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Le Sénat doit faire le point sur la marijuana, selon le criminologue Jean-Claude Bernheim

Le Sénat pourrait retarder la légalisation du cannabis pour se donner le temps de bien analyser le projet de loi C-45. Bonne ou mauvaise nouvelle? Le point de vue du criminologue Jean-Claude Bernheim.

Un texte de Sylviane Lanthier

Jean-Claude Bernheim se félicite que le Sénat veuille prendre le temps de bien comprendre la législation sur le cannabis. Il souhaite aussi que le Sénat se penche sur les problèmes entourant l’impact sur la santé des consommateurs et qu’il y ait une stratégie d’information du public.

« Les discours sur la légalisation du cannabis ne sont pas toujours cohérents et sont souvent contradictoires, dit-il. Le Sénat voudra départager ce qui est réellement fondé sur le plan scientifique de ce qui peut découler de perspectives plus personnelles et peut-être morales de la part de certains. »

Le criminologue constate que le projet de loi crée de la confusion, y compris au sein du Sénat même.

Des questions en suspens

« On n’est pas encore au fait de ce que sera la réalité sur le terrain, explique-t-il. Il y a une ouverture où les gens interprètent qu’il y aura un libre accès sans vraiment de contrainte. » Par contre, ajoute-t-il, ce sera aux provinces d’encadrer la vente des produits du cannabis « et leurs positions ne sont pas équivalentes d’un endroit à l’autre ».

Dans les milieux de la santé ou les corps policiers, les professionnels ne savent pas à quoi s’attendre.

« [Or] ces différentes instances vont devoir prendre en considération cette légalisation pour agir et réagir aux situations auxquelles elles seront confrontées à titre de professionnels. Pour certains groupes, ça peut susciter de l’inquiétude parce qu’ils ne savent pas encore dans quelle direction les choses iront. »

Pour Jean-Claude Bernheim, la santé est l’élément premier sur lequel le Sénat devrait se pencher, en faisant appel à des experts qui apporteront un éclairage scientifique.

« C’est sûr que la consommation de cannabis a des conséquences très négatives pour certaines personnes, explique-t-il. Mais c’est comme pour toute décision à caractère social, il faut évaluer l’ampleur des conséquences négatives. Jusqu’à quel niveau la société peut-elle tolérer les effets négatifs d’une décision à caractère social ou médical, c’est l’élément premier à vérifier. Ensuite, sur le plan pratico-pratique, on peut voir comment on va permettre la légalisation et mettre la loi en oeuvre. »

Informer le public

Jean-Claude Bernheim estime aussi que le Sénat doit recommander au gouvernement des mesures concrètes pour informer le public, qui permettront de « rejoindre tous les gens, de tous les âges et de toutes les conditions ».

Jean-Claude Bernheim rappelle que c’est en examinant les expériences européennes et américaines qu’on en est « venu à la conclusion qu’il fallait légaliser le cannabis ».

« C’est comme pour la cigarettes et l’alcool. On sait que ça peut avoir des conséquences néfastes et des impacts. Ce n’est pas parce qu’un produit a des effets négatifs qu’il doit être illégal, mais il doit être réglementé. »

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