La victoire est sans équivoque et le Parti québécois a littéralement donné carte blanche à son nouveau chef, Jean-François Lisée. Il a un mandat tout aussi clair que ses prédécesseurs, qui furent tous élus dès le premier tour de scrutin. Il ne lui manquait d'ailleurs que bien peu de voix pour réussir, lui aussi, cet exploit.

Michel C. Auger

Une analyse de Michel C. Auger
animateur de Midi Info

 

Cela dit, M. Lisée a maintenant deux défis à la fois complémentaires et bien différents. Le premier de ces défis est, bien sûr, de gagner la prochaine élection - c'est LA raison pour laquelle les militants péquistes l'ont choisi : parce qu'ils le voyaient comme celui qui pouvait le mieux casser « la machine à perdre » qu'est devenu le PQ depuis 15 ans.

Mais il devra le faire en promettant, en même temps, le « bon gouvernement » aux électeurs québécois et la souveraineté - et donc, à terme, un référendum - aux militants péquistes.

À première vue, on pourrait penser qu'étant donné la façon dont gouvernent Philippe Couillard et les libéraux, avec leur boussole éthique complètement détraquée, une victoire électorale dans deux ans ne serait pas trop difficile à envisager.

Mais le PQ doit maintenant composer avec deux partis - Québec solidaire et la Coalition avenir Québec - qui ont passé la dernière décennie à gruger dans ce qui fut autrefois la grande coalition péquiste.

Il sera bien difficile d'aller séduire des électeurs aussi différents que les solidaires et les caquistes avec le même discours. Et on sait déjà que, dans une élection à trois ou à quatre partis, les libéraux partiront toujours avec une longueur d'avance.

Reconstruire la coalition péquiste

Le deuxième défi est de rebâtir la coalition péquiste, une tâche essentielle, pas seulement pour gagner l'élection puis un éventuel référendum, mais aussi pour éviter que le PQ ne devienne « le parti d'une génération ».

Ce parti qui a déjà eu 300 000 membres n'en a plus que 73 000. La moyenne d'âge de ses membres est de 61 ans. On n'y trouve plus beaucoup de jeunes. Et il n'est plus l'allié - et la voix à l'Assemblée nationale - des syndicats et des groupes populaires, écologistes ou progressistes.

Sans compter qu'il a bousillé, ces dernières années, ses rares ponts avec les communautés culturelles.

Parmi tout ce monde, c'est surtout aux jeunes que le PQ doit s'adresser, sans quoi le parti et son projet politique sont condamnés à mourir.

Or, des enquêtes effectuées peu après la dernière élection montrent que chez les 18-24 ans, le PQ était au dernier rang, avec à peine 16 % des voix.

On ne ramènera toutefois pas les jeunes au PQ avec le discours que tient actuellement ce parti. Ainsi, il ne lui suffira pas de dire qu'il est contre Énergie Est et pour l'électrification des transports pour convaincre les jeunes qu'il s'est converti aux valeurs écologistes. Trop de gens se souviendront longtemps du pétrole d'Anticosti et de la cimenterie de Port-Daniel!

De plus, comme on l'a vu lors de l'épisode de la charte des valeurs, on n'attire pas les jeunes avec un discours identitaire qui va à l'encontre de leurs propres valeurs. Dit simplement, un foulard ne dérangera guère ceux qui ont fait toutes leurs études avec des « enfants de la loi 101 ».

Les plus jeunes se reconnaissent dans les politiciens avec lesquels ils croient partager les mêmes valeurs, pas dans ceux dont ils appuient la stratégie. C'est beaucoup ce qui explique l'appui dont jouit actuellement Justin Trudeau.

Or, s'il y a une chose que Jean-François Lisée a démontrée - et écrite - depuis 20 ans, c'est que ses valeurs ont tendance à être au service des impératifs stratégiques du moment plutôt que l'inverse.

Deux grands défis à relever en deux ans seulement avant les prochaines élections, pour un chef qui a lui-même placé la barre très haut et qui n'a pas d'autre choix que de gagner en 2018.

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