de la CAQ rappelle avoir rapidement dénoncé l’entente avec Bombardier parce qu’elle faisait courir tous les risques au gouvernement québécois sans obtenir de siège au conseil d’administration ni de garanties en ce qui a trait au maintien des emplois.

Il estime que les hausses de rémunération sont indécentes pour une entreprise qui a enregistré des pertes de 1,3 milliard de dollars.

« Essentiellement, cette perte vient de la division de la C Series, mais ça veut également dire que les autres divisions n’ont aucune rentabilité », déplore M. Legault.

Sans remettre en question la compétence du PDG de Bombardier, Alain Bellemare, M. Legault estime que sa rémunération est suffisante pour gérer une entreprise déficitaire.

Le chef de la CAQ a toutefois dénoncé la rémunération de 5 millions de dollars versée au président du conseil d’administration, Pierre Beaudoin. « Présider une réunion par mois, ça ne vaut pas 5 millions par année », a-t-il dénoncé.

Il a également souligné la présence de l’ancien premier ministre du Québec et chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Daniel Johnson, au sein du conseil d’administration de Bombardier. « On parle d’un paiement pour l’année 2016 – rémunération plus options – de 900 000 $ à Daniel Johnson », poursuit M. Legault.

« Les apparences sont à l’effet qu’il y a une proximité entre Daniel Johnson, Bombardier et le Parti libéral », avance-t-il.

Un débat de société

Bombardier a provoqué la grogne populaire en annonçant des augmentations de plus de 50 %, en 2016, de la rémunération des membres de la haute direction de Bombardier, une année pourtant marquée par le licenciement de milliers d'employés dans le cadre du plan de redressement de l'entreprise.

Dans un geste d’apaisement, la direction de la société québécoise a annoncé, dimanche, avoir reporté d'un an - de 2019 à 2020 - le versement de la moitié des augmentations salariales consenties à six de ses hauts dirigeants.

En entrevue à RDI lundi matin, le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, a convenu que les salaires des hauts dirigeants pouvaient sembler démesurés par rapport à ceux des autres employés de l’entreprise. Il a toutefois précisé qu’il s’agissait d’un débat de société qu’il ne lui appartenait pas de mener.

En dépit de pertes de 1,3 milliard de dollars en 2016, l'action de Bombardier a grimpé de 61 % à la Bourse de Toronto pour clôturer l'année à 2,16 $. L’entreprise a jugulé les pertes subies l’année précédente, en 2015, qui s’élevaient à 7 milliards de dollars.

Bombardier a également procédé à plusieurs milliers de licenciements afin de réduire ses dépenses. D'ici la fin de 2018, quelque 14 500 postes devraient avoir été éliminés dans le monde.

À lire aussi :

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine