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Langues officielles : la nomination de Madeleine Meilleur divise le Sénat

La nomination de Madeleine Meilleur au poste de commissaire aux langues officielles du Canada divise les sénateurs qui auront, en principe, le dernier mot sur le choix controversé du premier ministre Justin Trudeau.

Un texte de François Pierre Dufault

Le Sénat pourrait même bloquer la nomination, selon certains de ses membres.

Le sénateur Ghislain Maltais dit que le caucus conservateur à la Chambre haute est prêt à voter en bloc contre le choix de l'ancienne ministre libérale de l'Ontario pour le poste de commissaire aux langues officielles.

Le membre du comité sénatorial sur les langues officielles juge que le passé politique de Madeleine Meilleur la disqualifie pour le poste de commissaire. Un agent du parlement « doit être impartial », martèle-t-il en entrevue avec Radio-Canada.

Ghislain Maltais exhorte Madeleine Meilleur à « renoncer à ce poste ». Il souhaite que le gouvernement reprenne du début le processus de sélection du prochain commissaire aux langues officielles.

Le sénateur conservateur du Québec croit que « la crédibilité » de l'ancienne politicienne et contributrice au Parti libéral du Canada est « entachée » par le fait qu'elle a eu accès à des proches du premier ministre Justin Trudeau avant sa nomination.

Ghislain Maltais dit que le choix de l'ancienne Procureure générale et ministre déléguée aux Affaires francophones de l'Ontario crée un malaise au sein même des communautés qu'elle serait censée défendre dans le rôle de commissaire. « Les plaintes proviennent de Vancouver à Charlottetown. Personne n'est content de cette nomination-là », signale-t-il.

Candidats acadiens « aussi compétents »

La sénatrice conservatrice Rose-May Poirier critique, elle aussi, le processus de sélection de la commissaire aux langues officielles.

La représentante du Nouveau-Brunswick au Sénat juge que le choix de Madeleine Meilleur est « hautement partisan » et qu'il « risque de compromettre l’intégrité du Commissariat ainsi que la confiance qu’ont les francophones et les anglophones dans celui-ci ».

Une « tempête dans un verre d'eau »

Par contre, la sénatrice indépendante Pierrette Ringuette affirme qu'elle appuiera sans réserve le choix de l'ancienne ministre libérale ontarienne pour le poste de chien de garde fédéral des communautés linguistiques en situation minoritaire.

La sénatrice du Nouveau-Brunswick dit qu'elle a eu l'occasion de travailler avec Madeleine Meilleur afin d'améliorer le taux de succès des francophones à travers le pays à l'examen d'accréditation à la profession infirmière, et que l'ancienne ministre ontarienne, elle-même infirmière et avocate de formation, « a été des plus efficaces [et] des plus engagées. »

Pierrette Ringuette, qui a été nommée au Sénat par l'ancien premier ministre libéral Jean Chrétien, croit que les francophones en milieu minoritaire se font du tort en s'opposant à la nomination de Madeleine Meilleur. « On dirait que parfois, les francophones, nous aimons nous flageller. Au grand plaisir des anglophones. Faudrait y réfléchir un peu », lance-t-elle.

Vote des sénateurs indépendants

Le vote des 28 sénateurs indépendants nommés par Justin Trudeau en 2016 pourrait être déterminant si la Chambre haute est appelée à se prononcer sur la nomination de Madeleine Meilleur. Ces sénateurs n'ont, en principe, aucune affiliation politique.

« Ça ne m'étonnerait pas qu'il y ait quelques sénateurs indépendants qui votent avec [les conservateurs]. À ce moment-là, ça bloquerait la nomination », laisse entrevoir le sénateur Ghislain Maltais.

Mercredi, le sénateur indépendant et artiste acadien René Cormier était, selon son bureau, toujours « en réflexion » à savoir s'il appuyait ou non la nomination de Madeleine Meilleur au poste de commissaire aux langues officielles.

La nomination controversée continue d'alimenter les débats à Ottawa.

Les députés d'opposition au Comité permanent sur les langues officielles de la Chambre des communes demandent à entendre des témoins, dont le secrétaire principal du premier ministre, Gerald Butts, avant de remettre leur rapport final.

La Fédération des communautés francophones et acadiennes (FCFA) du Canada a rencontré la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, mardi. Mais l'organisme soutien que l'élue responsable des langues officielles n'a pas répondu aux inquiétudes de ses membres et insiste pour rencontre le premier ministre Justin Trudeau à son retour d'un voyage en Europe.

Le Commissariat aux langues officielles a reçu trois plaintes à propos de la nomination de Madeleine Meilleur, dont une de l'ancien député néo-démocrate Yvon Godin.

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