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Le gouvernement Couillard veut augmenter le contenu québécois dans vos assiettes

Doubler la superficie en production biologique, faire croître de 6 milliards de dollars les exportations bioalimentaires et augmenter substantiellement la part du contenu québécois dans les produits achetés au Québec. Ce sont quelques-unes des cibles de la nouvelle politique bioalimentaire du Québec intitulée Alimenter notre monde et dévoilée vendredi matin par le gouvernement Couillard.

Après plus d'un an de consultations – qui a culminé avec le Sommet de l’alimentation, en novembre 2017 à Québec –, le gouvernement de Philippe Couillard jette les balises du développement agroalimentaire québécois jusqu'en 2025.

Philippe Couillard estime que cette politique entraînera des changements majeurs.

La nouvelle politique, qui vise à maintenir la confiance des consommateurs et à développer l'industrie, est accompagnée d’investissements de 5 milliards de dollars sur cinq ans. Elle contient quatre orientations principales :

  • offrir des produits qui répondent aux besoins des consommateurs;
  • appuyer les entreprises pour qu'elles soient plus efficaces et innovantes;
  • rendre l'industrie plus attrayante, notamment pour la relève;
  • favoriser le développement du secteur bioalimentaire dans l'utilisation du territoire.

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) compte atteindre les sept cibles que se sont données les partenaires de l'industrie d'ici cinq ans.

Parmi ces cibles, notons un investissement de 15 milliards de dollars en production agricole et aquacole, une croissance de 6 milliards de dollars des exportations bioalimentaires, le doublement de la superficie en production biologique et l'augmentation substantielle de la part du contenu québécois dans les produits achetés au Québec.

Écouter le consommateur

Cette politique se veut innovante pour répondre aux besoins actuels et futurs. En conférence de presse, M. Couillard a mentionné qu’il y avait de « nouveaux défis autour de nous : la montée du protectionnisme, une forte compétition qui vient de partout dans le monde ». Il s’est engagé à « demander l’équité pour nos producteurs et nos transformateurs ».

« On va protéger notre secteur agricole et on va insister pour la protection du système de la gestion de l’offre, qui n’est pas la défense d’un système bureaucratique ou de gestion, qui est la défense d’un mode de vie et d’un choix de type d’agriculture qu’on veut garder au Québec, qui est celui d’une agriculture familiale à visage humain auquel les jeunes peuvent accéder un jour », a-t-il dit.

Une des cibles de cette politique est d’ajouter 10 milliards de dollars de contenu québécois dans les produits bioalimentaires achetés au Québec. Le premier ministre a expliqué comment le gouvernement comptait atteindre cet objectif.

« Écouter le monde. C’est ça qu’ils veulent. La meilleure façon de réussir une entreprise quand tu as des clients, c’est de donner ce que le client demande. Et le client, il veut du produit québécois, il veut du produit régional et il veut le savoir sur l’étiquette. Ce ne sera pas dur ça. L’important, c’est d’amener le niveau de production et les chaînes d’approvisionnement à la hauteur pour répondre aux besoins. La demande elle est là », a-t-il dit.

Établir un dialogue

Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Laurent Lessard, a souligné que cette politique découlait de trois forums et d’un sommet sur l’alimentation qui a réuni les acteurs de l’industrie et les consommateurs.

Québec a entendu le message, selon le ministre Lessard qui a insisté sur l’importance d’établir un dialogue à long terme.

M. Lessard a indiqué qu’un secrétariat intergouvernemental serait créé pour s’assurer que tous les partenaires travaillent dans le même sens. Il a dit que cela ne constituait pas un exercice unique et qu’il y aurait un suivi. La première table annuelle des partenaires aura lieu à la fin avril 2019.

Promouvoir les aliments québécois

De son côté, la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, Lucie Charlebois, a affirmé que le Sommet sur l’alimentation avait permis de dégager un consensus sur la « nécessité d’accroître les efforts de promotion des aliments du Québec et de faciliter leur identification par les consommateurs sur les lieux de vente ».

Cependant, elle a reconnu qu’il subsistait toujours des défis pour bien s’alimenter.

« La saine alimentation passe par un accès facilité aux fruits, aux légumes frais, mais aussi aux aliments nutritifs en général. Cet accès demeure un défi, je dois vous le dire, particulièrement pour les ménages qui souffrent d’insécurité alimentaire, mais aussi pour ceux qui habitent dans des communautés isolées », a-t-elle déclaré.

Une politique attendue

L’Union des producteurs agricoles (UPA) accueille favorablement la nouvelle politique.

« Le dépôt d’une politique bioalimentaire est une bonne nouvelle pour les agriculteurs québécois. C’est le plan de match qui leur manquait pour se projeter dans l’avenir, prendre des décisions éclairées et profiter des nombreuses opportunités sur les marchés québécois, canadien et internationaux », a déclaré le président général de l’UPA, Marcel Groleau, par voie de communiqué.

L’UPA estime cependant qu’il faudra surtout « adopter de façon urgente des solutions durables à la fiscalité foncière agricole, qui place nos entreprises dans une situation de plus en plus intenable ».

Elle soutient qu'il faudra aussi mettre en place une réglementation adéquate, particulièrement en matière agroenvironnementale, et investir davantage dans le secteur végétal.

Pas assez loin

En entrevue à ICI RDI, Roméo Bouchard, cofondateur de l'Union paysanne, croit que la politique bioalimentaire présentée vendredi matin aurait dû aller plus loin.

Il souligne le fait que les quotas coûtent cher dans le secteur du lait, de la volaille et des œufs, et que les petits producteurs ne parviennent pas à en acheter. Il mentionne aussi la question de l’assurance agricole qui, dit-il, donne des compensations aux gros agriculteurs selon les volumes de production, alors que les petits n’y ont pas accès.

Roméo Bouchard se désole qu’on ne parle pas du zonage agricole dans ce projet de loi. « Le zonage agricole empêche, par exemple, les agriculteurs artisans d’avoir un atelier de transformation sur leur ferme ou d’avoir une table champêtre. Toutes ces choses-là sont pleines d’obstacles pour le développement d’une agriculture de proximité, locale, autosuffisante », a-t-il déclaré.

Néanmoins, il salue le virage entrepris par Québec sur le plan de l’agriculture biologique. Cependant, il trouve plutôt timides les objectifs du gouvernement Couillard dans le domaine, soit de doubler la superficie en production biologique.

« Le bio, c’est la solution de l’avenir. C’est clair, il faut aller en transition écologique dans l’agriculture, et le bio est vraiment essentiel. Voyez-vous, on vise 4 %, alors qu’il y a des pays en Europe qui sont rendus à 10 %, à 15 %, dans certains secteurs à 20 %. On ne rattrape pas l’Europe », a-t-il affirmé.

De l’argent sur la table

Pour atteindre les objectifs de sa politique, Québec estime se donner les moyens de ses ambitions.

Dans son dernier budget, le ministre des Finances, Carlos Leitao, a débloqué 349 millions de dollars sur cinq ans pour la mise en œuvre de la politique bioalimentaire.

Avec les sommes consenties dans les budgets précédents, cela porte à près d'un demi-milliard de dollars les investissements de Québec dans cette politique, auxquels s'ajoute un montant similaire engagé par Ottawa. Le gouvernement Couillard estime ainsi qu'il peut compter sur plus de 1 milliard par année, pendant cinq ans, pour répondre aux attentes.

Un projet de loi à venir

Le MAPAQ compte par ailleurs « pérenniser » sa politique par l'adoption d'un projet de loi, qui permettrait au plan de survivre aux aléas de la politique partisane.

Le ministre Laurent Lessard compte déposer son projet de loi dans quelques semaines pour être adopté rapidement.

Même s'il a bon espoir de compter sur la collaboration des partis d’opposition, le gouvernement devra faire vite s'il veut adopter le projet de loi. Dans 10 semaines, les députés quitteront l’Assemblée nationale pour l'été, et pour les élections générales du 1er octobre prochain.

Avec les informations d'Alex Boissonneault

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