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Le N.-B. pourrait devenir le laboratoire canadien sur le vieillissement de la population

Le recteur de l’Université de Moncton croit que oui. Raymond Théberge estime que la construction d'un nouveau foyer de soin d’une soixantaine de lits sur les terrains de l’Université pourrait faire partie de ce laboratoire canadien sur le vieillissement.

« Le projet Shannex ça devient un laboratoire vivant. Au Nouveau-Brunswick, on a quand même l’avantage d’avoir une population vieillissante. C’est un avantage dans la perspective qu’il faut garder les personnes autonomes le plus longtemps possible et pour faire ça, il faut faire de la recherche et on peut le faire ici et ensuite on peut l’appliquer ailleurs au pays. », affirme Raymond Théberge.

Les revenus générés par ce foyer de soins vont soutenir la recherche dans le domaine du vieillissement. L’établissement pourra aussi devenir un milieu de stage pour les étudiants en sciences infirmières, en kinésiologie et en nutrition.

« C’est l’endroit idéal pour faire un projet pilote sur le vieillissement parce qu’il va y avoir un partenariat entre l’Université et le complexe domiciliaire, des chercheurs et des étudiants. Je pense que c’est un écosystème parfait pour le faire. », souligne le recteur de l'Université de Moncton.

Raymond Théberge indique qu’il n’a pas encore eu de discussions formelles avec le gouvernement, mais il affirme que l’Université de Moncton « leur a déjà dit qu’elle était sérieusement intéressée au projet. ».

Un centre de prévention

« On est les premiers au Canada à passer à travers ce vieillissement qu'on ressent déjà, alors c'est à nous d'innover », affirme de son côté Suzanne Dupuis-Blanchard, la coprésidente de la stratégie sur le vieillissement du Nouveau-Brunswick. Elle remettra un rapport sur la question au gouvernement le 30 novembre 2016.

« On est ce laboratoire, il faut en prendre avantage. La province est moitié rurale, moitié urbaine, les ressources sont présentes avec les organismes et les universités, en plus d'avoir le facteur langue: c'est la seule province officiellement bilingue au Canada. », dit-elle.

Suzanne Dupuis-Blanchard est probablement l'une des expertes les mieux placées au pays pour parler de modèles sur le vieillissement. Elle cumule les postes de professeure à l'École des sciences infirmières et de titulaire de la chaire de recherche en vieillissement à l'Université de Moncton, en plus d'être présidente de l'Association canadienne en gérontologie.

Quand j'étais en Alberta l'année dernière, ils me disaient :"On a bien hâte de savoir comment le Nouveau-Brunswick va s'y prendre. On vous regarde, alors allez-y".

Suzannne Dupuis-Blanchard, professeure à l'Ecole de science infirmière et titulaire de la Chaire de recherche CNFS en vieillissement

Suzanne Dupuis-Blanchard veut créer un centre de prévention appelé le « Pivot santé pour aînés » avec quatre salles de classe et de simulation qui seraient également aménagées dans des locaux du foyer de soins de l’Université de Moncton. Un budget renouvelable d'un million de dollars sur cinq ans a été proposé au Consortium national de formation en Santé (CNFS).

« On parle d'un endroit où les personnes âgées pourraient venir et recevoir de l'information dans l'optique de la prévention de la maladie. De l'information sur la bonne nutrition, l'importance de faire de l'exercice, ça pourrait être un endroit où on pourrait aussi faire des prises de tension artérielle. », dit-elle.

Enseigner le vieillissement dans les écoles

Le nerf de la guerre demeure la relève pour les emplois liés au vieillissement de la population. Un rapport récent écrit sous la supervision de Suzanne Dupuis Blanchard faisait état du faible intérêt des jeunes à faire carrière dans le domaine.

C'est urgent, on ne peut plus attendre, on a déjà nos premiers baby-boomers qui approchent les 70 ans.

Suzannne Dupuis-Blanchard, professeure à l'Ecole de science infirmière et titulaire de la Chaire de recherche CNFS en vieillissement

Elle recommande de rendre obligatoire dans les écoles des notions liées au vieillissement, d'offrir davantage d'expériences intergénérationnelles entre les élèves et les aînés et de valoriser les professions dans le domaine des soins ou des services aux personnes âgées.

« Ça devrait être enseigné partout au Canada, on a un phénomène qui touche surtout le Nouveau-Brunswick, mais ailleurs au pays aussi. Il faut absolument sensibiliser les jeunes à la question du vieillissement et de son impact. », dit-elle.

Suzanne Dupuis-Blanchard recommande également d'améliorer les conditions de travail des auxiliaires et du personnel non syndiqué qui s'occupe des personnes âgées.

Le grand virage des soins à domicile

La vérificatrice générale du Nouveau-Brunswick tirait la sonnette d'alarme il y a quelques mois sur le manque de places en foyer de soins et le coût alarmant des personnes âgées qui se retrouvent dans les hôpitaux.

Il va falloir continuer à construire des foyers de soin dans un premier temps pour faire cesser l'engorgement, explique Suzanne Dupuis-Blanchard, mais ce n'est pas la solution à long terme.

Il y a tellement d'autres possibilités que de construire d'autres foyers de soin

Suzannne Dupuis-Blanchard, professeure à l'Ecole de science infirmière et titulaire de la Chaire de recherche CNFS en vieillissement

« C'est dangereux d’aller de l’avant et de dire : "Il faut juste construire des foyers de soins", c’est vraiment pas la solution. Sur tous les aspects, ça coûte plus cher qu'à domicile, sur l'impact de la santé des gens. En foyer de soins on le sait moins par contre, mais on sait qu'à l'hôpital, si la personne n’est pas stimulée, sa santé se déteriore. Les gens ne veulent pas être là. (...) Qu'on se comprenne bien, les foyers de soins font du beau travail, ils sont la bonne place où aller une fois qu'on est rendu là ».

Le virage nécessaire vers plus de soins à domicile doit également être accompagné d'un meilleur financement public, dit-elle.

« Pour l'instant, avec les quelques pourcentages du budget, c'est juste pas possible de développer les services qui sont nécessaires, les conditions de travail pour les ressources humaines comme les auxiliaires à domicile. Le tout est misé vers nos hôpitaux, vers nos institutions et aussi longtemps qu'on ne change pas, qu'on ne fait pas ce virage financier et de ressources vers la communauté on ne peut pas dire qu'on priorise le maintien à domicile. », avance Suzanne Dupuis-Blanchard.

Ce sont des changements qui vont faire mal, qui vont heurter des personnes, des institutions, parce qu'on n'est pas à l'aise avec des changements.

Suzannne Dupuis-Blanchard, professeure à l'Ecole de science infirmière et titulaire de la Chaire de recherche CNFS en vieillissement

Selon elle, il faudra davantage investir dans les services aux aînés, entre autres.

« Une fois que l'environnement est sécuritaire, on a besoin de services, au niveau des ménages, de l'aide avec les repas, le transport, aider avec la tonte de gazon. Dans un contexte de soin à domicile où les personnes âgées perdent progressivement leur autonomie, ce sont des services primordiaux, plus importants à la rigueur que les soins, parce que les soins sont déjà bien couverts avec l'extramural ».

Un laboratoire payant pour le N.-B. ?

Le ministre de la Santé du Nouveau-Brunswick Victor Boudreau reconnaît que même si son gouvernement prévoit construire de nouveaux foyers de soins, ce ne sera jamais suffisant pour répondre assez vite à la demande. Il confirme qu'il va falloir entreprendre un virage vers les soins à domicile.

 C'est la meilleure option pour les aînés et c'est l'option la moins coûteuse pour le gouvernement. Franchement, c'est vraiment là qui faut se diriger 

Victor Boudreau, ministre de la Santé du N.-B.

Le ministre de la Santé dit être toujours en négociation avec Ottawa pour développer des projets pilotes sur le vieillissement de la population au Nouveau-Brunswick. « On a eu beaucoup de discussions avec le gouvernement fédéral, on attend de voir c'est quoi la réaction. ».

Il estime que proportionnellement à sa population, le Nouveau-Brunswick devrait obtenir 60 millions des 3 milliards de dollars sur 4 ans promis par le fédéral pour soutenir les soins à domicile.

Mais Victor Boudreau espère en obtenir davantage. « On espère aller chercher un peu plus d'argent à l'avance pour pouvoir bâtir cette capacité [main-d'oeuvre] en communauté, pour pouvoir donner les services des soins à domicile. Et là, on essaye différentes choses, on a un projet-pilote ici et là. Si ça fonctionne, on peut prendre ces programmes-là et les appliquer aux plus grosses provinces. » dit-il.

Le ministre de la Santé espère ainsi pouvoir pallier le déficit engendré par la diminution des transferts fédéraux en santé.

« On est en négociations, je préférerais ne pas donner de chiffres, mais c'est certain que ce serait plus que 60 millions, on essayerait de se rapprocher le plus possible du 714 millions sur 10 ans. ».

« On se voit quand même comme un microcosme du Canada, nous avons des régions rurales-urbaines, francophones-anglophones, nous sommes d'une taille qui permet de gérer des projets d'envergure provinciale, on se voit comme une bonne région pour développer des projets-pilotes sur le vieillissement. », argumente Victor Boudreau.

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