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Le Québec encore loin de ses objectifs de lutte contre les changements climatiques

Les investissements et les efforts pour réduire les gaz à effet de serre (GES) n'ont pas donné les résultats escomptés, ils ont seulement stabilisé les émissions pour l'instant, a annoncé le gouvernement du Québec vendredi. Des mesures plus sévères seront donc instaurées pour rectifier le tir.

Le Québec n’atteint pas l'objectif de réduction des GES qu’il s’était fixé jusqu’à maintenant, a reconnu du bout des lèvres la ministre du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Isabelle Melançon.

La ministre a fait cette constatation vendredi au moment de dévoiler le bilan de mi-parcours du Plan d'action 2013-2020 sur les changements climatiques (PACC). L'objectif de ce plan est de réduire les GES de la province de 20 % d'ici 2020 par rapport au niveau de 1990.

« Ceci laisse entrevoir qu’un effort substantiel de réduction d’émissions de GES est nécessaire d’ici 2020 pour maximiser les réductions d’émissions de GES réalisées au Québec. Selon ces projections, les efforts de réduction déjà prévus permettraient uniquement de stabiliser les émissions de GES d’ici 2020 », peut-on lire dans le bilan.

Avec une réduction globale des émissions GES de près de 9 %, le Québec est pratiquement à mi-chemin de son objectif, a affirmé Mme Melançon.

Les actions et les investissements pour favoriser une baisse des GES seront donc intensifiés au cours des prochains mois, a par ailleurs annoncé le gouvernement.

Les transports visés

Le secteur des transports, qui est responsable à lui seul de 41,7 % des émissions québécoises en 2015 (en hausse de 21,3 % depuis 1990), va demeurer un domaine d’intervention prioritaire, partout au Québec.

Le rapport indique que les ventes de véhicules zéro émission (VZE) « devront augmenter de façon significative pour atteindre la cible de 100 000 véhicules immatriculés au Québec en 2020 ». Si la tendance se maintient, cette cible sera atteinte « vers 2022 » et représenterait 2 % du parc automobile du Québec, qui avoisine présentement les 4,5 millions de véhicules.

Le PACC promettait plusieurs programmes financés avec le Fonds vert pour réduire les émissions des voitures et des camions. Bien que cela a permis de maintenir et de bonifier les transports en commun, le parc automobile dans la grande région métropolitaine a continué de croître au cours des dernières années.

Sylvie Chagnon, présidente-directrice générale du Conseil de gestion du Fonds vert a reconnu qu’il y a des résultats préoccupants, surtout dans le domaine du transport.

Mme Chagnon reconnaît aussi que le code du bâtiment et le secteur agricole devraient bénéficier de plus de programmes pour venir appuyer les efforts dans ces domaines.

« L’atteinte de nos cibles ne pourra se faire sans une combinaison d’actions concertées du gouvernement, des entreprises, des municipalités et des citoyens dans la voie du changement », est d’avis Sylvie Chagnon.

Pour sa part, Steven Guilbeault, coprésident du Comité-conseil de la ministre sur les changements climatiques, croit qu'il faut poursuivre et même accélérer la mise en place de mesures structurantes, notamment dans les secteurs de l'aménagement du territoire, des transports et des technologies propres.

Dans une entrevue à l'émission Midi info, vendredi, M. Guilbeault a précisé que le Québec va atteindre ses cibles en 2020, mais devra payer pour des réductions d’émissions qui se feront massivement à l’étranger.

« À moins que ça change au cours des prochaines années, plus de la moitié de l'atteinte de notre objectif va se faire par des investissements ailleurs, on va acheter des crédits de compagnies qui, elles, ont réduit leurs émissions. Pour le climat, c’est correct, mais pour l’économie québécoise, ça l’est moins », déplore M Guilbeault.

Constat d’échec

Pour Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie à Greenpeace, le Québec doit rapidement annoncer de nouvelles mesures qui permettront de respecter nos engagements climatiques et de s’attaquer sérieusement aux émissions dans le secteur des transports.

M. Bonin est d'avis que le gouvernement doit, entre autres, réduire l’utilisation de l’auto-solo, renforcer la norme « zéro émission » pour les véhicules et déployer un programme de remise-redevances à l’achat de véhicules légers, en plus de développer rapidement le transport collectif et d'accélérer l’électrification des transports.

M. Bonin croit que le gouvernement arrive les mains vides et demeure à la traîne.

« En ne proposant pas un plan d’action crédible, le gouvernement ignore les appels lancés maintes fois par les scientifiques qui exigent la mise en place de mesures significatives et conséquentes si l’on veut éviter la crise climatique et se libérer rapidement des hydrocarbures », ajoute M. Bonin.

Changements climatiques

Le rapport fait mention du manque concret de gestes en matière d’« adaptation » aux impacts des changements climatiques.

Au Québec, les températures annuelles moyennes ont augmenté de 1 à 3 degrés Celsius au cours de la période 1950‑2011 et cette tendance devrait se poursuivre pour connaître une augmentation de température d’environ 2 à 4 degrés Celsius d’ici 2050.

D’ici 2064, le consortium Ouranos estime aussi que les changements climatiques au Québec entraîneront, pour le gouvernement les coûts suivants :

  • 860 millions de dollars pour l’érosion côtière;
  • 64 millions pour la fonte du pergélisol;
  • 372 millions pour les impacts liés à la chaleur;
  • 61 millions pour la maladie de Lyme;
  • 35 millions pour le virus du Nil occidental;
  • 359 millions pour les allergies causées par les pollens.

À ces montants s’ajoutent les conséquences sociales et économiques, dont des décès, estimés à plus de 20 000.

Doté initialement d’un budget de 2,665 milliards de dollars, le Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques dispose, en date d’aujourd’hui, d’un budget de près de 3,7 milliards de dollars.

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