Le moment le plus cocasse de cette « hebdomas horribilis » du gouvernement Couillard fut quand le président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon, a demandé au député François Bonnardel de retirer ses paroles pour avoir comparé le premier ministre Philippe Couillard à l'ex-maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Ces propos étaient blessants, a statué M. Chagnon, sans préciser si c'était pour le premier ministre ou l'ex-maire. Reste que M. Couillard sort meurtri des événements de la semaine dernière. Il a eu l'air d'un premier ministre qui se tient loin de l'action, désengagé des dossiers quotidiens. On l'a aussi traité de « touriste », mais c'est injuste : les touristes, d'habitude, veulent tout voir...

Il y a toutes sortes de façons d'être premier ministre et l'une n'est pas forcément meilleure que l'autre. On peut être présent dans tous les dossiers, au risque d'être accusé de microgestion. Ou on peut vouloir s'en tenir le plus possible aux grands enjeux pour conserver une large vision de l'État.

Mais, d'une part, on cherche encore, après deux ans de pouvoir, quelle est la grande idée que veut défendre M. Couillard dans son mandat. D'autre part, rien ne peut excuser que le premier ministre ne soit pas mis au courant des dossiers quotidiens quand c'est nécessaire.

Depuis qu'il est arrivé au bureau du premier ministre, M. Couillard a tout fait pour se dissocier de son prédécesseur Jean Charest qui, c'est vrai, exigeait de savoir tout ce qui se passait dans tous les ministères.

Sauf que cette période « post-Charbonneau », on ne peut pas s'intéresser de trop loin à des nids de problèmes, comme le ministère des Transports, le principal donneur d'ouvrage au Québec, là où la magouille va nécessairement revenir en premier.

« Je ne lis pas les journaux... »

Bien des premiers ministres se vantent - en public du moins - de ne pas lire les journaux. Mais, dans le cas de M. Couillard, tout indique que ce soit vrai.

C'est ainsi que son entourage n'a pas jugé bon de lui montrer la désormais célèbre lettre de démission de Mme Annie Trudel avant le jeudi matin, soit 24 heures après la parution d'un article qui allait être à l'origine d'une véritable crise de confiance dans l'appareil gouvernemental.

Résultat : le premier ministre a été obligé d'annoncer le congédiement de la sous-ministre des Transports, Dominique Savoie, moins de 24 heures après l'avoir consacrée comme l'« une des hauts-fonctionnaires les plus respectés de l'administration publique ».

Que s'est-il passé dans ces 24 heures? Le premier ministre a finalement été informé de ce qui se passait dans son gouvernement.

Cette réalité est connue depuis longtemps sur la colline parlementaire et les députés libéraux en parlent ouvertement : le premier ministre est isolé. Il passe trop de temps avec sa garde rapprochée et lorsqu'un député, ou même un ministre, a besoin de lui parler, c'est le parcours du combattant.

Il se fie trop, dit-on, à son entourage immédiat. Son chef de cabinet, Jean-Louis Dufresne, et le secrétaire général du gouvernement, Roberto Iglesias, sont des amis de longue date qui - on l'a vu cette semaine - savent bien des choses, mais considèrent que leur mission est de protéger le premier ministre plutôt que de l'alerter des dangers.

Ainsi, l'information ne circule pas jusqu'au premier ministre, qui est toujours un pas en arrière de l'action ou de l'opinion publique. On l'avait vu dans le dossier de Sam Hamad. On l'a constaté encore cette semaine.

C'est pourquoi, et en tout respect pour le président de l'Assemblée nationale, la comparaison avec Gérald Tremblay est assez pertinente. Même que M. Couillard semble avoir fait sienne la devise de l'ancien maire : « Ce qu'on ne sait pas ne nous fait pas mal ».

Sauf qu'en politique, cette maxime peut devenir, vite fait, la recette d'un désastre.

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