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Les destins du PQ et du Bloc sont désormais liés

On ne peut pas dire que les relations entre Pierre Karl Péladeau et le Bloc québécois ont démarré du bon pied. Devant des jeunes militants péquistes en novembre dernier, celui qui n'était alors que député de Saint-Jérôme aurait affirmé que « le Bloc ne sert strictement à rien, sauf à justifier le fédéralisme », ce qui est assurément la pire insulte qu'un souverainiste peut proférer à l'encontre du Bloc.

Un billet de Michel Pepin

Une fois l'information publiée, Pierre Karl Péladeau s'était empressé d'affirmer que le Bloc était pertinent, dans la foulée d'une rencontre organisée à l'improviste avec le chef de l'époque, Mario Beaulieu.

En mai dernier, neuf jours après l'élection du député de Saint-Jérôme à la tête du PQ, l'investiture de M. Beaulieu dans la circonscription de la Pointe-de-l'Île avait donné lieu à un incident inusité. M. Péladeau y était passé en coup de vent - il avait un rendez-vous avec sa fille - et il n'avait pas prononcé le discours espéré par les militants du Bloc. Ce quiproquo - il semble que l'organisation bloquiste avait été prévenue de l'horaire chargé de M. Péladeau - n'a pas contribué à faciliter les relations entre le PQ et le Bloc.

Le stupéfiant changement de leader au Bloc, de Mario Beaulieu à Gilles Duceppe, a toutefois permis d'aplanir ces apparentes difficultés.

Dès lors, Pierre Karl Péladeau a choisi de mener, tambour battant, une campagne commune avec le nouveau chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

Ça en a surpris plusieurs, en raison de la possibilité d'une cinglante défaite du Bloc, qui pourrait dans la foulée mettre en difficulté le PQ et son chef.

Une débâcle, fut-ce par association, peut difficilement se révéler positive et une déroute pour le Bloc causerait assurément un certain tort au PQ. Elle serait imputée en partie au chef péquiste et à un désintérêt des Québécois envers la souveraineté.

Naturellement, le chef du PQ aurait pu se contenter d'un appui d'apparat, en ne participant qu'à quelques activités. M. Péladeau aurait aussi pu demeurer indifférent et laisser le Bloc dériver vers les rochers du naufrage, sans lui prêter assistance.

Un choix logique pour le PQ

En réalité, si M. Péladeau s'était contenté d'appuyer le Bloc du bout des lèvres, il aurait causé un grand tort à son parti et à sa propre image. Le chef du PQ, qui s'affiche comme un souverainiste résolu, aurait eu l'air d'un lâcheur pour la centaine de militants bloquistes qui se démènent pour faire élire leurs candidats. Il est plausible de penser qu'ils auraient fait preuve de tiédeur à l'égard du PQ au cours des trois prochaines années.

Ne pas appuyer le Bloc aurait été une décision aux conséquences graves, voire désastreuses, pour Pierre Karl Péladeau et le mouvement souverainiste, dont les destins semblent désormais liés. Cette approche aurait créé les premières fissures dans une fondation déjà fragile, à peine quelques semaines après son arrivée à la tête du PQ.

Oui, à première vue, cet appui sans ambages du chef du PQ au Bloc québécois paraît bien risqué. Néanmoins, lorsqu'on prend un tant soit peu conscience des contraintes internes du mouvement souverainiste, il est manifeste que Pierre Karl Péladeau a fait le seul choix logique et porteur pour sa formation politique et son option.

Si les pronostics actuels se réalisaient et que le Bloc se retrouve presque rayé de la carte électorale, il est assez facile d'imaginer que le PQ avancera l'argument que la souveraineté n'était pas l'enjeu de ces élections fédérales. Une analyse qu'il sera d'ailleurs difficile de remettre en question.

Et puis, en 2018, lors du prochain scrutin au Québec, personne ne se lèvera pour reprocher au PQ son appui sans réserve au Bloc, surtout pas les militants bloquistes d'aujourd'hui.

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