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Le premier ministre Trudeau veut passer de la parole aux actes avec les Autochtones

Un an après le dépôt d'un rapport sur l'héritage tragique des pensionnats autochtones, trois chefs d'organisations autochtones ont rencontré Justin Trudeau, jeudi, à Ottawa. Le premier ministre a annoncé la création d'un conseil national destiné à mettre en oeuvre les 94 recommandations de la Commission de vérité et réconciliation.

Après six ans de travaux, la Commission de vérité et réconciliation déposait l'an dernier un rapport foisonnant de recherche et de poignants témoignages sur les réalités laissées par les pensionnats autochtones au Canada.

Pour souligner cet anniversaire et en guise de bilan, Justin Trudeau s'est entretenu jeudi pendant plus de deux heures avec Perry Bellegarde, chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Natan Obed, président de l'Association inuite Tapiriit Kanatami, et David Chartrand, vice-président du Ralliement national des Métis (RNM) et président de la Fédération des Métis du Manitoba (MMF).

Les besoins pressants des communautés autochtones ont été tragiquement illustrés par l'incendie meurtrier survenu mercredi dans une réserve de la Première Nation Oneida of the Thames, en Ontario. Cela a incité le premier ministre, en conférence de presse, à rappeler ce que son gouvernement avait fait... et ce qu'il lui reste à faire pour ces communautés.

« Nous avons pris des mesures significatives, concrètement, pour trouver des solutions et des partenariats avec les communautés autochtones », a déclaré le premier ministre.

Mais plutôt que de se contenter de solutions à court terme, Justin Trudeau dit vouloir établir une véritable relation de travail avec les Autochtones.

Des rencontres statutaires et une subvention

Parmi les trois mesures annoncées jeudi, l'une d'elles vise à créer un comité de liaison regroupant leaders autochtones et ministres fédéraux. Chaque année, le premier ministre canadien rencontrera formellement les chefs de l'APN, des Inuits et des Métis. Des ministres de son gouvernement les rencontreront aussi deux fois l'an.

Ottawa met aussi sur pied un conseil provisoire qui doit mener à la création d'un conseil national pour la réconciliation avec les Premières Nations.

Enfin, Ottawa accorde une subvention de 10 millions de dollars au Centre national pour la vérité et la réconciliation. Inauguré en 2015 à l'Université du Manitoba, ce centre a pour mission de conserver toutes les archives orales et écrites des 7000 survivants des pensionnats autochtones, afin de créer un héritage et de poursuivre le processus de guérison.

Des leaders autochtones confiants

De l'avis de Perry Bellegarde, de l'APN, ce nouveau conseil national pour la réconciliation contribuera à faire en sorte que le rapport de la Commission de vérité et réconciliation ne demeure pas lettre morte. D'autres rapports sur les Premières Nations avaient connu ce sort, par le passé, a-t-il déploré.

De plus, M. Bellegarde compte sur les rencontres bilatérales avec le premier ministre pour rappeler à ce dernier les enjeux en cours.

Le leader métis David Chartrand a louangé Justin Trudeau parce qu'il « se préoccupe des autochtones et qu'il a une vision », dit-il. Faisant référence au gouvernement conservateur de Stephen Harper, M. Chartrand a affirmé que les Métis avaient maintenant le sentiment « de pouvoir réintégrer une maison dont ils avaient été privés pendant dix ans ».

« M. Trudeau a promis beaucoup de choses et il ne peut pas tout réaliser d'un coup », a déclaré M. Chartrand.

L'engagement « sans précédent » du gouvernement Trudeau

Le gouvernement canadien avait approuvé les 94 recommandations de la Commission de vérité et réconciliation. À ce jour, parmi les 45 recommandations relevant de la gouverne du fédéral ou des provinces et territoires, 41 ont été concrétisées, ou sont en voie de l'être, selon ce qu'a indiqué M. Trudeau.

Le gouvernement canadien a permis l'instigation de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Il a aussi accordé 8,4 milliards aux affaires autochtones dans son plus récent budget. Cet « engagement sans précédent », comme le dit Perry Bellegarde, sera échelonné sur cinq ans.

Également, M. Trudeau a annoncé le dépôt d'un projet de loi destiné à sauvegarder et promouvoir les langues autochtones au Canada. Enfin, des écoles neuves ont été construites pour les communautés autochtones et l'eau potable est devenue réalité dans 14 réserves qui devaient, par le passé, faire bouillir leur eau

Regard critique d'Amnistie internationale sur la situation au Canada

Dans un récent « bulletin », Amnistie internationale critique la lenteur des progrès en ce qui a trait à la situation des peuples autochtones au Canada.

L'organisme déplore que le système d'éducation continue de discriminer les enfants autochtones, que l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ne s'attarde pas aux relations des policiers avec les communautés autochtones et, enfin, qu'Ottawa autorise des projets d'exploitation des ressources naturelles sans l'appui des Premières Nations.

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