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Le budget 2018 de la Ville de Montréal adopté malgré la grogne

Les critiques ont été nombreuses, les échanges musclés : le conseil municipal de Montréal n'en a pas moins décidé mercredi d'adopter – à 40 voix contre 24 – le premier budget de l'administration Plante-Dorais, qui prévoit notamment des hausses de taxes au-delà de l'inflation et une augmentation radicale des quotes-parts des villes reconstituées.

Un texte de Jérôme Labbé

« Pendant des années et des années, on a pelleté les problèmes par avant, et c'est de ça dont on hérite aujourd'hui », a réexpliqué la mairesse Valérie Plante, en avant-midi, lors d'une mêlée de presse tenue en marge de l'assemblée extraordinaire du conseil.

Mme Plante a reproché à ses prédécesseurs de ne pas avoir investi suffisamment dans les infrastructures de l'eau, de ne pas avoir relevé les prix des permis de construction, des contraventions et ainsi de suite, ce qui, selon elle, oblige la nouvelle administration à « aller de l'avant » et à « agir de façon responsable » en augmentant les taxes.

Pendant ce temps, l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville faisait tout ce qui était en son pouvoir pour que le budget ne soit pas adopté.

La formation Ensemble Montréal, qui a succédé à l'Équipe Denis Coderre pour Montréal, avait annoncé en début de semaine qu'elle soumettrait trois amendements au budget. Le principal, qui visait à annuler la hausse de la taxe de l’eau de 1,1 %, a été rejeté en début d'après-midi.

Dirigé par intérim par le conseiller Lionel Perez, Ensemble Montréal continue par ailleurs de soutenir que le budget est illégal, puisque le plan triennal d'immobilisations (PTI) n'a pas été déposé avant le 31 décembre 2017 – un dossier « suivi de près » par le ministère des Affaires municipales, mais qui « n'implique aucune conséquence juridique particulière », soutient la Ville de Montréal.

« Nos droits ont été brimés », a répété M. Perez ce matin, soutenant que l'absence de PTI ne permettait pas aux élus de pouvoir valider les chiffres du budget présenté il y a deux semaines.

« Arrêtez votre cinéma, M. Perez », a répondu Valérie Plante, ce qui a provoqué l'indignation des élus de l'opposition.

La mairesse a aussi rejeté la « main tendue » par son homologue, qui proposait de revoir avec elle le budget avant la date limite du 31 janvier. « Je pense que les Montréalais et les Montréalaises voient [clair dans] votre jeu depuis quelques semaines », a-t-elle ajouté.

Tôt en matinée, une trentaine de commerçants en colère avaient accueilli les élus à l'hôtel de ville, dénonçant entre autres la hausse de taxe non résidentielle de 3 % qu'ils devront subir en 2018.

« Mme Plante a trahi tout le monde », a lancé l'un des organisateurs de la manifestation, Peter Sergakis. « On ne peut pas accepter ça. C'est assez, les politiciens qui font des promesses et qui ne livrent pas la marchandise. »

Plus tôt, à Gravel le matin, M. Sergakis, qui est président de l'Union des tenanciers de bars du Québec, avait demandé à l'administration de « prendre une semaine de plus et de refaire le budget », qualifiant d’« énormes », « d’abusives » et « d’inacceptables » les hausses de taxes, tant pour les commerçants que pour les résidents, qui devront encaisser des hausses de taxes encore plus élevées, à 3,3 %.

« Le prix des menus va augmenter à Montréal, il n’y a aucun doute », a prévenu pour sa part François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l'Association des restaurateurs du Québec.

Mme Plante est sortie du conseil en cours de matinée pour aller à la rencontre des manifestants, qui s'étaient rassemblés dans le hall d'honneur de l'hôtel de ville pour suivre les débats. Les deux parties se sont entendues pour se rencontrer à une date ultérieure.

Le budget 2018 de la Ville de Montréal fait aussi l'objet de vives critiques des 15 villes reconstituées de l'agglomération montréalaise, qui verront leurs quotes-parts augmenter en moyenne de 5,3 %.

Dimanche dernier, plusieurs dizaines de personnes ont d'ailleurs manifesté devant l'hôtel de ville de Pointe-Claire pour protester contre la pression budgétaire exercée sur les villes liées.

Ces dernières se prononceront sur le budget demain au conseil d'agglomération, dirigé de facto par les élus de la Ville de Montréal.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine et de Julie Marceau

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