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Le libre-échange a longtemps divisé la classe politique au Canada

Aux États-Unis, l'avenir de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) suscite de vifs débats. Chez nous, le scénario est bien différent. Depuis le début de la renégociation de l'accord, l'opposition à Ottawa se garde bien de trop critiquer le gouvernement de Justin Trudeau. Mais dans l'histoire du pays, cette unité parlementaire n'a pas toujours existé.

Un texte de Raphaël Bouvier-Auclair

Les différences de vision sur le libre-échange ont marqué la politique canadienne et les campagnes électorales dès la fin du 19e siècle. Survol historique, de Macdonald à Mulroney.

Macdonald c. Laurier

En 1854, avant la Confédération, les territoires britanniques en Amérique du Nord et les États-Unis participaient à un accord de réciprocité. Les États-Unis ont annulé cette entente en 1866.

Vingt-cinq ans plus tard, en 1891, les libéraux, dirigés par Wilfrid Laurier, tentaient de défaire le premier ministre conservateur John A. Macdonald.

Le parti de Laurier proposait de rétablir cette réciprocité avec les États-Unis, ce qui pouvait s'apparenter à du libre-échange.

Le thème a été au coeur de la campagne électorale.

On peut voir, dans des publicités de l'époque, que les conservateurs affirmaient que la proposition libérale allait mener le Canada à la ruine et à l'annexion.

Le premier ministre sortant, John A. Macdonald, a remporté les élections de 1891.

Laurier c. Borden

Wilfrid Laurier a réussi à former un gouvernement en 1896. Des années plus tard, il est revenu à la charge avec son idée de libre-échange.

Aux élections de 1911, les libéraux proposaient un projet concret de réciprocité aux électeurs canadiens.

Encore une fois, les conservateurs, cette fois dirigés par Robert Borden, ont évoqué le spectre de la perte d'indépendance du Canada par rapport à son voisin.

Dans cette publicité, par exemple, on présente les Américains en partenaire gourmand qui voudrait tout dévorer. Les Canadiens, eux, resteraient sur leur faim en cas d'accord.

Cette question de la réciprocité, mais aussi d'autres enjeux, dont l'usure du pouvoir, ont eu raison de Laurier. C'est le conservateur Borden qui a remporté le scrutin de 1911.

Mulroney c. Turner

L'idée de libre-échange avec les États-Unis est revenue à l'avant-plan des décennies plus tard, avec le progressiste-conservateur Brian Mulroney. Les débats sur cette question ont marqué la campagne électorale de 1988.

Alors premier ministre sortant, M. Mulroney défendait l'accord de libre-échange canado-américain, celui qui a précédé l'ALENA.

Son adversaire libéral, John Turner, le critiquait avec force, l'accusant même à l'occasion d'être en train de vendre le Canada aux États-Unis.

Brian Mulroney a été réélu à la tête d'un gouvernement majoritaire.

L'ALENA a été signé en décembre 1992 par M. Mulroney, le président américain George H. W. Bush et le président mexicain Carlos Salinas. Ratifié en 1993, l'accord est entré en vigueur le 1er janvier 1994.

« L'équipe canadienne »

Aujourd'hui, les membres du gouvernement Trudeau font souvent référence à une « équipe canadienne » dans le cadre de la renégociation de l'ALENA.

Peu importe le niveau de gouvernement ou les allégeances politiques, les politiciens ont tendance à mettre leurs couleurs de côté pour défendre les intérêts canadiens aux États-Unis.

La semaine dernière, le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, s'est rendu à Washington pour parler de l'importance de la relation canado-américaine et n'a pas voulu s'en prendre au gouvernement Trudeau.

Dans le conseil de l'ALENA, mis sur pied pour aider la ministre des Affaires étrangères, on compte deux anciens ministres conservateurs influents : Rona Ambrose et James Moore.

Si les négociateurs parviennent à conclure un accord modernisé, fera-t-il l'unanimité? Cette forme d'unité politique tiendra-t-elle? Ces questions méritent d'être posées.

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