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Le Canada et le Québec sont-ils prêts pour les voitures autonomes?

Uber, Google, Ford, General Motors : les entreprises sont nombreuses à travailler à la mise au point de voitures autonomes et des compagnies d'ici veulent aussi leur part du gâteau. Pourtant, plusieurs questions demeurent sans réponse, que ce soit en matière de sécurité ou d'encadrement législatif, le Québec et plusieurs autres provinces canadiennes ne disposant toujours pas de lois en la matière.

La révolution est en marche, clament les grands fabricants automobiles et les géants de la Silicon Valley, en parlant de ces voitures et autres véhicules sans pilotes qui arrivent sur les routes d'ici, mais surtout sur les artères du pays de l'Oncle Sam, dans le cadre de divers essais routiers sur des voies publiques.

Pourtant, malgré les promesses de voitures sans volant ni pédales, capables de transporter des passagers d'un bout à l'autre des villes sans anicroche, plusieurs obstacles se dressent toujours devant le rêve du véhicule pleinement autonome.

D'abord, celui de la sécurité, de l'efficacité des détecteurs employés, ainsi que de la rapidité des réflexes des futurs chauffeurs automatisés.

En début de semaine, l'entreprise Uber, l'un des principaux joueurs de l'industrie des voitures autonomes, annonçait la suspension de tous ses tests à la suite d'un accident mortel survenu dans la nuit de dimanche à lundi.

La voiture impliquée dans l'accident, à bord de laquelle prenait place une chauffeuse d'appoint, a mortellement happé une femme qui traversait la route à l'extérieur d'un passage pour piétons. L'agence fédérale américaine de la sécurité routière a ouvert une enquête.

Lois manquantes

Ensuite vient l'obstacle de la législation. Plusieurs États américains disposent de lois portant sur les tests et la circulation des voitures autonomes, mais au Canada et au Québec, l'encadrement se fait attendre.

« Elle arrive, l'auto intelligente. Il faut être prêts; il faut que les gouvernements aient coordonné leurs efforts », estime le sénateur Denis Dawson, qui préside le comité permanent des transports et des communications.

La Chambre haute a d'ailleurs publié un rapport, en début d'année, dans lequel les ordres de gouvernement sont invités à unir leurs efforts pour s'attaquer aux questions de légalité des voitures autonomes, mais aussi à la sécurité des passagers et des piétons, ainsi qu'à la protection des renseignements personnels.

Pour l'instant, l'Ontario est la seule province qui a légiféré pour permettre les projets-pilotes de voitures sans conducteur.

Denis Gingras, professeur de génie électronique et informatique et directeur du laboratoire sur l'intelligence véhiculaire de l'Université de Sherbrooke se range à l'avis du sénateur Dawson et appelle les décideurs à « encourager les essais sur route ».

Le Québec s'apprêterait d'ailleurs à agir dans ce domaine, dans le cadre de sa réforme du Code de la sécurité routière, qui doit être avalisée d'ici l'été.

Une fois cette étape franchie, les véhicules autonomes pourront être testés sur les routes de la province.

« Beaucoup de municipalités sont friandes de ce type de projets. Elles ont hâte, elles ont déjà effectué des études de faisabilité et développé des circuits... Elles sont prêtes à aller de l'avant », renchérit Sarah Houde, directrice générale de la Grappe industrielle des véhicules électriques et intelligents du Québec.

M. Gingras se montre toutefois prudent, et estime que les véhicules « véritablement » autonomes - sans pédales et sans volant - n'apparaîtront sur les routes québécoises que d'ici « 2030, ou 2050 ».

En attendant les voitures, la technologie de conduite autonome risque de se retrouver d'abord dans des véhicules destinés au transport collectif, en raison de son coût prohibitif.

Profiter de la manne

Certaines entreprises d'ici ne veulent toutefois pas attendre et souhaitent saisir au bond l'occasion d'accaparer une part du marché des voitures autonomes.

C'est le cas pour LeddarTech, une compagnie de Québec qui travaille au développement de capteurs et senseurs s'appuyant sur une technologie de repérage au laser.

Armée d'une cinquantaine de brevets liés à sa technologie, l'entreprise a déjà investi plusieurs dizaines de millions dans l'aventure.

LeddarTech a également formé un partenariat avec un fabricant de pièces automobiles associé au constructeur Fiat-Chrysler, histoire que ses capteurs soient intégrés aux phares fabriqués pour les véhicules du grand joueur de l'industrie.

« Ce n'est pas un tsunami qui va passer », affirme Charles Boulanger, président-directeur général de Leddartech, en parlant de l'intérêt pour les voitures autonomes.

M. Boulanger pense plutôt que la tendance à la conduite sans pilote deviendra la norme.

Avec les informations d'Olivier Bachand

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