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Les chauffeurs de taxi transportent leur colère à l'Assemblée nationale

C'est à Québec que s'est transposé le débat sur l'avenir de l'industrie du taxi, mercredi. En effet, pendant que les chauffeurs manifestaient à l'extérieur de l'Assemblée nationale contre le projet pilote du gouvernement avec Uber, députés et ministres se livraient une joute verbale à l'intérieur.

La députée péquiste Martine Ouellet a réclamé du gouvernement Couillard qu'il renonce au projet pilote conclu avec Uber qui, dit-elle, menace la paix sociale, « légitime l'illégalité, passe outre la fraude fiscale et crée deux catégories de chauffeurs de taxi ».

« Ce sont 22 000 familles québécoises qui sont frappées de plein fouet par une ignoble entente libérale », a dénoncé Martine Ouellet.

En réponse à ces critiques, le ministre des Affaires municipales et de la Sécurité publique a affirmé que le projet pilote en question contenait des « dispositions pour venir en aide à l'industrie du taxi ». Martin Coiteux a aussi fait valoir que le projet pilote prévoyait la perception rétroactive de taxes.

M. Coiteux a de plus protesté : « Il ne s'agit pas d'une entente ignoble ».

Des mots durs

La députée Ouellet a enchaîné que le projet de loi, qui a mené à l'entente avec Uber, avait été adopté sous le bâillon. « Il était loin de faire l'unanimité », a-t-elle rappelé.

Et Mme Ouellet a accusé le ministre des Transports Laurent Lessard d'avoir « trahi » les chauffeurs de taxi.

Puis, à la présidente de l'Assemblée qui lui demandait de retirer ses paroles, Martine Ouellet a répliqué « qu'une parole reniée, moi j'appelle ça de la trahison, madame la présidente ».

En guise de réplique, Martin Coiteux, appuyé par le leader parlementaire Jean-Marc Fournier, a souligné que Martine Ouellet avait elle-même reproché à deux de ses collègues du PQ d'avoir « renié » leur parole dans le controversé dossier de l'exploitation pétrolière sur l'île d'Anticosti.

Pendant ce temps à Toronto...

L'un des principaux intéressés dans l'épineux dossier du taxi, soit le ministre des Transports Laurent Lessard, se trouvait à Toronto mercredi.

Interrogé par Radio-Canada, il a dit être conscient des protestations des chauffeurs de taxi. Mais il n'en reste pas moins sur ses positions : « Le constat, c'est que nous, on continue notre procédure, et eux [les chauffeurs de taxi] continuent leurs démarches », a dit Laurent Lessard.

L'espoir de s'entretenir avec Philippe Couillard

Devant l'Assemblée nationale, les chauffeurs de taxi ont laissé leurs véhicules pour aller porter une lettre au bureau du premier ministre Couillard.

Leur but est de rencontrer ce dernier afin de lui faire des propositions qu'ils n'ont pas voulu dévoiler aux médias.

Une partie des manifestants à Québec sont venus d'aussi loin que Montréal. Leur mouvement de protestation a pour effet d'interrompre la circulation sur le boulevard René-Lévesque.

« Ça fait trois commissions parlementaires qu'on fait et on a déposé des mémoires, a expliqué Benoît Jugand, du Regroupement des travailleurs autonomes métallos (RTAM). Là maintenant, on est revenus dans la rue et on va y rester jusqu'à temps qu'on se fasse entendre ».

L'entente conclue par Québec avec Uber entrera en vigueur prochainement. D'une durée d'un an, elle permettra à Uber de poursuivre ses activités sous un certain encadrement.

Rappelons que le front commun de l'industrie du taxi avait présenté une demande d'ordonnance de sauvegarde devant la Cour supérieure du Québec, afin de faire cesser les activités d'Uber.

Mais, plus tôt cette semaine, le juge Michel Yergeau a statué qu'il n'y avait pas lieu d'agir sur-le-champ dans ce dossier, en dépit du plaidoyer présenté par l'avocat du front commun, Marc-Antoine Cloutier.

Uber est présente depuis deux ans dans le marché, a argumenté le juge en substance, avançant que le front commun aurait dû s'adresser plus tôt au tribunal s'il y avait véritablement urgence d'agir. Sans légitimer les activités d'Uber, le juge a ainsi rejeté la requête du front commun du taxi.

« Les juges nous disent de ne pas avoir été vite [ndlr: pour déposer une injonction], mais il fallait bien attendre de savoir s'il y avait ou non préjudices, a déclaré le représentant du front commun de l'industrie du taxi, Guy Chevrette. « Quand vient le temps ensuite de faire une injonction pour arrêter le préjudice, ils nous disent tout à coup qu'on a trop attendu! On est complètement piégés! »

« On s'est fait fourrer »

Ce n'était pas la première démarche devant la justice du front commun du taxi. Ce dernier avait perdu la première manche la semaine dernière, quand un autre juge avait refusé sa requête pour faire annuler l'entente de principe entre le ministère des Transports et Uber.

Les chauffeurs de taxi ne tolèrent pas que les chauffeurs d'Uber puissent travailler sans un permis qu'ils doivent, de leur côté, acquérir à fort prix.

Déboutés devant les tribunaux et empreints du sentiment qu'ils sont abandonnés par le gouvernement, ils estiment désormais n'avoir plus que la rue pour faire entendre leur colère.

Guy Chevrette, qui fut ministre des Transports sous un gouvernement du Parti québécois, va jusqu'à parler d'un « tripotage de justice ». « Je comprends les gens qui doutent du système de justice », dit-il.

La Cour supérieure du Québec entendra les chauffeurs de taxi sur le fond de la question, en janvier.

D'ici là, comme ils doivent toujours composer avec leurs concurrents d'Uber, les chauffeurs de taxi organisent une autre manifestation à Montréal, le 5 octobre prochain.

Pour Guy Chevrette, c'est Philippe Couillard qui détient « la clé » pour dénouer le litige. « Il n'a qu'à nous convoquer », affirme-t-il.

Avec les informations de Pascal Poinlane

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