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Le ministre manitobain de la Santé critiqué après sa participation à un rassemblement antiavortement

Kelvin Goertzen, ministre de la Santé du Manitoba, a fait face jeudi au feu des questions de l'opposition à la suite de sa participation au Life Hike Rally de Steinbach le 26 mai, où il a pris la parole.

« Tout Manitobain a le droit à ses propres opinions, mais si une personne, qui se trouve être ministre de la Santé, prend le micro lors d’un rassemblement pro-vie, cette personne sera clairement perçue par de nombreux Manitobains comme n’étant pas intéressée par la cause des droits des femmes », a déclaré le député du Nouveau Parti démocratique (NPD) Andrew Swan.

Lors du rassemblement, le ministre Goertzen avait partagé l’estrade avec des membres de We Need a Law, un groupe qui milite pour l’adoption d’une loi interdisant l’avortement après le premier trimestre, et le député conservateur Ted Falk, qui s’est récemment exprimé contre l’avortement.

Kelvin Goertzen a déclaré que sa participation n’entrave pas les droits des femmes, les lois encadrant l’avortement étant du ressort fédéral, et que ces évènements les aident, sa femme et lui, à surmonter les fausses couches auxquelles ils ont dû faire face par le passé.

« Nous avons été invités à cette marche en mémoire des cinq enfants que nous avons perdus et pour nous aider dans notre processus de guérison », a-t-il expliqué, rappelant qu’il s’agit d’une tradition annuelle qu’il observe depuis 2007.

« Notre fils venait de naître, et nous [tentions encore de nous remettre] de ce que nous considérons être la perte de cinq de nos enfants, a-t-il ajouté. Nous considérons comme une mission personnelle le fait d’en parler en public ».

Des questions renvoyées

Le député Andrew Swan a également critiqué le fait que le ministre de la Santé renvoie constamment à la ministre responsable de la Condition féminine Rochelle Squires les questions relatives aux droits des femmes à la procréation, comme l’avortement ou le recours à la pilule abortive Mifegymiso.

« Il est surprenant que le ministre de la Santé ne puisse ou ne veuille se lever et répondre à une seule question en chambre concernant la santé reproductive des femmes », a dit M. Swan.

Le ministre Goertzen a répondu que la décision de transmettre ces dossiers à la ministre Squires avait été prise par le premier ministre Brian Pallister.

« Je suppose que cela a du sens puisque [Mme Squires] est ministre de la Condition féminine », a-t-il indiqué.

Ce à quoi Andrew Swan a répondu que la ministre Squires est ensuite tenue de renvoyer les questions au ministre de la Santé dès lors qu’il s’agit d’enjeux financiers, et que celui-ci n’y répond pas.

La vie privée des personnalités politiques en question, selon une politologue

Karine Levasseur, professeure associée au département d’études politiques de l’Université du Manitoba, explique que les actions menées dans leur vie privée par les membres d’un gouvernement sont le reflet de leurs valeurs.

« Cela ne donne pas une très bonne image », dit-elle.

Les politiques publiques sont déterminées par le cabinet, ajoute-t-elle, et les ministres doivent prêter une grande attention à ce qu’ils disent et font, puisque ce sont des valeurs qui peuvent ensuite rejaillir sur l’ensemble du cabinet.

« C’est inquiétant parce que le ministère de la Santé dispose du budget le plus important, et couvre une grande variété de domaines reliés à la santé, comme les problèmes de procréation », précise Mme Levasseur.

Elle indique que la difficulté pour le public est de faire la distinction entre la vie privée de Kelvin Goertzen et ses actions en tant que ministre de la Santé.

« Participer à un rassemblement qui peut être perçu comme étant pro-vie peut envoyer le message aux Manitobains que leur ministre de la Santé est en faveur et soutient personnellement le mouvement antiavortement », analyse-t-elle.

« D’un autre côté, cela ne renverrait pas une meilleure image qu’un ministre de la santé participe à un rassemblement pro-choix, indique Mme Levasseur. Parce que les questions relatives à l’avortement sont hautement personnelles, très sensibles, et elles divisent la société. »

Avec des informations d’Erin Brohman, CBC

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