Jagmeet Singh est devenu dimanche le 8e chef du Nouveau Parti démocratique (NPD). Près de 54 % des membres qui ont voté l'ont choisi pour remplacer Thomas Mulcair. Avec Tommy Douglas et Jack Layton, il est le seul à être devenu chef au premier tour. Il lui reste deux ans pour relever d'importants défis.

Un texte de Philippe-Vincent Foisy et Louis Blouin

Se faire connaître

Jagmeet Singh est un nouveau venu sur la scène fédérale. Il n’a pas de siège à la Chambre des communes. Avant de se lancer dans la course, son nom n’était pas connu en dehors de la région de Toronto.La course à la direction du NPD lui a offert une tribune nationale, mais elle n’a pas beaucoup attiré l’attention.Aux yeux de certains, elle était trop longue. Thomas Mulcair s’était fait montrer la sortie par les militants en avril 2016. Pour d’autres, elle était trop consensuelle, puisque les premiers débats ont été le théâtre d’échanges cordiaux, où les quatre candidats ont présenté leurs différentes nuances d’orange.La course s’est aussi déroulée sans vedette connue sur la scène fédérale. Alexandre Boulerice et Nathan Cullen ont passé leur tour, alors que Peter Julian a dû se désister.Jagmeet Singh compte profiter du fait qu’il ne siégera pas aux Communes et qu’il quittera ses fonctions à l’Assemblée législative de l’Ontario pour se concentrer sur le travail de terrain.Ce travail sera essentiel pour redresser les finances du parti. Le NPD peine toujours à récolter des fonds. Même si le parti a doublé sa base en quelques mois, à la fin 2016, il était toujours endetté et devait rembourser quelque 5,5 millions de dollars, selon Élections Canada.

Le Québec

Avec moins de 5000 membres, le Québec ne pesait pas lourd dans le choix du chef, mais la province est stratégique pour la prochaine élection, dit-on en coulisses. La vague orange de 2011 et la déconfiture de 2015 l’illustrent bien.Près de 70 % des Québécois interrogés par la firme Léger à la fin août n'étaient pas intéressés par la campagne à la chefferie du NPD.Pendant la course, un ancien député a affirmé avoir été laissé pour compte, déplorant la faible présence des candidats sur le terrain et les problèmes d'organisation du parti.Jagmeet Singh doit aussi conjuguer ses signes religieux avec les débats entourant la laïcité au Québec. Après avoir indiqué qu’il pourrait contester le projet de loi sur la neutralité religieuse de l’Assemblée nationale, il s’est ravisé en adoptant la position de ses adversaires : il s’oppose au projet de loi, mais respecte le droit de Québec de légiférer dans ses champs de compétence.Jagmeet Singh a aussi dû affronter des critiques au sein même de la famille néo-démocrate. S’il répète qu’il croit en la séparation de la religion et de l’État, certains voient en son turban un obstacle pour se faire élire au Québec.

Le Bloc québécois n’a pas attendu son élection pour l’attaquer sur ce dossier.

Rebâtir l’unité du parti

Le nouveau chef devra aussi répondre à l’épineuse question : être ou ne pas être en faveur des oléoducs? Elle déchire les troupes néo-démocrates de l’Alberta et de la Colombie-Britannique.Thomas Mulcair a été incapable de clairement se positionner contre l’oléoduc Énergie Est pendant la campagne électorale de 2015, ce qui lui a fait mal, selon un ex-stratège néo-démocrate.Jagmeet Singh s’est clairement opposé aux projets Énergie Est et Kinder Morgan. Il garde toutefois la porte ouverte à d’autres projets qui feraient l’objet de meilleures évaluations environnementales.Ottawa a approuvé en novembre le projet de tripler la capacité de l'oléoduc Trans Mountain entre l'Alberta et Burnaby, en Colombie-Britannique. Cette annonce avait grandement réjoui le gouvernement néo-démocrate de l’Alberta, qui cherche des manières d’exporter son pétrole des sables bitumineux pour relancer son économie.Les groupes environnementaux misent toutefois sur le gouvernement néo-démocrate britanno-colombien, qui a formé une alliance avec le Parti vert, pour freiner le projet.En avril 2016, on avait pu observer cette fracture au sein du parti, alors que les militants n’avaient pas renouvelé leur confiance envers Thomas Mulcair. Réunis à Edmonton, en Alberta, ils avaient adopté, aux fins de discussions dans les associations de circonscriptions, un manifeste appelé Un bond vers l'avant qui prévoit, entre autres, la fin des accords commerciaux et l'arrêt de tout projet d'infrastructures qui exigent d'accélérer l'extraction des ressources, dont les oléoducs.Il ne peut pas se passer de ces deux franges pour prendre le pouvoir.

Battre Justin Trudeau sur son terrainEn 2015, Justin Trudeau se présentait comme le jeune politicien qui tranchait avec l’image de ses deux adversaires, beaucoup plus vieux. Mais en 2019, le premier ministre sera le plus vieux des trois chefs des partis reconnus aux Communes.

À 38 ans, Jagmeet Singh compte sur son style, son charisme et sa maîtrise des médias sociaux pour aller chercher les jeunes électeurs qui ont voté en plus grand nombre à la dernière élection. L’humoriste américain Seth Rogen l’a d’ailleurs félicité sur Twitter quelques secondes après sa victoire.Le nouveau chef va tout faire pour conserver cette image de véritable parti de gauche, afin d'éviter que le NPD ne soit doublé par les libéraux une seconde fois.Jagmeet Singh se présentera comme le vrai défenseur des valeurs progressistes : salaire minimum à 15$/h, décriminalisation de toutes les drogues, augmentation des taux d’imposition des grandes entreprises et des contribuables les plus riches.Il a déjà commencé à s’en prendre aux promesses brisées des libéraux. Lors de son discours de victoire, il a attaqué le premier ministre dans les dossiers de la réforme électorale, de l’environnement et des Premières Nations.L’arrivée d’un sikh pratiquant qui porte le turban pourra surtout faire mal aux libéraux à Toronto et dans sa banlieue multiethnique. Jagmeet Singh représentait à l’Assemblée législative une circonscription qui inclut une partie de Mississauga et de Brompton, en banlieue de la métropole.Cette région très peuplée - près de six millions de personnes vivent dans la grande région de Toronto - avait permis aux conservateurs de former un gouvernement majoritaire en 2011.La région est repassée au rouge aux dernières élections et les troupes de Justin Trudeau tiennent à leur acquis. Trois ministres de premier plan sont des sikhs, dont Navdeep Bains, député de Mississauga—Brampton-Sud.

Jagmeet Singh ne peut toutefois pas perdre de temps s’il espère déloger ce gouvernement encore très populaire.

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