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Le ministre Barrette n'exclut pas de condamner l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, ne croit pas que l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, doit être démoli séance tenante en raison de son état de dégradation avancée. Il envisage toutefois de condamner l'édifice actuel afin de construire de nouveaux bâtiments à proximité.

Un texte de Davide Gentile et Jérôme Labbé

En entrevue avec Patrice Roy mercredi, sur les ondes d'ICI RDI, le ministre Barrette ne s'est pas montré surpris du résultat des inspections des bâtiments dans le réseau de la santé, qui indiquent que plus de 20 % de ceux-ci sont en mauvais ou en très mauvais état.

« Je le soupçonnais avant à cause de ma pratique passée et de mes fonctions passées; il n'y a pas de surprise pour moi », a-t-il affirmé, soulignant qu'il avait lui-même commandé cette évaluation.

L'état de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont, l'un des plus gros de la province, donne néanmoins à réfléchir. Construit il y a 60 ans, l'établissement est aux prises avec d'importants problèmes d'humidité; des opérations ont dû être reportées en raison de problèmes de ventilation; les fenêtres, en bois, sont attaquées par la pourriture; des briques menacent de tomber du bâtiment principal, si bien que du grillage a été posé pour protéger les patients et le personnel.

Ces problèmes ont valu à l'hôpital la pire note octroyée par Québec : un E.

Interrogé sur la destruction éventuelle de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont et sur la possibilité de remplacer celui-ci par deux ou trois hôpitaux plus petits sur l'île de Montréal, M. Barrette répond que cette option n'est pas envisagée. Selon lui, certaines opérations comme la chirurgie vasculaire, la dialyse et la greffe de moelle osseuse nécessitent une « masse critique » de patients.

Selon le ministre, le Québec a besoin d'un plan de renouvellement des infrastructures sur un demi-siècle pour éviter qu'un grand nombre d'hôpitaux arrivent en même temps à la fin de leur vie utile.

« C'est des dizaines de milliards de dollars sur une période de 50 ans qu'on doit investir simplement pour renouveler notre parc d'équipements immobiliers, et ça, c'est sans compter l'entretien », a estimé M. Barette, évoquant notamment la construction d'un nouvel hôpital à Vaudreuil-Dorion au prix de 800 millions de dollars.

Mais pour le ministre de la Santé, le réinvestissement dans les hôpitaux passe d'abord et avant tout par l'équilibre budgétaire. « Pour qu'on arrête de mettre de l'argent dans une dette et qu'on ait de l'argent à mettre dans nos infrastructures », fait-il valoir.

Tout comme le ministre Barrette, la direction de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont n'est pas étonnée que son principal bâtiment ait obtenu la pire note possible. « Qu'on ait une note E pour certains de nos établissements, nous, on n'est pas surpris. On connaissait très bien l'état de nos installations », confie Céline Morin, directrice générale adjointe de l'hôpital.

Impossible cependant de savoir si des rénovations seront faites sous peu.

Quant aux opérations reportées en raison de problèmes de ventilation, la direction parle d'une situation exceptionnelle. « C'est une situation ponctuelle qui n'arrive pas de façon répétitive, affirme Mme Morin. Tout est revenu à la normale. »

Témoignage évocateur

Mme Morin affirme que la sécurité des patients et du personnel est assurée. Mais des patients racontent des séjours très inconfortables.

C'est le cas d'une patiente qui a contacté Radio-Canada, mais qui a voulu garder l'anonymat. En rémission d'un cancer et atteinte d'une infection, elle a effectué deux séjours sur les étages et à l'urgence de l'hôpital. Puisque son immunité était affaiblie par les traitements, elle devait être placée en isolement.

Lors de son premier séjour, elle s'est retrouvée dans une chambre délabrée. « Il y avait des trous dans les murs. Le plancher avait l'air tellement sale que je n'osais pas marcher nus pieds », raconte-t-elle.

La patiente affirme avoir souffert de froid. « J'ai été obligée de demander qu'on vienne calfeutrer parce qu'il y avait beaucoup d'air froid qui passait par les fenêtres. Le plâtre autour tombait. »

Elle dit avoir été étonnée d'être placée dans une chambre aussi vétuste.

Quelques mois plus tard, elle effectue un deuxième séjour sur un autre étage. « Il faisait tellement chaud, même si on était en janvier, que je devais laisser la fenêtre ouverte », se remémore-t-elle.

À une autre occasion, elle se retrouve à l'urgence encore une fois, au départ, en isolement. Mais on lui impose peu après de partager sa chambre avec un mourant. « On m'a dit qu'ils devaient mettre quelqu'un d'autre en fin de vie, qu'ils n'avaient pas de place sur les étages, explique-t-elle. Alors on ne peut pas dire non à ça. On ne veut pas que la personne reste dans le corridor pour ses dernières heures. »

Alors que la patiente devait être isolée pour prévenir qu'elle ne soit infectée, les membres de la famille du mourant pénétraient dans la chambre sans prendre beaucoup de précautions. Les deux civières étaient séparées par un simple rideau, tout comme la toilette. « La toilette que je devais utiliser, parce que je ne pouvais pas sortir de la chambre, était derrière un rideau au pied de la civière de ce mourant », décrit-elle.

La patiente louange quand même la qualité des soins reçus et le dévouement du personnel à Maisonneuve Rosemont.

Un mécontentement partagé

La grogne persiste aussi parmi les membres du personnel de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

« On a l'impression d'être laissés pour compte. La population de l'Est - les 500 000 personnes de l'est de l'île de Montréal sont laissés pour compte », s'insurge le Dr Rafik Ghali, chirurgien vasculaire.

Le président du Regroupement provincial des comités d'usagers, Pierre Blain, plaide pour qu'une large part des investissements annoncés récemment dans les infrastructures soit consacrée aux établissements de santé.

Seul le tiers des bâtiments du réseau ont été inspectés jusqu'à présent. Les données sur les autres devraient être connues d'ici 2018.

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