Le Bloc québécois se plaint d'être traité comme un parti de seconde classe. Au-delà des grands débats, un petit enjeu dérange au quotidien. Il concerne un endroit secret au parlement, méconnu du public.

Un texte de Louis Blouin

C'est l'antichambre de l'opposition qui est la source des tensions. Dans cette pièce adjacente à la Chambre des communes, les élus conservateurs et néo-démocrates peuvent manger, tenir des réunions et reprendre leur souffle entre les débats. Ce grand salon est équipé d'ordinateurs, de fauteuils, de tables et d'ordinateurs. Cependant, les bloquistes et la chef du Parti vert n'y ont pas droit, parce que leur parti n'est pas officiellement reconnu.

Il faut au moins douze députés pour obtenir une place. Le Bloc en a dix, il est donc confiné au vestiaire de l'antichambre près des manteaux et de la distributrice d'eau. Après l'élection de 2011, ils n'étaient que quatre, mais avec dix élus, ils sont plus à l'étroit.

Le doyen de la Chambre des communes, Louis Plamondon, déplore la situation. « On doit prendre nos assiettes et s'en aller manger debout dans le vestiaire, mais là on nous a consenti quatre chaises. » Le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Fortin, est du même avis.

Elizabeth May est une habituée du vestiaire. Dans la même situation, la chef du Parti vert a droit à une chaise près de la penderie. Elle aimerait plus de flexibilité de la part de ses collègues. Elle y voit une tradition enfantine entre les partis d'opposition.

Pas de compromis

Le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique (NPD) ne semblent pas ouverts au compromis puisque le Bloc n'a pas suffisamment de députés. « Les règles existent et elles existent pour tout le monde », dit Gérald Deltell, député conservateur. « Nous, au NPD, si on offre un accès à des chaises ou à des tables, ça nous enlève de l'espace, explique le néo-démocrate Alexandre Boulerice. Il faudrait que les conservateurs fassent leurs efforts aussi ».

Peter Julian, le leader parlementaire du NPD, rappelle par ailleurs que le Bloc n'a pas fait de compromis dans le passé lorsqu'il était dans la même position.

Reconnaissance

La dispute du vestiaire est le symbole des frustrations que vivent les partis qui ne sont pas officiellement reconnus. Le Bloc a l'intention de déposer une motion pour demander des changements à la définition de parti reconnu. Il voudrait un budget de recherche et un droit de parole proportionnel à son nombre de députés notamment.

La chef du Parti vert est d'accord, c'est une question d'équité, croit-elle. Mme May pense que les députés doivent avoir des droits égaux « parce que les citoyens de ma circonscription ont les mêmes droits que tous les citoyens du Canada ».

Il semble peu probable que le gouvernement libéral change les règles en faveur des bloquistes. Il pourrait toutefois faire des accommodements à la pièce en matière de budget ou de représentation sur les comités.

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