La « véritable gratuité scolaire », une mesure de 400 millions de dollars visant à permettre aux jeunes de foyers à faibles revenus et de la classe moyenne d'accéder à des études postsecondaires, est au cœur de la plateforme électorale du Parti québécois (PQ), que la formation a présentée en fin de semaine à Drummondville, où se tenait son conseil national.

La députée de Joliette et vice-chef du PQ, Véronique Hivon, a répondu lundi aux questions de Michel C. Auger, dans le cadre de l'émission Midi info.

Q : Est-ce qu’on peut parler de virage à gauche du Parti québécois? Il y a quand même des mesures qui le laissent croire dans votre programme : la gratuité scolaire, le retour au tarif unique dans les centres de la petite enfance (CPE)… Ça marque le retour d’un État plus fort, comme le dit votre slogan, mais un État plus à gauche...

R : Ça marque surtout un parti qui est là pour les gens, pour faire la plus grande différence dans leur vie. Et la plus grande différence qu’on peut faire, c’est de prioriser l’éducation. Ça veut dire des CPE de qualité pour le développement optimal de nos enfants. Ça veut dire de les rendre accessibles, et donc, de revenir à une tarification universelle. C’était un non-sens sur le fond des choses, cette modulation, et ça a fait très mal aux familles, à leur portefeuille aussi. Et ça veut dire d’offrir plus d’accessibilité pour les études universitaires, de manière très pragmatique. On croit que c’est un investissement pour les personnes concernées, mais pour le Québec aussi. De valoriser l’éducation, notamment pour les étudiants de première génération – les premiers de leur famille à pouvoir accéder à l’université.

Q : Les recteurs doivent se dire qu’ils étaient déjà sous-financés et qu’on va encore leur enlever du financement. Est-ce qu’ils vont être compensés?

R : Cohérents avec ce que nous sommes pour la priorité à l’éducation, il n’y aura pas de compressions dans tout ce qui concerne l’éducation, la petite enfance, la protection de la jeunesse – c’est ce qu’on a appelé « notre loi bouclier anticompressions », annoncée il y a quelques semaines, qui est dans notre plateforme électorale. Ça veut dire que nos universités vont être financées correctement. Il faut arrêter de voir l’éducation comme une dépense, c’est un investissement. Ce ne sont pas les universités qui vont payer ça. Ça va se faire, par exemple, par la bonification des bourses, pour que ce soit le plus simple possible aussi à administrer. Il ne faut pas que le fardeau de gérer de l’accessibilité accrue par la gratuité soit sur les épaules des universités. Les universités ne seront pas du tout impactées par ça. Quand on dit que l’éducation est une priorité, il faut que les gestes suivent les paroles. La Coalition avenir Québec (CAQ) prétend que l’éducation serait une priorité, mais veut couper 1,4 milliard de dollars de revenus en baissant la taxe scolaire. C’est bien beau de faire miroiter aux gens des baisses de taxes, mais ce n’est juste pas crédible.

Q : Peut-on s’attendre à ce que l’identité soit un thème de la campagne électorale?

R : C’est quelque chose qui est dans le décor, qui intéresse toujours les gens. La question de l’identité, c’est beaucoup de choses. On a mis de l’avant dans notre plateforme électorale l’importance de retrouver cette fierté de notre histoire, de notre langue. Donc, on a des mesures fortes pour ça. On a indiqué que ce que les libéraux ont défait en six jours, en annulant le cours d’histoire nationale au cégep, on allait le remettre de l’avant en six jours, parce qu’on croit profondément que c’est important d’être fier et de connaître notre histoire nationale. De la même manière, c’est important de continuer à promouvoir la langue française, qui est en voie de devenir, avec la démographie en Afrique, une langue internationale encore plus forte. Les milieux de travail en français, ça va continuer d’être une grande priorité. On en a parlé et on va continuer d’en parler. Et oui, la laïcité est un élément du discours. Donc, cet enjeu-là pourra être discuté, mais ce n’est pas l’enjeu central.

Q : Au congrès de la CAQ, il y avait un gros autobus de campagne, comme on les connaît. Au PQ, vous aviez un petit véhicule, qui a été surnommé « Véronique-mobile », d’ailleurs. N’êtes-vous pas en train de conforter certains préjugés voulant qu’un parti soit plus gros que l’autre?

R : La seule chose qu’on veut conforter, c’est qu’on est crédibles, qu’on est vrais et qu’on est à la hauteur des gens. On n’est pas déjà en train de dire que ce qui nous intéresse, c’est d’être à l’édifice Price (où se trouve la résidence officielle du premier ministre, NDLR), de distribuer les limousines et de faire, quatre mois avant le déclenchement de la campagne électorale, un gros show avec un autobus en trompe-l’œil. Parce qu’évidemment, votre journaliste Mathieu Dion a très bien fait ressortir (sur Twitter) que l’autobus de la CAQ n’était peint que d’un seul côté. Le gros show comme les libéraux l’ont déjà fait, ça ne nous intéresse pas. On a un autobus sympathique, convivial, qui va se promener partout au Québec, dans des endroits le fun, estivaux. Pour nous, nos idées, c’est ce qui prime, et on les a intégrées dans une plateforme qui est déjà adoptée. C’est bien parti, je crois. On a beaucoup de travail – on en est très conscients, on n’a pas de lunettes roses –, mais on s’en va justement travailler sur le terrain, voir les gens.

Note : Nous avons légèrement modifié certaines réponses sans en changer le sens afin d'alléger le texte et de faciliter sa lecture.

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