Le 24 mai dernier, la néo-démocrate Rachel Notley était assermentée 17e première ministre de l'Alberta en même temps que son cabinet, après plus de quatre décennies de règne conservateur. Le politologue Frédéric Boily livre son impression sur les points forts et faibles des 100 premiers jours des néo-démocrates au pouvoir en Alberta.

Un texte de Jean-Emmanuel Fortier

Promesses tenues ou presque

Dès les premiers jours de la session législative, le gouvernement s'est attaché à respecter ses promesses électorales en déposant et en adoptant deux projets de loi parmi lesquels : le projet de loi 1 qui a interdit les dons des entreprises et syndicats aux partis politiques.

Puis le gouvernement a rempli une autre promesse à saveur partisane : l'augmentation des impôts des grandes entreprises et la fin du taux d'imposition unique des particuliers. Et il a aussi enclenché le processus de consultations pour réviser le système de redevances énergétiques ainsi que celui sur la lutte contre les changements climatiques. 

« Du côté des néo-démocrates, il faut être capable de satisfaire les partisans. Jusqu'à maintenant, je pense ça a été fait, mais dans certains domaines ils auraient peut-être pu aller plus rapidement », explique Frédéric Boily.

Autre promesse importante tenue : l'augmentation du salaire minimum d'1 $ cet automne avec l'objectif d'atteindre 15 $ de l'heure d'ici 2018. 

Hausse importante des dépenses

Gros point noir à noter : les finances albertaines. Après moins de trois semaines en poste, le gouvernement annonçait déjà qu'il augmentait les dépenses de 624millions de dollars par rapport à l'ancien gouvernement de Jim Prentice. Des investissements qui seront financés en partie grâce aux surplus de l'exercice 2014-2015.

Mais avec les revenus des redevances énergétiques au plus bas, le manque à gagner pour le prochain exercice dans les finances de la province pourrait se chiffrer en milliards de dollars.

Excuses historiques

Geste fort symbolique, pour la première fois le gouvernement albertain a demandé la tenue d'une enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées.

Rachel Notley a aussi présenté les excuses officielles du gouvernement pour l'inaction des législateurs albertains sur la question des pensionnats autochtones. 

Inexpérience et erreurs de parcours

L'annonce de la nomination de Marg McCuaig-Boyd comme ministre de l'Énergie avait été reçue avec scepticisme au sein de la communauté des affaires et du pétrole. Elle qui a peu a ou pas d'expérience dans le milieu est responsable d'un portefeuille clé pour l'Alberta.

Et ses premières semaines ont été loin d'être faciles... Dès le début de son mandat, elle s'est montrée sur la défensive après la révélation que son chef de cabinet avait été lobbyiste auprès de groupes anti-pipelines. La ministre est moins à l'aise avec les journalistes que certains de ces collègues ce qui a mené à certains échanges maladroits.

Outre Marg McCuaig-Boyd, une autre ministre s'est trouvée sous le feu des critiques. Une préface dans un livre d'enfants écrit par le militant de Greenpeace Mike Huddema a aussi obligé la ministre de l'Environnement Shannon Phillips à se défendre contre de vives attaques de l'opposition.

Et il n'y a pas que des ministres qui ont eu des premiers mois difficiles. Deux semaines après l'élection, Rachel Notley a dû expulser de son caucus Deborah Drever pour des commentaires inappropriés sur des médias sociaux. Le député fraîchement élu d'Edmonton-Ellerslie Rod Loyola avait aussi fait l'objet de critiques pour être un admirateur d'Hugo Chavez.

Toutefois, selon Frédéric Boily, pour l'instant ces quelques faux pas n'ont pas trop endommagé l'image du gouvernement car « les petits cafouillages ne se sont pas transformés en quelque chose de plus gros qui auraient déjà terni la réputation du gouvernement. »

Lune de miel pour Sarah Hoffman

La candidate vedette du NPD lors des élections provinciales Sarah Hoffman s'est vu offrir le plus important portefeuille au cabinet : la santé. Jusqu'à présent, cette ancienne conseillère scolaire d'Edmonton a eu un parcours qui n'est pas trop cahoteux.

Elle est présentement bien respectée des professionnels de la santé, en particulier les infirmières. En 100 jours, elle a notamment suspendu un contrat controversé qui aurait privatisé une partie des analyses médicales, là aussi une promesse électorale.

Pour Sarah Hoffman, ces trois premiers mois sont un peu une lune de miel. « C'est un rêve devenu réalité, je ne savais pas que j'avais la capacité à faire ce travail, c'est tout un honneur d'être à ce poste », a commenté la ministre au micro de Radio-Canada.

Une opposition Wildrose efficace?

Il n'y a pas que les actions du nouveau gouvernement qui ont été scrutées depuis le mois de mai dernier. Le nouveau chef du Wildrose Brian Jean a aussi connu ses trois premiers mois comme chef de l'opposition officielle. « Brian Jean a été assez impressionnant, considérant qu'il est arrivé dans un moment qui était difficile pour sa formation politique, je pense qu'il a su redresser les choses », estime Frédéric Boily.

À la tête d'un parti renforcé aux élections après l'amputation du parti causée par les défections de Danielle Smith, lui et son équipe ont été très actifs à critiquer les politiques des néo-démocrates.

Le test du 3 septembre

Jeudi, les électeurs de Calgary-Foothills sont appelés à choisir pour la 3e fois en un an, leur représentant à l'Assemblée législative. Ce siège avait été laissé vacant après la démission de Jim Prentice fraîchement élu. Puis il avait abandonné son siège le soir même de la débandade des conservateurs le 5 mai. « Le défi du Wildrose est le même que dans ses débuts, c'est toujours de faire une percée électorale dans les villes », selon l'analyste politique.

Cette circonscription est conservatrice depuis sa création il y a plus de 40 ans. Le Wildrose devra donc séduire les partisans conservateurs qui ne sont représentés que par neuf députés à l'Assemblée. Les néo-démocrates, quant à eux, misent gros avec un candidat bien connu dans la région de Calgary, l'ancien conseiller municipal et député provincial Bob Hawkesworth.

Pour Frédéric Boily cette élection sera un baromètre des premiers mois du gouvernement Notley. « L'élection partielle va être très importante car elle va permettre de voir si les politiques de Rachel Notley vont être plébiscitées. »

Plus d'articles

Commentaires