Outre les élections aux États-Unis, un autre scrutin se déroulera en début de semaine. Lundi, les Yukonais éliront leur prochain premier ministre. Les enjeux sont immenses dans ce territoire du Nord et la lutte est extrêmement serrée à quelques heures du vote.

Yavn Côté

  Un texte d'Yvan Côté

L'hiver est déjà bien installé au Yukon et alors que la neige s'accumule au sol, les électeurs parlent politique. Économie, relations avec les Premières Nations, tout est à l'agenda, explique un analyste politique et écrivain de Whitehorse, Keith Halliday.

L'élection cette année revêt un côté tout particulier indique le Yukonais de troisième génération. Les emplois se font rares et la chute des prix des ressources naturelles a eu un effet catastrophique dans le territoire.

Au cours des derniers mois, deux des trois principales mines ont fermé leurs portes pour des raisons économiques. Ces décisions ont entraîné la disparition de centaines d'emplois bien rémunérés.

L'autre menace ajoute M. Halliday vient de la taxe sur le carbone d'Ottawa. Elle risque d'avoir un plus grand impact ici que partout ailleurs au pays, soutient-il.

« Il fait froid bien sûr au Yukon, donc nous utilisons beaucoup d'huile à chauffage, de gaz propane et de pétrole dans nos maisons. Nos industries utilisent aussi beaucoup plus de ces énergies sales pour fonctionner », explique l'analyste politique.

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« La taxe sur le carbone sera dommageable ici et contrairement à l'industrie manufacturière au Québec, par exemple, on ne pourra pas refiler la facture aux consommateurs puisque les prix de nos minerais sont fixés à l'international ».

L'usure du pouvoir

C'est pourquoi pour se démarquer de ses adversaires, le Parti Yukon, au pouvoir depuis 14 ans, promet de s'opposer carrément à la nouvelle taxe sur le carbone. Les Libéraux et le NPD, eux, s'engagent plutôt à négocier des redevances et des compensations avec le fédéral.

Un scénario problématique, croit le candidat Philippe Leblond du Parti vert. Malgré l'usure du pouvoir, le Parti Yukon, qui se rapproche de l'idéologie du Parti conservateur, pourrait se faufiler entre ses adversaires, lundi soir, puisque ceux-ci offrent tous une plateforme similaire qui est plus à gauche.

« Ce qui arrive en ce moment, c'est que les personnes votent soit pour le Parti Yukon soit ils sont divisés entre les trois autres partis. C'est vraiment polarisé. La population veut du changement, mais pour l'instant personne ne sait qui va l'emporter ».

Les Premières Nations mécontentes

L'autre dossier qui pourrait influencer les résultats du scrutin lundi est celui des Premières Nations. Les 14 chefs du territoire n'ont pas apprécié que le gouvernement dirigé par le parti Yukon ait fait volte-face dans son plan d'aménagement du bassin hydrographique de la Peel.

Ce territoire de 67 000 kilomètres carrés, riche en matières premières et pratiquement inhabité, devait être protégé dans sa presque totalité. Or, après des années de consultations, le premier ministre Darrell Pasloski a réduit la zone de protection de 80 % à 30 %, ce qui a soulevé l'ire de certains chefs.

« C'est une partie du Yukon de la même grandeur que la Belgique ou l'Écosse remplie de gaz naturel, de pétrole et de minerai. L'enjeu est de savoir comment développer ces ressources, tout en respectant l'environnement. La question divise en ce moment et, comme pour la taxe sur le carbone, elle peut avantager le Parti Yukon ou le faire perdre », explique Keith Halliday .

La lutte s'annonce donc extrêmement serrée lundi. Le territoire de 35 000 habitants pourrait même élire un gouvernement minoritaire. Une première en plus de 20 ans.

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