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Le NPD n’a plus le luxe d’ignorer la voix de l’Alberta

Il était si facile, le 5 mai 2015, de célébrer la victoire de Rachel Notley en Alberta. Une femme, militante, crédible, de gauche en plus, avait réussi l'impossible : sonner le glas de la dynastie conservatrice en Alberta.

Emmanuelle Latraverse

  Un texte d'Emmanuelle Latraverse

Il était si facile pour les néo-démocrates à Ottawa d'exploiter cette victoire à leurs propres fins électorales.

Il était si facile pour Thomas Mulcair d'essayer soudainement de convaincre les Canadiens que si Rachel avait réussi l'improbable, Tom aussi ne pourrait faire qu'une bouchée de Stephen Harper.

Le grand marathon électoral a eu raison de ses ambitions et, surtout, du fragile compromis stratégique qui scellait l'unité de son parti.

Six mois plus tard, le NPD se cherche. Ses militants rêvent d'une formule politique magique qui leur permettrait d'atteindre le pouvoir sans compromis.

Ils ont trouvé dans le manifeste du « Bond vers l'avant » un idéal moderne qui inspire et ouvre la voie vers une redéfinition audacieuse de leur parti. Mais à quel prix? Au prix d'un immense ressac au sein de leur propre mouvement en Alberta.

Et le problème, c'est que cette fois, les néo-démocrates n'ont plus le luxe de faire la sourde oreille aux inquiétudes profondes de l'Alberta. La mise en garde vient de la politicienne néo-démocrate la plus influente au pays, celle dont on célébrait, il y a quelques mois à peine, les percées majeures sur le front de la lutte contre les changements climatiques.

Des idéaux aux choix pragmatiques du pouvoir

Ce n'est pas pour rien que la réaction en Alberta à ce débat sur l'avenir de l'exploitation pétrolière au pays est virulente.

L'économie de la province est sur les rotules, des dizaines de milliers d'emplois ont été perdus, les revenus issus de l'exploitation pétrolière se sont effondrés.

Le gouvernement Notley n'a pas le luxe des grands virages verts radicaux, n'a pas le luxe des manifestes idéalistes. Il gouverne, il doit protéger des emplois, les services en santé en éducation. Bien sûr, il faut diversifier l'économie de la province, forcer une réduction des émissions de gaz à effet de serre issus de l'exploitation pétrolière, mais ça prendra du temps.

Donc oui les néo-démocrates albertains sont furieux.

Ils sont furieux que tous ces militants néo-démocrates soient venus leur faire la leçon sur le « courage politique » de s'attaquer aux changements climatiques.

Ils sont furieux que leurs propres frères d'armes du reste du pays soient venus dire « Non! » à la construction d'un nouvel oléoduc dont ils ont désespérément besoin, alors que Rachel Notley a investi tout son capital politique pour tenter de créer un consensus et amorcer enfin un nécessaire virage vert dans cette province.

Depuis dimanche, les partisans du manifeste « Un bon vers l'avant » s'évertuent sur toutes les tribunes à répéter que le parti ne fait qu'amorcer un débat sur ses principes. Mais le mal est fait. Le néo-démocrates de l'Alberta se sont sentis désavoués.

L'Alberta réclame une voix au chapitre au sein du NPD

Rachel Notley a beau avoir soulevé la foule samedi, ni ses plaidoyers, ni ceux de ses ministres, députés, délégués n'auront réussi à bloquer la voie au débat sur le manifeste « Un bond vers l'avant ».

La très forte majorité d'entre eux ont blâmé Thomas Mulcair pour cet échec. Car dans les jours précédant le vote, celui-ci n'a fait qu'entretenir l'ambiguïté sur le sujet.

Oui, il se disait en faveur de la construction d'un oléoduc pancanadien dans des conditions strictes et responsables, tout en promettant qu'il appuierait les principes du manifeste si controversé si c'était le choix des militants. Ce faisant, Thomas Mulcair a donné l'impression d'un chef prêt à tout pour sauver son leadership.

Et cette ambiguïté, les militants albertains ne la lui ont pas pardonnée.

En retirant leur appui à Thomas Mulcair, ils ont fait bien davantage que de contribuer à son humiliante défaite. Ils ont voulu envoyer un message sans équivoque au reste du NPD : le parti n'a plus le luxe de marginaliser leur voix. Certains ont même évoqué depuis dimanche la possibilité de dissocier le NPD albertain du NPD fédéral.

Comme le disait Preston Manning au reste du mouvement conservateur à une autre époque : « The west wants in! »

Le NPD ne peut qu'espérer que les aspirants à la direction du parti ont entendu cet appel, car pour ce parti de gauche, il contient la même menace voilée que celle qui a déchiré le mouvement conservateur pendant tant d'années.

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