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Le couteau à double tranchant de la surenchère identitaire

La bataille identitaire que se livrent le Parti québécois et la Coalition avenir Québec est en train de déraper et a toutes les chances de se retourner contre ceux qui l'auront lancée.

Il y a une poignée de femmes — surtout âgées — au Québec qui portent un tchador. Mais il n’y a sans doute pas 5 % des Québécois qui en ont vu une de leurs yeux. Et il n’y en a surtout aucune qui ait demandé à travailler dans la fonction publique et, encore moins, comme enseignante.

Pourtant, à voir cette fin de campagne pour les élections partielles, on pourrait penser que le tchador est le plus grand fléau qui menace la société québécoise. Plus que le décrochage, le chômage, le vieillissement de la population ou les régions qui se dépeuplent…

C’est ce qui arrive quand un débat public se met à déraper et, dans ce cas précis, quand deux partis, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec, se sont engagés à fond de train dans une surenchère identitaire. Le tout sur fond d’élections partielles qui font figure de test pour tous les partis.

Mais quand la poussière finira par retomber, les partis qui se sont livrés à une telle surenchère identitaire risquent fort d’en être les perdants.

Si l'épisode de la charte des valeurs a montré quelque chose, c'est que les jeunes se méfient d'emblée de l'utilisation partisane des questions identitaires. De même, les communautés culturelles ont tendance à rejeter de telles politiques, même si elles ne les touchent pas directement. Et il y a des Québécois de souche qui se méfient instinctivement de ces discours d’exclusion.

Ça fait pas mal d’électeurs que l’on risque d’indisposer avec un débat de ce type. Mais on dirait que la tentation est tout simplement irrésistible pour des politiciens qui se cherchent un cheval de bataille.

Avec ce discours, autant la CAQ que le PQ sont en train de se couper d’électorats qui leur seraient essentiels s’ils veulent prendre le pouvoir un jour. Et de se disputer exactement une même clientèle plus conservatrice qui, quand il y a de la chicane, trouve le plus souvent souvent refuge... au PLQ.

La CAQ n’en finit plus de faire des professions de foi fédéralistes dans le but avoué de ramasser un électorat potentiel : les non-francophones déçus du PLQ et qui pourraient chercher refuge ailleurs. Un peu comme en 1966, quand l'électorat a largement supporté l'Union nationale aux dépens des libéraux de Jean Lesage.

Sauf que le meilleur moyen de refroidir cet électorat, c’est de faire le genre de publicité que la CAQ a mis en ligne ces derniers jours. Un message aussi inexact sur les faits que réducteur sur les principes.

Le chef péquiste, Jean-François Lisée, lui aussi, risque gros sur ce terrain. Ses zigzags sur la question pourraient étourdir l’électeur le mieux intentionné à son endroit et ne feront qu'accentuer la définition que ses adversaires sont en train de faire de lui, soit d'une sorte de girouette mue uniquement par sa propre vision de la tactique.

En plus, si on assiste à une surenchère identitaire avec la CAQ, il est loin d'être certain que c’est le PQ qui en sortira gagnant. M. Lisée tient mordicus à sa clause grand-père, soit que sa loi ne s'appliquera qu'aux nouveaux employés – avec le résultat que les voiles dans les garderies, par exemple, ne vont disparaître que très graduellement, peut-être sur une période de 20 ans. La CAQ aura beau jeu de dire qu'il faut agir tout de suite.

Mais surtout, cette bataille identitaire risque fort de mener le PQ et la CAQ dans un cul-de-sac. Parce que, depuis Duplessis, personne n'a gagné d'élection au Québec en tablant essentiellement sur les questions identitaires. On a parfois pu améliorer son sort ponctuellement, comme l'ADQ en 2007, mais personne n’a pu utiliser la question pour gagner une élection et prendre le pouvoir.

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