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Le ministre Dion défend sa décision d'approuver la vente de blindés à l'Arabie saoudite

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, continue de défendre les motifs économiques et de sécurité qui justifient, selon le gouvernement, le feu vert accordé à la vente de 900 véhicules blindés légers à l'Arabie saoudite.

« Vendredi dernier, j'ai pris la décision d'accorder ces licences d'exportation », a reconnu le ministre Dion, mercredi. Le fait que la transaction controversée a franchi une étape cruciale la semaine dernière avait été révélé, mardi, dans des documents rendus publics dans le cadre de la mise en demeure intentée, contre le ministre, par un groupe d'étudiants de l'Université de Montréal et le professeur Daniel Turp.

Pressé de questions par les journalistes, mercredi, le chef de la diplomatie canadienne a réitéré les raisons pour lesquelles Ottawa tenait à aller de l'avant avec cette vente de blindés légers, fabriqués par l'entreprise ontarienne General Dynamics Land System.

En campagne électorale, les libéraux avaient promis de ne pas mettre un frein à ce contrat signé, puis annoncé le 14 février 2014 par le gouvernement de Stephen Harper. Et, de souligner Stéphane Dion, les conservateurs et les néo-démocrates avaient fait la même promesse.

Marché conclu

Avec les six licences d'exportation récemment émises, c'est pour ainsi dire marché conclu avec l'Arabie saoudite, du moins dans une proportion de 70 %, soit 11 des 15 milliards de dollars que totalise la transaction. Stéphane Dion affirme que cette transaction est importante pour des raisons de sécurité, l'Arabie saoudite étant un partenaire stratégique pour le Canada dans une région très instable et dans un contexte de lutte contre l'État islamique (EI).

Le ministre cite aussi des raisons économiques; au Canada, 2000 emplois sont liés à la vente des blindés. Sans compter les pénalités financières qu'aurait entraînées l'annulation du contrat. Des pénalités qui, au final, auraient été épongées par les contribuables canadiens, fait valoir Stéphane Dion.

Choisir les bons leviers

Quant à l'épineuse question du respect des droits de la personne par le régime de Riyad, il faut, dit Stéphane Dion, « choisir les bons leviers pour tenter d'améliorer la situation des droits de la personne en Arabie saoudite ».

« Nous ne raterons aucune occasion de porter des enjeux à l'attention de nos homologues saoudiens », a assuré le ministre Dion qui affirme, par ailleurs, disposer du pouvoir de suspendre ou de révoquer « en tout temps » ces licences d'exportation, advenant qu'une information crédible fasse état de violations en lien avec ces équipements.

Stéphane Dion estime que le Canada sensibilise déjà l'État saoudien aux droits de la personne, ne serait-ce que par l'entremise des Saoudiens qui sont de passage chez nous.

Vaut mieux que ce soit le Canada...

Aux yeux de Stéphane Dion, le Canada est tout aussi bien d'aller de l'avant, car d'autres pourraient faire preuve de moins de scrupules : « nous laisserions simplement le contrat entre les mains d'un fournisseur non canadien et potentiellement plus ambivalent ».

En 1986, Ottawa avait adopté les règles en vertu desquelles il approuve ces licences d'exportation destinées à la vente de matériel militaire. Relativement à l'Arabie saoudite, le gouvernement canadien a effectué pareilles ventes depuis 1993. Et  « [...] le matériel n'a pas été utilisé pour violer les droits de la personne, pas plus qu'il n'a été utilisé dans les intérêts contraires stratégiques du Canada et de ses alliés », insiste M. Dion.

Dion aurait pu faire marche arrière, soutient le NPD

La députée néo-démocrate dans Laurier-Sainte-Marie, Hélène Laverdière, estime que Stéphane Dion a laissé entendre dans ce dossier qu'il n'avait d'autre choix que de poursuivre ce qu'avaient entrepris les conservateurs sous prétexte que le contrat était déjà signé.

« Ce n'est pas vrai », rétorque la critique du NPD en matière d'affaires étrangères, selon qui le ministre avait tout le loisir de mener une évaluation approfondie avant d'accorder ces licences d'exportation.

Certes, l'évaluation a été faite, mais elle « n'est vraiment pas satisfaisante » critique Hélène Laverdière qui cite le fait que les documents d'évaluation décrivent l'Arabie saoudite comme un allié clé dans les efforts menés à l'échelle internationale pour contrer l'EI en Irak et en Syrie, de même que pour maîtriser l'instabilité au Yémen.

« L'acquisition de ces blindés de fine pointe [aidera] l'Arabie saoudite à poursuivre ces buts », est-il écrit dans les documents. Or, d'affirmer en substance Mme Laverdière, des rapports crédibles font état de violations du droit international au Yémen, où l'Arabie saoudite aurait bombardé civils, écoles et hôpitaux.

Depuis l'an dernier, Riyad est en guerre contre les rebelles houthistes qui contrôlent une partie du Yémen.

« Pas des Jeeps comme on les connaît »

L'utilisation possible de blindés canadiens au Yémen, par l'entremise présumée de Riyad, inquiète aussi le professeur de droit et ancien député bloquiste et péquiste, Daniel Turp. D'autant plus, dit-il, que ce ne « sont pas des Jeeps comme on les connaît; ce sont des véhicules blindés légers, certains vont les appeler des chars d'assaut, qui sont équipés d'armement ».

La mise en demeure déposée par M. Turp, de même que par un groupe appelé Opération « Droits blindés », met de l'avant le principe qu'il existe « un risque plus que raisonnable que les véhicules blindés légers [...] servent [...] à commettre de multiples violations des droits de la personne ».

« La question n'est pas : "est-ce qu'ils seront utilisés pour violer des droits?" mais "est-ce qu'il y a un risque?" soutient Daniel Turp. 

Conservateurs et libéraux, sur la même longueur d'onde, selon Daniel Turp

« Ce que le gouvernement conservateur a fait, c'est d'aider à ce que cette vente puisse avoir lieu et de soutenir General Dynamics », dit M. Turp. « Là, il y a un geste supplémentaire qui devait être fait pour rendre ça possible, et c'était d'autoriser les licences d'exportation. »

« Sans ces licences d'exportation, la vente n'aurait pas lieu. L'Arabie saoudite ne pourrait pas recevoir des véhicules blindés légers. Donc, c'est le feu vert pour l'exportation. [...] Et effectivement, c'est l'actuel nouveau gouvernement qui rend possible tout ça, pas le gouvernement précédent. »

M. Turp a bien l'intention de poursuivre la bataille dans ce dossier.

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