Les Cris du Québec retournent voter aujourd'hui, quelques jours après avoir signé une entente avec Ottawa qui reconnaît une plus grande souveraineté à la Nation. Deux candidats s'affrontent au 2e tour de scrutin pour obtenir le poste de grand chef du Grand Conseil des Cris : Abel Bosum et Rodney Mark.

Un texte de Karoline Benoit, d'Espaces autochtones

Le premier tour de scrutin s’est déroulé le 12 juillet. Aucun des cinq candidats au poste de grand chef n'a reçu 50 % plus un des votes nécessaires pour gagner. Ceux qui ont obtenu le plus de voix, Abel Bosum, avec 40 %, et Rodney Mark, avec 21 %, doivent donc s’affronter de nouveau.

Le gagnant aura de grands souliers à chausser puisqu’il remplacera Matthew Coon Come, qui tire sa révérence après cinq mandats, quelques jours après la signature d’une importante entente avec Ottawa, qui accorde aux Cris davantage d'autonomie sur leur territoire.

La nouvelle entente « reconnaît le gouvernement de la Nation crie […] comme un gouvernement mature et responsable, a dit le grand chef Coon Come, et marque une avancée […] dans notre relation de nation à nation avec le Canada. »

Des priorités concrètes

« Il est maintenant temps de ramener dans nos communautés tous les avantages des luttes, des défis et des négociations des 40 dernières années », indique le négociateur de la paix des Braves et ancien chef d'Oujé-Bougoumou, Abel Bosum.

Il croit tout d’abord qu’il faut assurer l’accès à des logements abordables à tous les membres des neuf communautés cries du Québec. Il estime qu’il y manque près de 3000 maisons.

Les deux candidats s’entendent par ailleurs pour dire qu’il est également important de faire la promotion de l’accès à la propriété.

Pour Abel Bosum, le gouvernement de la Nation crie doit aussi être à même d’offrir des maisons aux jeunes qui reviennent dans les communautés après avoir terminé leurs études postsecondaires.

Le grand chef adjoint sortant au Grand Conseil des Cris et ancien chef de la communauté de Wemindji, Rodney Mark, s’inquiète de son côté du bas taux de diplomation chez les élèves du secondaire, qui est d’environ 36 %. Il voudrait que ce taux augmente à 90 % dans toutes les communautés.

Également, les deux candidats souhaitent des modifications politiques pour faciliter le développement économique des communautés.

Rodney Mark suggère d’assurer la mise en œuvre de la Société de développement crie, un partenariat avec Québec. Et Abel Bosum propose d’amender une section de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, afin de garantir des pratiques préférentielles envers les entreprises cries.

Une campagne cordiale

Selon nos sources, la dernière semaine de campagne s’est déroulée sous le signe du respect et de la cordialité entre les candidats, qui ont tous deux une bonne expérience politique.

Au lendemain du premier tour, Rodney Mark a tout d’abord « exprimé sa plus profonde gratitude » sur Facebook envers les électeurs qui lui ont donné leur appui. Il a ensuite rappelé l’importance de « bâtir des relations et de réunir les gens vers un objectif commun ».

Il a ajouté avoir « le plus grand respect » pour son opposant, Abel Bosum, avec qui il a travaillé à plusieurs reprises depuis dix ans.

« Je voudrais remercier Rodney Mark pour sa publication », a par la suite répliqué Abel Bosum, toujours sur Facebook.

« Nous sommes tous les deux engagés à nous comporter conformément à nos plus hautes valeurs et croyances cries », assure-t-il.

« Je suis honoré de participer à une élection avec Rodney [Mark] et je sais qu'en fin de compte, indépendamment du résultat, il y aura toujours du respect, de l’honnêteté et de l’amitié. »

Le candidat qui succédera à Mathew Coon Come gouvernera la Nation pendant quatre ans.

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