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Le PQ réclame des consultations sur l'avenir de la bourse du carbone

L'opposition officielle à Québec réclame des consultations sur l'avenir de la bourse du carbone, la stratégie principale de réduction des gaz à effet de serre (GES) du gouvernement Couillard.

Le Parti québécois (PQ) est appuyé dans sa demande par des organisations comme Greenpeace et la Fondation David Suzuki. Cette dernière exprime toutefois des réserves.

En vertu du Plan d'action sur les changements climatiques 2013-2020, le gouvernement devra bientôt adopter une nouvelle réglementation sur le marché du carbone, et l'opposition péquiste ne veut pas de consultations restreintes en vase clos sur cet enjeu important, comme il est d'usage pour l'adoption d'un règlement.

Dans une entrevue avec La Presse canadienne, le porte-parole du Parti québécois en matière d'environnement, Sylvain Gaudreault, a fait valoir qu'à mi-chemin dans le plan d'action 2013-2020, il est temps de s'asseoir et d'en discuter, puisqu'on sait déjà que le Québec « n'atteindra pas ses cibles » de réduction de GES.

En effet, en 2015-2016, le Québec avait diminué ses émissions de GES de 1,4 mégatonne par rapport au niveau de 1990, alors qu'il devrait plutôt être à trois mégatonnes, soit 50 % de l'objectif final de réduction de six mégatonnes en 2020.

« Alignement des planètes »

Il a aussi rappelé que les grandes entreprises qui participent au marché du carbone « demandent de la prévisibilité » et veulent savoir à quoi s'attendre après 2020.

« Moi, je m'en fais parler; j'ai Rio Tinto dans mon comté et Produits forestiers Résolu, a-t-il argué. On ne décidera pas ça à minuit moins une avant l'échéancier de 2020. »

M. Gaudreault a aussi souligné que la Californie, l'autre partenaire du Québec dans le marché du carbone, a elle-même tenu des consultations en 2016 sur la continuation de ce système.

Par ailleurs, le contexte a changé depuis 2013, a rappelé le député de Jonquière : l'Ontario a adhéré au marché du carbone, le gouvernement Trudeau va mettre en place une taxe sur le carbone, et on attend le bilan de la première phase du Plan d'action sur les changements climatiques.

« Il y a comme un alignement de planètes qui justifie la tenue de consultations », a résumé M. Gaudreault.

Il estime qu'une commission parlementaire serait la « bonne formule » pour entendre dès l'automne prochain les différents acteurs - autant les spécialistes et les groupes écologistes que les entreprises.

Greenpeace

Greenpeace Canada soutient la demande du Parti québécois. Dans un courriel transmis à La Presse canadienne, le responsable climat-énergie de l'organisation, Patrick Bonin, a indiqué qu'il faut faire le bilan de la mise en place du marché du carbone et se pencher sur les hypothèses à venir.

La Fondation David Suzuki exige aussi des consultations, mais les veut plus larges que sur le marché du carbone. Son directeur général pour le Québec, Karel Mayrand, formule des craintes : l'échéancier est serré et il ne faut pas que certains tirent profit des retards. De même, il ne faut pas que cette question devienne une « patate chaude partisane », à un an des élections générales, a-t-il confié.

Une source proche du dossier redoute également que des entreprises tirent avantage des consultations pour retarder l'adoption d'un nouveau règlement et bloquer ainsi le renouvellement du marché du carbone après 2020.

Un échec coûteux

Enfin, une figure d'autorité dans le domaine de l'environnement, le professeur Normand Mousseau, milite aussi pour un exercice de consultations.

Il estime que la démarche actuelle du gouvernement « manque de coordination » et qu'il faut réévaluer les mesures en place ou à venir.

« Québec tarde à mettre en place une palette de crédits compensatoires », a cité en exemple le professeur de physique à l'Université de Montréal et directeur de l'Institut de l'énergie Trottier, tout en faisant également référence à des risques financiers éventuels.

« Québec prévoit compenser son échec à atteindre les cibles de 2020 par un achat sur le marché du carbone, ce qui représentera environ 200 millions de dollars de sortie de l'économie québécoise en 2020, un montant qui risque de monter rapidement à moins que le Québec ne réduise sérieusement ses émissions. »

Le marché du carbone, dont le nom officiel est le Système de plafonnement et d'échange de droits d'émission de gaz à effet de serre du Québec (SPEDE), est en quelque sorte une bourse d'échange de permis de polluer à laquelle participent les entreprises qui émettent plus de 25 000 tonnes de GES par an.

Le plafond d'émissions autorisé par Québec diminue d'année en année depuis 2015, donc les entreprises sont encouragées à réduire leurs émissions pour ainsi revendre leurs crédits carbone à des entreprises plus polluantes. Le système fonctionne conjointement avec la Californie et bientôt l'Ontario.

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