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La tricherie a peut-être changé le résultat du Brexit, selon un lanceur d'alerte

Le lanceur d'alerte au coeur du scandale des données recueillies par Facebook, estime qu'il est « raisonnable » de conclure que de la « tricherie », par le biais de manipulations de données pour influencer les électeurs, a peut-être modifié le résultat du vote sur le Brexit.

Christopher Wylie a fait cette déclaration pendant un témoignage devant un comité parlementaire britannique sur les médias, mardi, dans la foulée du scandale Facebook et Cambridge Analytica.

Le Britanno-Colombien d'origine a allégué plus tôt que Cambridge Analytica avait recueilli des informations sur 50 millions d’utilisateurs Facebook et utilisé ces dernières dans la campagne électorale de Donald Trump en 2016. Le Canadien a aidé à fonder Cambridge Analytica, mais a quitté l’entreprise en 2014.

Selon Christopher Wylie, la campagne officielle pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a également eu accès à des données recueillies de manière inappropriée auprès d’utilisateurs de Facebook.

Une firme de Victoria écorchée par Christopher Wylie

Durant son témoignage, Christopher Wylie a aussi écorché l’entreprise de Victoria AggregateIQ (AIQ), comme l’a fait récemment un autre lanceur d’alerte, Shahmir Sanni, qui a soumis des documents à la commission électorale du Royaume-Uni. Il a soutenu qu’il croyait « absolument » que AIQ s’était servi de bases de données de Cambridge Analytica pour son travail sur le référendum européen.

Les données étaient utilisées pour influencer ce que certains électeurs voyaient sur les médias sociaux, selon Christopher Wylie. Il a rapporté que, d’après sa compréhension, AIQ ciblait des gens clés considérés comme pouvant changer l'issue du scrutin.

Il a dit au comité : « On ne peut pas avoir un logiciel de ciblage qui n’a pas accès à la base de données. Cambridge Analytica avait une base de données et AIQ se servait de cette base de données. Autrement, le logiciel n'aurait pas fonctionné. »

Il a aussi accusé l’entreprise d'effectuer des activités malhonnêtes sur une plus grande échelle, notamment pour les élections nigérianes. Le président du comité a soutenu que Christopher Wylie avait fourni des documents pour soutenir ses allégations à ce sujet.

Aggregate IQ se défend

Les deux cofondateurs de la firme AIQ, Jeff Silvester et Zack Massingham, tous deux à Victoria, sur l'île de Vancouver, n’ont pas répondu plus tôt aux nombreuses demandes d’entrevues de CBC au sujet des allégations de M. Sanni. « AggregateIQ travaille en pleine conformité avec toutes les exigences juridiques et réglementaires dans tous les endroits où nous exerçons des activités », a précisé l’entreprise à CBC, ajoutant « n’avoir jamais sciemment été impliquée dans une activité illégale ».

Dans une déclaration publiée sur son site Internet, le 24 mars, AIQ écrit : « Aggregate IQ ne fait pas partie et n’a jamais fait partie de Cambridge Analytica ou de SCL. Aggregate IQ n’a jamais eu de contrat avec Cambridge Analytica. Chris Wylie n’a jamais été employé par Aggregate IQ. »

SCL est la société mère de Cambridge Analytica.

Le lanceur d’alerte Christopher Wylie avait déjà soutenu qu’il avait joué un rôle dans la fondation de AIQ quand il était le directeur de la recherche pour SCL. Il a dit que les deux firmes partageaient une technologie sous-jacente et qu’elles travaillaient de si près ensemble que certains employés de Cambridge Analytica faisaient souvent référence à la firme canadienne comme un « département ».

Christopher Wylie exprime des regrets

Christopher Wylie a soutenu avoir des regrets pour son rôle dans la mise au point d'une technologie de ciblage qui rend ces brèches alléguées possibles. Il soutient toutefois que cette technologie peut être utilisée de manière éthique.

AIQ fait l’objet d’une enquête de la part du Commissaire d’information à la vie privée de la Colombie-Britannique

À la suite du témoignage de mardi, le Commissariat à la protection à la vie privée du Canada a signalé avoir communiqué avec son homologue provincial en Colombie-Britannique pour discuter du cas d'Aggregate IQ. « Nous avons été en contact avec notre pendant provincial en Colombie-Britannique qui a étudié des affaires relatives à Aggregate IQ », a déclaré dans un courriel Valerie Lawton, une porte-parole de l'organisme.

Le néo-démocrate ontarien Charlies Angus demande de son côté que Jeff Silvester d'AggregateIQ soit appelé à témoigner devant le comité d'accès à l'information et la vie privée et à l'éthique et de le citer à comparaître si nécessaire.

Avec des informations de Carolyn Ryan de CBC et The Associated Press

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