Retour

Le plan de Justin Trudeau sur le climat fera-t-il mal aux libéraux?

Aujourd'hui encore, la Saskatchewan est la seule province à s'opposer manifestement au plan de lutte contre les changements climatiques du gouvernement Trudeau. Mais pour combien de temps encore? Avec l'arrivée de Doug Ford à la tête du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario, donné favori pour l'élection de mai 2018, et les premiers pas de Jason Kenney à la législature albertaine, Justin Trudeau pourrait perdre des alliés, ce qui compliquerait ses ambitions climatiques.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy, animateur du balado La Mêlée politique

La tarification du carbone est l’un des éléments fondamentaux du Cadre pancanadien sur la croissance propre et les changements climatiques. Ottawa espérait s’entendre avec toutes les provinces, mais il était prêt à l’imposer aux provinces récalcitrantes.

Cette semaine, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a réitéré cette menace en écrivant à la Saskatchewan pour lui indiquer qu'elle sera assujettie à une taxe fédérale sur le carbone même si la province s’y oppose, et ce, d'ici le 1er septembre 2018.

Le premier ministre de la province, Scott Moe, a soutenu qu’il pourrait saisir les tribunaux pour bloquer l’imposition de cette taxe.

Des cibles difficiles à atteindre

Même sans que les astres politiques ne soient alignés, le gouvernement Trudeau avait déjà de la difficulté à atteindre les cibles fixées par les conservateurs de Stephen Harper.

Ottawa prévoyait réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) à 567 mégatonnes (Mt), lors du dépôt de son cadre. L’objectif de réduction est toutefois fixé à 523 Mt d’ici 2030. Un écart de 44 Mt que le gouvernement comptait réduire avec notamment le transport en commun et les infrastructures vertes.

Or, dans un rapport préparé par le gouvernement pour l’ONU, déposé en décembre 2017, le gouvernement indique que le manque à gagner est maintenant de 66 Mt.

Le gouvernement canadien est conscient des défis qui l’attendent, surtout que le paysage politique pourrait changer dans les provinces. Cette semaine, Catherine McKenna disait qu’elle devra prendre le bâton de pèlerin pour convaincre les premiers ministres récalcitrants.

« Nous sommes dans une transition en ce moment, et les transitions ne se font pas du jour au lendemain, a-t-elle indiqué cette semaine. Il faut gagner la confiance des gens en Alberta, en Colombie-Britannique et partout au pays. »

« Just watch me »

Les conservateurs ne se priveront toutefois pas de cette bataille publique pour marquer des points politiques. Doug Ford s’oppose à l’adhésion de l’Ontario au marché du carbone. Un programme qui, selon lui, pourrait coûter plus de 400 millions de dollars à sa province et qui contribue davantage à la réduction GES au Québec et en Californie qu’en Ontario.

« Regardez-moi bien [just watch me] » , le premier ministre de la Saskatchewan et le chef conservateur Doug Ford ont repris les mots de l’ex-premier ministre Pierre Elliott-Trudeau pour menacer le gouvernement. Une façon de rappeler le Programme énergétique national qu’il avait lancé en 1980.

Ce programme visait à l'époque à sécuriser les approvisionnements pétroliers pour assurer l’autosuffisance du pays, mais aussi pour répartir les revenus des compagnies albertaines. Certains électeurs dans l’Ouest ont gardé un mauvais souvenir de cette mesure libérale. Lors de la dernière campagne électorale, Justin Trudeau avait reconnu qu’il s’agissait d’une erreur.

S'apprête-t-il à commettre une erreur similaire? Son désir de voir un oléoduc construit en Colombie-Britannique aura-t-il des conséquences électorales?

Si l'enjeu peut faire perdre des plumes au premier ministre, il ne sera pas fatal, selon les correspondants parlementaires qui discutent du sujet dans le balado de la mêlée politique de la semaine.

Plus d'articles