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Le système de loterie d'immigration « cruel » relancé malgré la grogne

Le gouvernement de Justin Trudeau vient de relancer un système de loterie pour réunir les familles immigrantes, malgré la réaction défavorable de parrains frustrés qui qualifient le processus de sélection aléatoire de « cruel », d'« impitoyable » et de « fiasco ».

Un texte de Kathleen Harris, CBC News

Une période d'un mois a été ouverte le 3 janvier afin d’inviter les gens à participer à un tirage en ligne. À gagner : une des 10 000 places qui permet de faire une demande de parrainage d’un parent ou d’un grand-parent.

Cette loterie remplace le précédent système du premier arrivé, premier servi.

Le questionnaire à remplir inclut cette année davantage de questions, puisque de nombreuses critiques ont été émises l’an dernier au sujet des personnes choisies, qui n’auraient pas toutes répondu aux exigences financières, notamment.

Le passage à la loterie suscite la colère de certains, comme en font foi une foule de courriels et de lettres adressées au ministre de l'Immigration Ahmed Hussen, à son prédécesseur John McCallum et au premier ministre Trudeau.

Des centaines de pages de correspondance obtenues par CBC News par l’entremise d’une demande d’accès à l’information font état de potentiels parrains en colère.

Ils expriment leur déchirement et leur incrédulité devant ce qu'ils décrivent comme un programme qui présente de sérieuses lacunes, annoncé dans la précipitation et sans aucune consultation publique.

« Le fiasco de l'immigration »

Un des courriels envoyés au ministre Hussen, daté du 26 avril 2017 et intitulé « Fiasco de l'immigration », qualifie la loterie de « désastre ».

« Ce nouveau système est basé sur des méthodes injustes et non scientifiques, une méthodologie qui joue avec la vie de Canadiens qui travaillent fort et qui essaient de réunir leurs proches », peut-on lire dans le message.

« Avant l’instauration de la loterie, ma femme et moi venions de remplir le dossier complet du processus d'immigration et avions été autorisés à commencer... quand vous avez décidé de changer le système en entier pour un cirque hasardeux digne de Las Vegas ».

« Il s'agit d'un système injuste pour ceux qui ont été plongés dans le processus avant d'être rejetés dans un océan de candidats au hasard, sans égard à la file d'attente dans laquelle nous nous trouvions déjà. »

En effet, le passage au système de loterie, annoncé le 14 décembre dernier, s'est produit quelques semaines seulement avant que les demandes dans le cadre du système du premier arrivé, premier servi ne soient acceptées.

Le changement visait à rendre le système plus équitable et plus transparent, à la suite de plaintes qui suggéraient que le processus était biaisé par la géographie ainsi que par la capacité d’un demandeur de se payer un avocat afin de passer devant tout le monde dans la file d’attente.

Admissions en hausse

Il visait aussi à éviter l’accumulation de retards dans le traitement des demandes, qui ont explosé au cours des dernières années, alors que le gouvernement libéral a doublé le plafond à 10 000 places par année.

Malgré la hausse de ce plafond, de nombreux parrains condamnent le processus de loterie, l'un d'eux le qualifiant de « véritable gâchis ».

« L'augmentation du plafond n'a pas profité aux demandeurs qui attendent depuis des années de réunir leur famille… la loterie a été détournée par de fausses demandes », peut-on lire dans un des messages obtenus par CBC News.

En vertu du nouveau système de loterie, le demandeur n’a pas à fournir de preuve d’admissibilité dans le formulaire en ligne « Intérêt pour le parrainage » puisqu’il ne s'agit pas d'une demande officielle.

De nouvelles questions ont toutefois été ajoutées au formulaire cette année afin de s'assurer que les parrains potentiels comprennent les exigences et y répondent avant de s'inscrire.

En plus des renseignements de base comme la date de naissance, le pays d'origine, l'adresse, le code postal et le courriel, le formulaire comprend maintenant des questions sur le revenu et la taille de la famille. Il exige aussi le nom des parents ou des grands-parents qu'on souhaite parrainer.

Bon nombre d'entre eux ont supplié le gouvernement de revenir à l'ancien système, d'opter pour une sélection fondée sur le mérite ou d'augmenter les frais pour réduire le bassin de candidats. Certains ont même demandé au premier ministre d'intervenir personnellement.

Confusion sur les exigences

Certaines plaintes déposées évoquent une confusion généralisée à propos des exigences financières.

D'autres décrivent la joie de recevoir le courriel tant attendu, celui qui informe le demandeur qu’il est sélectionné, pour mieux en recevoir un deuxième quelques heures plus tard l’informant qu’il ne l’est plus.

Les parents et les grands-parents de citoyens canadiens ou de résidents permanents peuvent aussi demander un super visa, ce qui leur permet de prolonger leur visite jusqu'à deux ans après leur entrée au Canada. Un visa à entrées multiples de 10 ans permet quant à lui plusieurs visites d’une durée maximale de six mois chacune.

La porte-parole conservatrice en matière d'immigration, Michelle Rempel, accuse les libéraux d'avoir promis une cible élevée pour la réunification des familles au cours de la campagne électorale sans avoir pensé aux moyens nécessaires pour que le système fonctionne.

« Je pense que le gouvernement devra revoir sa façon de faire, puisque le système ne fonctionne pas et qu’il s’en dégage une impression d’injustice », a-t-elle dit à CBC News.

Jenny Kwan, porte-parole du NPD en matière d'immigration, qualifie la loterie de « catastrophe ». Elle affirme que la réunification des familles est vitale pour l'économie canadienne et pour la cohésion familiale, communautaire et culturelle.

Elle exhorte le gouvernement à carrément retirer, ou du moins à augmenter, le plafond et à ramener le système du premier arrivé, premier servi.

« Fondé sur la chance »

« Je suis contre l'idée que le succès d’une candidature soit fondé sur la chance, ajoute la députée Kwan. Le gouvernement devrait supprimer le plafond, permettre le traitement des demandes et y investir les moyens nécessaires. Si nous pouvons accueillir 50 000 réfugiés syriens, nous pouvons aussi offrir la réunification familiale à ceux qui le demandent. »

Le formulaire en ligne est disponible jusqu'au 1er février. Le ministère triera ensuite les demandes, supprimera les doublons et choisira au hasard les demandeurs qui seront invités à présenter une demande de parrainage.

En annonçant son intention de relancer le système de loterie, M. Hussen a précisé que le gouvernement est déterminé à favoriser la réunification des familles.

« Aider un plus grand nombre de personnes à retrouver leurs parents et leurs grands-parents au Canada témoigne de l'engagement du gouvernement à garder les familles unies, ce qui permet une intégration réussie et renforce les liens avec le Canada », a-t-il déclaré en décembre.

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