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Les bureaux de députés fédéraux débordés par les dossiers d’immigration

EXCLUSIF – De nombreux bureaux de députés fédéraux sont submergés par les cas d'immigration, qui monopolisent une grande part de leur travail de circonscription. Le problème est tel qu'Immigration Canada a créé un centre d'information consacré aux questions des députés. Un signe que ce ministère doit revoir ses façons de faire de fond en comble, estiment des parlementaires.

Quand un citoyen ou un immigrant ne parvient pas à obtenir les renseignements nécessaires auprès d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, c'est souvent vers son député fédéral qu'il se tourne.

Dans la circonscription de Rosemont-La Petite-Patrie, à Montréal, le député néo-démocrate Alexandre Boulerice le vit au quotidien. Une employée de son bureau s'occupe presque exclusivement de cas d'immigration.

« Dans son travail, de 85 % à 90 % sont des dossiers d'immigration. Le reste, on parle de dossiers de chômage ou sécurité de la vieillesse », explique-t-il.

Selon ce dernier, le principal problème associé aux cas d'immigration est le délai de traitement.

« Quand ça fait 7 ans que vous vivez ici, vous attendez une décision du gouvernement », illustre-t-il.

Parfois, vous avez eu un enfant ou deux et, finalement, vous vous faites dire que vous devez retourner dans votre pays. Ça crée des drames.

Alexandre Boulerice, député de Rosemont-La Petite-Patrie, NPD

Une autre députée de Montréal, la néo-démocrate Hélène Laverdière, soutient que plus de la moitié des demandes d'aide qu'elle reçoit à son bureau de circonscription de Laurier-Sainte-Marie concernent aussi des cas d'immigration.

« Ce que les gens trouvent difficile, c'est que souvent ils se sentent traités comme s'ils étaient un numéro ou un bout de papier ou s'ils participaient à une loterie », avance-t-elle.

« Par exemple, pour le parrainage des parents et des grands-parents, ils attendent des années », rapporte Mme Laverdière. « Ils n'ont pas vraiment d'information et ils se demandent chaque année s'ils vont gagner à la loterie ou non. C'est très difficile. »

Plus de 15 000 cas traités par mois

En avril 2016, Immigration Canada a créé, à Montréal, un Centre d'information à l'intention des députés et des sénateurs. Ce dernier traite, en moyenne, 14 000 cas par mois.

Ce service téléphonique s'est ajouté à la Direction des demandes de renseignements ministériels qui existait déjà, à Ottawa, depuis le début des années 2000. Ce bureau s'occupe maintenant surtout des cas complexes et traite 1200 cas par mois.

Au total, les deux services comptent 37 employés. Toutefois, Immigration Canada explique qu’il fait appel à des employés d’autres secteurs quand le nombre de demandes est élevé.

Si Immigration Canada a senti le besoin de créer un système parallèle pour traiter les nombreuses demandes de renseignements des députés au nom de leurs concitoyens, cela reflète un problème, selon la députée Hélène Laverdière.

Ce que ça me dit, c'est qu'il y a une crise dans le système.

Hélène Laverdière, députée de Laurier-Sainte-Marie, NPD

En créant le Centre d'information à l'intention des députés, le gouvernement Trudeau disait vouloir leur offrir un guichet unique.

Un guichet unique… ou perte d’accès?

Mais en réalité, soutient le député Alexandre Boulerice, on leur a coupé l'accès aux agents d'immigration responsables des dossiers.

« C'est extrêmement difficile de parler à des fonctionnaires pour mon employée ou pour moi », avance-t-il. « Avant, on pouvait avoir accès aux bureaux de visas dans les différentes ambassades canadiennes à l'étranger. Les libéraux ont coupé cet accès-là. Ils l'ont centralisé à une ligne téléphonique. »

Le député Boulerice soutient cependant que le ministre de l'Immigration, John McCallum, et son équipe sont à l'écoute.

« Ils font généralement un bon travail quand on les interpelle, eux. Mais on ne veut pas être constamment obligés de tirer la sonnette d'alarme avec le ministre, directement, puis aller le trouver dans le couloir pour essayer de régler un dossier. Ce n'est pas comme ça que ça devrait marcher », soutient-il.

« Je pense qu'il faut plus de ressources pour accélérer le traitement des dossiers parce que ça crée des drames », avance le député Boulerice.

Le cas de Marie-Flore Kapamba

Le cas de Marie-Flore Kapamba d'Ottawa illustre bien les problèmes de milliers de personnes en attente d'une réponse d'Immigration Canada.

Sa demande de parrainage pour faire venir sa mère d'Afrique est approuvée depuis 2010. Mais des délais retardent sans cesse leurs retrouvailles.

Au bureau de son député, le libéral Andrew Leslie, d'Orléans, on affirme que les questions d'immigration représentent plus de 80 % du travail.

De son côté, le bureau du ministre John McCallum dit travailler très fort pour réparer le système dont il a hérité des conservateurs.

Le ministre se dit déterminé à réduire les délais d'attente. Il a d'ailleurs fait une annonce en ce sens pour le parrainage des conjoints et des enfants.

Vers de meilleurs services à la clientèle?

Le 8 décembre dernier, le Comité permanent de la Citoyenneté et de l'Immigration du gouvernement canadien a entrepris d’étudier « la modernisation de la prestation des services à la clientèle d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada ».

L'examen des députés va porter, notamment, sur l'expérience des « clients », les travailleurs de première ligne, les pratiques qui existent dans d'autres pays et les façons d'améliorer les services offerts par le ministère.

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