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La Saskatchewan renforce la sécurité en milieu rural

Plus de 250 policiers, dont 120 de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), seront déployés en milieu rural en Saskatchewan, afin d'y réduire le taux de criminalité.

Cette initiative s'inscrit dans le cadre d'un projet de renforcement de la sécurité en région dévoilé mardi matin par le ministre de la Justice, Gordon Wyant. Le projet en soi fait suite à une série de recommandations d'un comité chargé d'examiner l'état de la criminalité dans la province.

En plus des policiers, l'équipe d'intervention fera de la place à 98 agents de conservation de la faune, qui patrouillent déjà régulièrement en milieu rural. Tous les agents recevront une formation complète visant à améliorer leur réponse aux différents appels d'urgence, particulièrement aux crimes commis dans des propriétés privées.

Le principal objectif du gouvernement est de réduire le temps de réponse des policiers aux appels d'urgence. Par exemple, un agent de conservation de la faune qui se trouve près d'une résidence où a lieu un crime pourra intervenir directement et plus rapidement que des agents de la GRC qui ne sont pas dans le secteur.

Avec cette nouvelle unité d’intervention, on veut aussi combattre le trafic de drogue en assurant une présence policière accrue sur les routes de la province.

Parmi les mesures prévues pour endiguer le fléau de la criminalité, le gouvernement compte ajouter 40 agents mandatés par le ministère de la Voirie et de l’Infrastructure qui patrouilleront sur les autoroutes. Ils se verront également confier des pouvoirs supplémentaires, comme l'arrestation et la mise en détention des suspects.

Les agents pourront aussi être appelés à intervenir en cas d’accident de la route, en prêtant rapidement assistance aux victimes.

Près de 6 millions de dollars seront investis dans la mise en place de ce plan d'action. La Société d'assurances de la Saskatchewan (SGI) assumera la majeure partie des coûts en versant 4,9 millions de dollars. Le reste sera couvert par le gouvernement provincial.

Des mois de critiques

Les crimes commis en milieu rural étaient dans la ligne de mire du gouvernement depuis plusieurs mois en raison de critiques formulées à l'égard des interventions d’urgence, souvent jugées inadéquates en raison du manque d’effectifs.

En automne dernier, l’Association des municipalités rurales de la Saskatchewan (SARM) avait notamment réclamé l’ajout d’agents sur le terrain pour assurer la sécurité des fermiers, après avoir constaté une recrudescence des activités criminelles dans différents secteurs.

L’organisation était même allée jusqu’à suggérer aux membres de la communauté rurale de s’armer pour assurer eux-mêmes leur sécurité devant le manque de services offerts par le gouvernement.

L’affaire de Colten Boushie, un jeune Autochtone abattu par un fermier alors qu’il était à proximité du terrain de ce dernier, avait contribué à nourrir le débat sur la sécurité en milieu rural.

Le gouvernement Wall a emboîté le pas aux critiques et a mis sur pied un comité chargé de fournir des recommandations sur les meilleurs moyens pour réduire le nombre de crimes. Le comité, piloté par l’ex-ministre Herb Cox, a organisé une série de consultations et a parlé à des dizaines d’acteurs du milieu rural, à des particuliers ainsi qu'à des représentants des Premières Nations.

Au cours de ses recherches, le comité a observé une augmentation des crimes violents, surtout ceux concernant le trafic de drogue et les activités liées aux gangs de rue.

Parmi les recommandations formulées par le comité, on note l’ajout de services de soins de santé mentale et l’élaboration de stratégies de réduction et de sortie des gangs, de concert avec le gouvernement fédéral.

« Le Comité a entendu plusieurs questions sur la criminalité dans les zones rurales et urbaines, l'absence de visibilité de la police dans les zones rurales était préoccupante », a déclaré Herb Cox en conférence de presse.

« Nous sommes très heureux de répondre aux recommandations », a-t-il ajouté.

Des réactions généralement favorables

Le président du SARM, Ray Orb, aurait voulu encore plus d'investissements, mais s'est dit optimiste pour la suite des choses. « Nous voulions plus d'agents sur le terrain, nous voulions voir plus de policiers [...] Il n'y a pas plus d'agents, mais ils ont une visibilité plus importante et nous avons obtenu des délais de réponse plus rapides », a-t-il déclaré.

L’Association des éleveurs de la Saskatchewan s’est pour sa part réjouie des mesures annoncées par le gouvernement de Brad Wall. « Les éleveurs sont confrontés tous les jours à du vol de bétail de même qu'à des entrées par effraction. Les délais de réponse des services d’urgence sont des enjeux [importants] », ont fait savoir ses représentants par voie de communiqué.

Le commandant de la GRC en Saskatchewan, Curtis Zablocki, a accueilli favorablement l’annonce du ministre Wyant. « Nous avons eu de la misère à trouver des agents dans le nord de la province, il y a les accidents fréquents sur la route et la drogue qui transite sur notre territoire », a énuméré le commandant Curtis.

« Ces mesures vont nous permettre de mieux aborder certaines problématiques propres à la province », a-t-il ajouté.

L'annonce du ministre Wyant a toutefois laissé de glace l'opposition officielle. La chef intérimaire du Nouveau Parti démocratique, Nicole Sarauer, déplore le peu d'espace consacré aux soins de santé mentale et à l'éducation dans le projet, malgré les recommandations formulées sur ces aspects.

Mme Sarauer avance que le gouvernement Wall a distribué les ressources différemment sans pour autant débloquer les fonds pour créer de nouveaux postes. « Nous sommes face à une coquille vide », a-t-elle soutenu.

La chef du NPD rappelle que le gouvernement a réalisé d'importantes coupes dans les services policiers municipaux au cours des derniers mois. « Il sera intéressant de voir comment le gouvernement va déployer les ressources très limitées qu'il a présentées aujourd'hui », a-t-elle conclu.

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