Elle va durer 13 mois. Ce sera la saison des dérapages et des surenchères identitaires entre la Coalition avenir Québec et le Parti québécois qui va occuper une part démesurée du débat électoral d'ici le 1er octobre 2018.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi Info

Ce n’est pas étonnant, la plupart des militants des deux partis savent que celui qui finira derrière risque de ne jamais s’en relever. Mais quand on joue le tout pour le tout, le risque de dérapage augmente.

Et il ne suffit de presque rien pour mettre le feu aux poudres. La semaine dernière, ça a été une déclaration du maire de Québec, Régis Labeaume.

Le mot amalgame est peut-être le plus mal utilisé de la langue française, c’est pourtant le seul qui convient au discours de M. Labeaume quand il a mis dans le même sac les casseurs masqués et violents « venus de Montréal » pour manifester dans sa belle ville et la nécessité d’interdire le niqab et la burqa dans l’espace public.

Outre le fait qu’il y ait à peu près autant d’ours polaires que de burqas dans l’espace public de sa ville, ce serait, selon M. Labeaume, le moyen d’enrayer la montée de mouvements d’extrême droite, comme La Meute.

L’interdiction du voile

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, emboîte le pas pour réclamer — une fois de plus dans son cas — l’interdiction du port du voile intégral dans tout l’espace public. Fait à noter, il n’y a même plus de justification pour des raisons de sécurité publique ou de laïcité de l’État. Juste une interdiction parce que ça dérange, ce qui ne passerait certainement pas le test de nos tribunaux.

M. Lisée voudrait aussi suspendre l’étude du projet de loi sur la neutralité religieuse de l’État, le temps d’entendre des experts de pays ayant légiféré en ce sens. Il n’y a que la France et la Belgique qui aient édicté une interdiction totale comme celle que voudraient MM. Labeaume et Lisée.

Allons donc voir en France ou en Belgique. Est-ce que les tensions entre communautés se sont apaisées depuis l’interdiction? Y a-t-il eu moins d’actes de violence? Est-ce que la paix sociale y est mieux assurée qu’au Québec? Malheureusement, poser la question c'est y répondre.

Le visage voilé « dégoûte » les gens, disait M. Labeaume. Et il est tentant de gouverner par sondages, surtout en année électorale. Mais si l'on suivait les sondages, il faudrait aussi éviscérer la loi 101 en permettant un plus grand accès à l’école anglaise et, tant qu’à y être, rétablir la peine capitale.

Les demandeurs d’asile

Autre dérapage, le débat sur la soudaine arrivée de demandeurs d’asile.

Ici, c’est le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, qui est monté aux barricades. Le Québec a atteint sa limite d’intégration et la présence de ces demandeurs va coûter trop cher à la province, dit-il. Comme si quelques millions de dollars en aide d’urgence allaient grever le budget annuel de 110 milliards de dollars du Québec, ou même l’enveloppe de 320 millions de dollars qu’Ottawa verse annuellement au Québec pour l’immigration.

On peut aussi se demander si cet afflux — qui reste moins important que ceux qu’on a connus en 2008 et 2009 sans que cela fasse d’alarmantes manchettes — va au-delà de notre capacité d’intégration. D’autant que la plupart des demandeurs sont jeunes et francophones, bref, ceux qui ont les meilleures chances de s’intégrer.

Le meilleur moyen de s’intégrer est l’emploi. Or, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante disait justement il y a quelques jours qu’il y a 78 600 emplois vacants au Québec actuellement. Un record.

Il faut donc plus que les chiffres jetés en l’air par M. Legault pour qu’on voie la nécessité de réduire de 50 000 à 40 000 le nombre d’immigrants, sans qu’on sache où il a pêché ce nouveau seuil. Comme on ne comprenait pas où il avait trouvé, plus tôt cette année, le grand danger du programme de réunification des familles, qui est bien plus restrictif que ne le disait le chef de la CAQ.

Ce qu’on sait, cependant, c’est qu’à la commission parlementaire qui s’est tenue ce printemps sur les seuils d’immigration, personne n’a plaidé pour un tel recul. M. Legault devrait peut-être parler aux maires de toutes les régions du Québec qui veulent plus d’immigrants, pour occuper ces emplois vacants et contrer le vieillissement de la population.

Pour ne pas être en reste, craignant d’être dépassé sur sa droite identitaire juste avant le vote de confiance de son parti, M. Lisée a terminé cette belle semaine en faisant une douteuse équation (un amalgame!) entre ce qu’il en coûte d’accueillir les demandeurs d’asile et le nombre de bains hebdomadaires dans les CHSLD.

Et pendant ce temps, le gouvernement Couillard se pose en donneur de leçons. Comme s’il n’avait pas enflé symboliquement la « crise » en utilisant le stade olympique ou le Palais des congrès. Comme si, surtout, l’austérité n’avait pas rendu possibles les comparaisons douteuses entre l’aide aux demandeurs d’asile et la situation des aînés dans les CHSLD.

Et dire qu’on en a encore pour 13 mois.

Plus d'articles

Commentaires