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Le Parlement à l'heure de la conciliation travail-famille

La ministre Catherine McKenna éteint son téléphone cellulaire avant le souper en famille tandis que la députée Christine Moore vote bébé au bras à la Chambre des communes. Une nouvelle génération de politiciens ne veut plus sacrifier son rôle de parent et, pour la première fois, un premier ministre veut trouver des solutions.

Un texte de Mylène Crête

« J'ai beaucoup de collègues qui ont les mêmes préoccupations. Quand est-ce que je vais voir mes enfants? », constate Catherine McKenna, qui a hérité de l'un des plus importants ministères du gouvernement Trudeau, celui de l'Environnement et du Changement climatique.

Réunions avec son personnel à l'heure du déjeuner, vote en soirée à la Chambre des communes, suivi d'une consultation prébudgétaire dans sa circonscription : les journées de travail de cette mère de trois enfants - ils ont 11, 9 et 7 ans - commencent tôt le matin et se terminent tard le soir. Elle a dû rapidement imposer des limites.

Lorsque notre caméra l'a suivie, la ministre a insisté pour rentrer à la maison à 17 h 30 pour pouvoir manger avec sa famille, quitte à retourner au Parlement après pour le vote prévu en début de soirée. Elle tente de passer au moins une ou deux heures en famille chaque jour.

« Quand je regarde mon horaire pour la semaine, je me dis toujours : "comment vais-je aller à la maison? Est-ce que je pourrais faire cet appel plus tard le soir?" », explique-t-elle.

Lorsqu'elle n'a pas d'obligations en soirée, la ministre éteint son téléphone cellulaire de 17 h 30 à 20 h. Elle se remet ensuite au boulot à la maison avant d'aller au lit.

Amener bébé aux Communes

La réalité est tout autre pour la députée néo-démocrate Christine Moore qui a donné naissance à sa fille, Daphnée, en pleine campagne électorale. Avec l'allaitement, son travail est devenu une vraie gymnastique. Aucun congé parental n'est prévu pour les députés.

La députée doit nourrir sa fille de six mois environ toutes les trois heures. Il lui faut donc trouver du temps, parfois en pleine période des questions. Son conjoint, qui profite d'un congé parental, l'accompagne dans les couloirs du Parlement une semaine sur deux. Son appui lui est précieux.

« Je suis un peu la nounou, si on veut, dit Christian Mongrain-Thériault, en souriant. Dans le sens où je suis présent, je peux m'occuper du bébé, je peux changer la couche, lui donner des bains, faire beaucoup de choses, mais pas la nourrir, donc je suis toujours obligé de rester proche. »

Lorsqu'il est absent, Christine Moore n'a d'autre choix que d'amener la petite Daphnée partout avec elle. On l'entend parfois gazouiller en chambre et la députée a même dû voter avec en la tenant dans ses bras au début de la session législative.

« Je pense que ce qui serait idéal, c'est d'accorder une période où le député pourrait travailler à partir de sa circonscription, suggère Christine Moore. Donc, par exemple, de pouvoir voter à distance, de pouvoir déposer des mémoires sur ses projets de loi comme le discours qu'on aurait fait si on était là. »

Les élus qui sont aussi parents, comme elle et Catherine McKenna, jonglent avec les défis de la politique dans une institution qui semble être restée coincée dans une autre époque.

Le premier ministre Justin Trudeau, lui-même père de trois enfants, a fait de la conciliation travail-famille au Parlement l'une de ses priorités. Son leader en Chambre, Dominic LeBlanc, a pour mandat de trouver des solutions.

« Je crois que comme lieu de travail, on doit évoluer comme beaucoup d'autres entreprises et agences gouvernementales », affirme le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Dominic LeBlanc.

Un comité parlementaire examine déjà plusieurs options. Parmi elles, le vote à distance, la refonte de l'horaire pour éliminer les votes en soirée et le réaménagement des travaux en Chambre pour éliminer les débats du vendredi matin et permettre aux députés d'aller travailler dans leur circonscription plus près de leur famille.

Des changements nécessaires, selon Christine Moore, pour éliminer les obstacles qui peuvent devenir un frein à l'entrée de futurs candidats en politique.

« Il est temps que ça change, affirme-t-elle. Je pense que réellement, on a une volonté de le faire. C'est le recrutement de jeunes femmes intéressées à la politique qui va en souffrir si on ne fait pas de changements. »

Des changements majeurs pour cette institution centenaire dont les règles n'ont à peu près jamais changé.

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