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Le Canada est votre meilleur client, dit Trudeau aux gouverneurs américains

L'assemblée annuelle estivale des gouverneurs américains a accueilli vendredi pour la première fois de son histoire un chef d'État ou de gouvernement, soit le premier ministre du Canada. Justin Trudeau a fait valoir à ces élus que le Canada est leur plus important client, et de loin.

C’est en évoquant le poète américain Wallace Stevens que le premier ministre canadien a entamé son allocution d'une vingtaine de minutes devant les gouverneurs des États américains.

« Je suis ce qui m'entoure », a écrit le poète. Citant cette phrase, Justin Trudeau a affirmé que les peuples américain et canadien partagent un même continent et que leurs solides relations se doivent d'être maintenues.

Puis, passant sans s'essouffler de la poésie à l’économie, Justin Trudeau a expliqué aux 35 gouverneurs rassemblés dans le palais des congrès de Providence que le Canada constituait, pour leur pays, un client plus important que la Chine, le Japon ou encore le Royaume-Uni.

Mike Pence se fait rassurant quant à l'avenir de l'ALENA

Plusieurs représentants canadiens issus du fédéral et des provinces accompagnaient le premier ministre Trudeau au Rhode Island.

Cette rencontre est importante dans la mesure où Ottawa, Washington et Mexico doivent entamer dans un mois la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Nombre d'observateurs craignent que ces pourparlers ne minent la relation canado-américaine.

Le vice-président américain, Mike Pence, qui était présent à l'assemblée des gouverneurs au Rhode Island, a eu à ce propos des mots rassurants, qu'a applaudis Justin Trudeau.

« Laissez-moi vous rassurer : les États-Unis et le Canada ont déjà bâti une relation forte sous le règne de ces deux leaders [Donald Trump et Justin Trudeau]. »

Le président Trump avait eu des mots très durs au sujet de l'ALENA. En campagne électorale, il avait qualifié l'accord de « désastre » pour son pays.

Le Canada, un partenaire de choix

Afin de tenter de renverser la vapeur, Justin Trudeau a rappelé aux gouverneurs vendredi que les deux tiers des États américains ont le Canada comme principal marché d'exportations.

De plus, les emplois occupés par neuf millions d'Américains dépendent directement du commerce avec le Canada, a-t-il poursuivi en substance.

Justin Trudeau a accompagné ses propos de mises en garde : la relation canado-américaine ne doit pas être considérée comme acquise par l'une ou l'autre partie. « Nous devons trouver une solution et, pour ce faire, il faut résister à la tentation d'emprunter des raccourcis politiques », a affirmé le premier ministre canadien.

Par « raccourcis », Justin Trudeau entendait « barrières commerciales, obligations de contenu local, accès privilégiés aux contrats gouvernementaux pour les acteurs locaux », entre autres exemples. « Ce type de politique tue la croissance », a-t-il mis en garde.

« Mes amis, le Canada ne veut pas aller dans cette direction, a prévenu Justin Trudeau. Nous voulons une frontière commerciale plus mince, pas plus étanche. »

Non sans humour, Justin Trudeau a fait allusion à la stratégie du « beigne », une trouvaille d'analystes qui tentaient de décrire les diverses actions entamées par les Canadiens afin de renforcer le dialogue et les liens entre les deux pays, a-t-il dit. En vertu de cette stratégie, le gouvernement canadien axe ses efforts non seulement vers Washington mais aussi tout autour, vers d'autres paliers de gouvernement aux États-Unis.

Le Canada tente aussi d'établir des percées auprès des entreprises et des organisations non gouvernementales afin de renforcer ses liens commerciaux avec elles.

M. Trudeau a pu s'entretenir avec quelques-uns des gouverneurs. Le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, est sorti de la rencontre en reconnaissant les différends entre les deux pays quant aux politiques sur les produits laitiers, tout en réfutant l'idée que tout irritant pourrait entraîner le démantèlement de l'ALENA.

M. Walker a déclaré aux journalistes que « l'accord a besoin d'être amélioré », ajoutant qu'il s'agit d'un traité « vieux de deux décennies » et qu'il y a toujours moyen d'améliorer les choses.

Établir des liens avec d'éventuels alliés

Les États-Unis doivent faire connaître leur position en vue des futures négociations de l'ALENA la semaine prochaine.

Les représentants canadiens affirment que l'objectif à long terme est de créer des relations qui seront utiles, advenant la possibilité que le Canada ait besoin d'alliés qui se positionnent en faveur de l'ALENA.

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, la ministre des Relations internationales du Québec, Christine St-Pierre, le ministre des Transports de la Nouvelle-Écosse, Loyd Hines, et des sénateurs font notamment partie de la délégation au Rhode Island.

« Nos discussions ici ont un but : le libre-échange et les renégociations de l'ALENA », a dit Christine St-Pierre en entrevue à 24|60, qui devait rencontrer un représentant mexicain et les gouverneurs de quatre États américains.

« Il s'agit d'un exercice de relations publiques pour convaincre nos partenaires de l'importance des échanges », a-t-elle ajouté, en précisant : « Nous avons l'Accord de libre-échange à coeur. »

La ministre provinciale, qui a rappelé la nomination cette semaine de Raymond Bachand comme négociateur en chef pour le Québec dans le dossier de renégociation de l'ALENA, a soutenu que l'Accord doit demeurer tripartite, suggérant de former un « bloc nord-américain » pour contrer ce qui peut venir d'autres marchés, notamment la Chine.

Mme St-Pierre a admis qu'il y a des gens qui pensent que la prospérité ramenée par l'ALENA n'a pas été distribuée équitablement.

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