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Légalisation de la marijuana : des experts américains mettent en garde le Canada

À quelques semaines du dépôt du rapport du groupe de travail sur le cannabis, un congrès international sur les questions de dépendance s'est tenu dans la plus grande discrétion dans un hôtel Marriott de Montréal. Des scientifiques américains invitent le Canada à ne pas procéder rapidement à la légalisation de la marijuana.

Un texte d'Azeb Wolde-Giorghis

« Nous avons été dupés », lance le Dr Kevin Sabet, ancien conseiller du président américain Barack Obama en matière de politique sur la drogue. Il dirige aujourd'hui l'organisation Smart Approaches to Marijuana (SAM) et milite contre la légalisation de cette substance.

Selon lui, la légalisation de la marijuana en Alaska, en Oregon, au Colorado et dans l'État de Washington est une affaire d'argent qui profite à des sociétés de capitaux privés et que ce choix n'a rien avoir avec la santé publique.

« Il y a une vaste industrie au Colorado semblable à l'industrie du tabac, qui a ses propres lobbys », note Kevin Sabet.

Il craint que le même scénario se produise au Canada, car le pays est perçu comme un marché potentiel lucratif.

La commercialisation va bon train, fait-il remarquer. Il n'y a plus de limites : des biscuits, des bonbons, des chandelles au tétrahydrocannabinol (THC), qui est la molécule active du cannabis. Tout se vend et rapporte beaucoup d'argent.

La Dre Nora Volkow, directrice du National Institute on Drug Abuse (NIDA) depuis 2003, est considérée comme une sommité dans les questions de dépendance. Elle a été classée parmi les 100 personnes les plus influentes de la planète par le Time Magazine.

Selon elle, la légalisation de la drogue la rendra plus accessible et, par conséquent, davantage de personnes y seront exposées.

Une approche canadienne différente

Le modèle canadien sera toutefois très différent de celui des quatre États américains, précise le Dr Mark Ware, vice-président du groupe de travail sur le cannabis mis en place par le gouvernement fédéral.

Au Canada, dit-il, tout est basé sur la santé publique. Il s'apprête d'ailleurs à remettre des recommandations au gouvernement Trudeau, en vue du projet de loi sur la légalisation, prévu au printemps 2017.

Selon le Dr Ware, le cannabis est déjà une des drogues des plus utilisées par les jeunes et par les adultes. « Nous essayons de développer une approche plus légale pour minimiser le marché noir », souligne-t-il.

De la prudence et des preuves scientifiques

Pour Didier Jutras-Aswad, psychiatre et directeur de l'Unité de psychiatrie des toxicomanies au CHUM, la légalisation doit se faire avec prudence, en prenant en considération les données scientifiques et en mettant en place des politiques de santé publique.

Mais la légalisation d'une drogue a toujours un coût pour n'importe quel pays, nuance la Dre Nora Volkow. D'après elle, les principales causes de mortalité aux États-Unis sont liées à deux drogues légales : le tabac et l'alcool.

Questionnée pour savoir si, selon elle, le Canada devrait légaliser la marijuana, la Dre Volkow répond : « Peut-on se permettre d'avoir une troisième drogue légale? »

Pour beaucoup, le scénario idéal serait un juste milieu, entre le statu quo et la légalisation de la marijuana. Sous couvert de l'anonymat, certains médecins réclament davantage de recherches sur les conséquences de la consommation de marijuana sur la santé à long terme. Certains espèrent qu'il y aura des études approfondies à ce sujet avant qu'un projet de loi soit déposé, pour ne pas répéter les erreurs de l'industrie du tabac.

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