Le gouvernement Trudeau décoche quelques flèches aux États-Unis de Donald Trump, un changement d'attitude du Canada à l'égard de son voisin turbulent. Mais il émet ses critiques de la façon la plus canadienne qui soit : sur un ton poli, sans prononcer le nom du président américain et en disant « merci ».

Une analyse de Fannie Olivier

Quand un voisin bruyant déménage ses pénates au coin de la rue, vaut mieux ne pas grimper trop vite dans les rideaux et l’observer du coin de l’œil. On lui rend visite en souriant, on lui offre gentiment de l’aider à déplacer ses meubles. Bref, on essaie de le mettre dans sa poche.

C’est la stratégie qu’a employée jusqu’à présent le gouvernement de Justin Trudeau à l’égard de son voisin du Sud depuis l’élection de Donald Trump. Le gouvernement libéral a multiplié les pirouettes pour plaire au nouvel occupant de la Maison-Blanche depuis le début de l’année. Comment faire autrement, alors que l’économie canadienne est tellement dépendante de celle des États-Unis?

Le discours sur la politique étrangère prononcé mardi par la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, marque un tournant dans le ton canadien à l’égard de l’administration Trump. Le Canada lui signale clairement – mais toujours poliment, méthode canadienne oblige – qu’il est en désaccord avec ses visées protectionnistes, ses vues sur le climat et sa politique d’immigration.

D’autres se sont énervés plus tôt sur les manières de Donald Trump : la chancelière allemande Angela Merkel, pour qui l’Europe doit « prendre son destin en main », et le président français Emmanuel Macron, piqué par le retrait américain de l’Accord de Paris, qui a contre-attaqué avec le mot d’ordre « Make our planet great again ».

Le Canada entre donc dans la parade de ces nations qui affirment haut et fort que le voisin bruyant a dépassé les bornes. Il le fait sans jamais prononcer le nom de Donald Trump et sans l’attaquer de front. Il choisit plutôt, en présentant la façon dont Ottawa entend faire les choses en matière de politique étrangère, de démontrer que les États-Unis de Donald Trump font fausse route.

Critiques

D’abord, les troupes de Justin Trudeau dénoncent le repli sur soi. Mettre le Canada d’abord (« put Canada first » – en référence à un slogan du président républicain) constituerait « une mauvaise approche », a insisté Chrystia Freeland.

Elle s’en prend par ricochet au protectionnisme économique américain, en rappelant les effets négatifs qu’ont provoqués les obstacles au commerce dans la crise des années 1930. « L’histoire nous a appris cette leçon. Nous ne devrions pas être obligés de le réapprendre en vivant de nouveau cette pénible expérience », a-t-elle fait valoir.

Enfin – et c’est peut-être la goutte qui a fait déborder le vase - elle affirme que le Canada est « extrêmement déçu » de la décision américaine de retirer sa signature de l’Accord de Paris sur le climat.

Mais la ministre Freeland ne fait pas qu’envoyer des pointes à Washington. Elle remercie « profondément » les États-Unis d’avoir été « une nation indispensable » par leur contribution à la paix et à la prospérité au cours des sept dernières décennies.

Mais voilà. Les choses ont changé et il faut tenir compte des nombreux électeurs américains qui ont voté « en étant en partie animés par le désir de se libérer du fardeau de chef de file mondial ».

« Le fait que notre ami et allié met en doute la valeur de son leadership mondial fait ressortir plus nettement le besoin pour le reste d’entre nous d’établir clairement notre propre orientation souveraine », a signalé Mme Freeland.

Depuis janvier, le Canada tente d’apprivoiser l’administration Trump en la ménageant autant que possible. Cela n’a pas empêché Washington de bomber le torse dans les dossiers du bois d’œuvre et du lait. Ottawa aura-t-il plus de succès avec sa nouvelle tactique?

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