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Le directeur de la sécurité publique de Tracadie se dit victime d'un complot visant à l'écarter

Le directeur de la sécurité publique et ex-chef pompier de la Ville de Tracadie, Denis Savoie, se dit victime de complot et est persuadé que la municipalité s'apprête à le mettre à la porte. Il souhaite qu'une enquête des autorités provinciales fasse la lumière sur la gestion du service d'incendie par l'administration municipale.

Un texte de René Landry

Denis Savoie a été embauché par la Ville de Tracadie, en septembre 2015, comme directeur de la sécurité publique et chef du service d'incendie. Son père est originaire de la région, mais Denis Savoie a grandi au Québec et mené une carrière de pompier pendant près de 30 ans à Montréal. Puisqu'il devait gérer le service d'incendie de Tracadie, il s'est intéressé aux méthodes administratives. Il affirme qu'il a été renversé par ce qu'il a découvert. Il ne veut pas préciser sa pensée pour éviter des contraintes au plan légal.

« J'ai trouvé des anomalies, que ce soit au niveau des paies, de la formation, de la maintenance, explique-t-il. C'était incroyable. On ne pouvait pas continuer d'administrer un service d'incendie comme ça. J'en ai fait part à la municipalité et des décisions ont été prises. Un pompier a été mis à la porte, deux autres ont été suspendus. »

Il estime qu'il en paye le prix aujourd'hui. Le poste de directeur de la sécurité publique et chef du service d'incendie a été scindé récemment. « On m'a mis de côté, déplore-t-il. Je ne peux même plus participer aux activités des pompiers. »

Il précise qu'il occupe maintenant le bureau du directeur du développement économique, Marcel Brideau, qui a claqué la porte de la Ville dernièrement parce qu'il ne se sentait plus, lui aussi, désiré par les autorités municipales. « Aujourd'hui, on me donne un travail d'administrateur, assis dans un bureau, continue Denis Savoie. On ne veut plus que je sois présent. Je les comprends. Avec tout ce que j'ai découvert au cours d'une année, peut-être que la meilleure chose c'est de me mettre de côté et montrer la porte. »

Denis Savoie, qui revient d'un congé de maladie de quatre mois, dit qu'il n'a pas été engagé pour devenir populaire, mais pour administrer un département de sécurité publique. « Je ne pouvais pas laisser cette structure-là fonctionner comme ça. Quand les citoyens paient des taxes à la municipalité, ils veulent savoir si leur argent est bien administré. Les citoyens doivent savoir ce qui se passe à Tracadie », dit-il.

De la politique?

L'ex-chef pompier est persuadé qu'il est victime de jeux de coulisses politiques. « Je vais vous dire la vérité. Oui, il y a de la politique là-dessous. Il y a peut-être des gens qui étaient dans des campagnes électorales, qui se sont engagées. Moi, j'étais neutre là-dedans et j'ai eu des recommandations en ce sens de mon directeur général. J'ai fait des recommandations aux deux brigades d'incendie de rester neutres pendant le temps des élections. »

« C'est sûr que les pompiers sont aimés par la population, poursuit M. Savoie. Mais ce n'est pas une histoire qui a commencé avec mon embauche le 15 septembre 2015. Cela fait plusieurs années que ça dure. Il y a des gens qui ont profité du système depuis des années. Au plan administratif, j'ai vu des choses qui normalement ne se font pas. Je ne peux pas entrer dans les détails parce que ça devrait aller plus haut. »

Plaintes de harcèlement

À peine un mois après son entrée en fonction, un pompier porte plainte contre Denis Savoie pour harcèlement. Un autre pompier fera une démarche similaire à son endroit. Dans les deux cas, il a été blanchi, selon des documents officiels de la municipalité fournis par M. Savoie.

« Ce que j'ai appris au fil des mois, c'est qu'on ne voulait pas avoir un gars de Montréal. Je n'avais pas porté attention à ça et j'ai continué à faire mon travail. On sait que les pompiers sont assez influents au niveau de l'administration de la ville et, honnêtement, je n'ai pas eu de soutien de l'administration. J'ai eu des menaces. J'ai vécu de l'intimidation, de l'humiliation et je me demande pourquoi. J'étais ici pour restructurer le service de sécurité publique et des pompiers. Là, ça dure depuis un an, il faut que cela cesse. On ne peut pas gérer une ville de cette façon-là, c'est illogique. Il n'y a personne qui peut travailler en étant intimidé, menacé, humilié ou harcelé. Alors si la municipalité n'a jamais pris ses responsabilités... »

Intimidation

Il assure, preuves écrites à l'appui, qu'il a fait part à l'administration municipale de pompiers qui se disaient victimes d'intimidation à la brigade de Rivière-du-Portage. Il dénonce au passage le laxisme des autorités municipales. « Les pompiers, c'est comme une grande famille. Ils se tiennent ensemble. Mais ce ne sont pas tous les pompiers qui pensent de la même manière. Il y en a qui vivent de l'intimidation ou qui ne parlent que sous le couvert de l'anonymat », affirme M. Savoie.

Denis Savoie dit qu'il aurait aimé avoir l'occasion de s'asseoir avec les membres du conseil municipal pour discuter de toute cette situation. Il assure qu'il ne veut pas perdre son emploi, mais il tient à ce que « la vérité sorte ». En faisant ces déclarations, il affirme qu'il vient d'enlever un poids énorme qui pèse sur ses épaules depuis plusieurs mois.

Une enquête?

« C'est sûr que j'ai dérangé plusieurs personnes, reconnaît-il. Des pompiers n'ont peut-être pas aimé ce que j'ai découvert. Mais on ne peut pas continuer comme ça, c'est impossible. Il devrait peut-être y avoir une enquête au niveau de la province, du ministre de la Sécurité publique ou de l'ombudsman pour voir comment les choses sont administrées à Tracadie. »

Il rappelle qu'il y a toujours deux côtés à une médaille: « La population pourra voir s'il y a un complot au non. »

La municipalité répond

En entrevue à Radio-Canada Acadie, le maire de Tracadie, Denis Losier, a estimé que le mot complot est « solide » pour décrire ce qui se passe. Il souligne que Denis Savoie a toujours un emploi avec la municipalité. « On est en période de restructuration », a-t-il avancé. On est un nouveau conseil municipal, il y a de fortes chances que l'organigramme de la municipalité change en cours de route. Il y a probablement d'autres changements qui vont être effectués. Ce ne sont certainement pas des mesures de complot qu'on fait », se défend M. Losier.

Quant à la demande de M. Savoie pour une enquête, le maire Losier a indiqué être au courant. « J'ai discuté avec les gens du bureau de l'ombudsman la semaine dernière. Ils m'ont demandé quelle était la position du conseil municipal et ce qui avait été fait jusqu'à maintenant pour résoudre différentes situations. Je pense qu'on est en bonne voie pour faire en sorte que cette situation se règle », a conclu M. Losier.

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