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Les électeurs en milieux urbains comptent moins que ceux en milieux ruraux

Alors que l'Alberta révise actuellement sa carte électorale, des experts disent que les votes des électeurs des milieux ruraux comptent plus que ceux des milieux urbains dans la province.

Des circonscriptions des villes d’Edmonton, de Calgary et de Red Deer comptent deux fois plus de personnes que certaines circonscriptions rurales.

« Au final, le vote des électeurs en milieu rural compte plus que ceux des circonscriptions urbaines », lance le professeur de sciences politiques à l’Université Mount Royal, Duane Bratt.

La commission provinciale sur le redécoupage électoral, qui vient d'être nommée, tentera de réduire ces disparités. La dernière révision de la carte électorale date de 2009.

La nouvelle commission sera dirigée par la juge Myra Bielby. Ses membres examineront la population de chaque circonscription, la compareront à la moyenne et recommanderont des changements aux limites des circonscriptions électorales existantes pour les rapprocher de la moyenne de 48 884 personnes par circonscription.

« Le principe démocratique fondamental qui sous-tend cela [la révision] est que chaque vote d'électeur devrait être relativement équivalent à celui d’un autre électeur », a déclaré Mme Bielby.

Dans la capitale, la circonscription la plus peuplée est Edmonton Sud-Ouest. Elle compte environ 66 489 personnes. À 450 kilomètres au nord-ouest, la circonscription de Dunvegan-Central Peace-Notley ne compte que 25 192 personnes.

« Je pense vraiment que dans une zone urbaine, il n'y a aucune raison de sous-représentation », a déclaré le maire d'Edmonton, Don Iveson. La population d'Edmonton-Sud-Ouest a doublé entre 2011 et 2016, selon le dernier recensement de Statistique Canada, tandis que celle de Dunvegan-Central Peace-Notley n'a augmenté que de 9 % pendant la même période.

Don Iveson croit qu'une partie de la solution est de donner à Edmonton une autre circonscription, ce qui ferait passer sa représentation de 19 à 20 sièges à l'Assemblée législative.

Le fait que certains Albertains obtiennent deux fois plus de voix que d'autres à l’Assemblée législative est vraiment difficile à défendre de nos jours

Don Iveson, maire d'Edmonton

Le député de la plus grande circonscription d'Edmonton, Thomas Dang, dit qu'il soutient une distribution uniforme de la population parmi les circonscriptions au lieu de l'écart important qui existe maintenant.

« Quand les Albertains votent lors d'une élection générale, personne ne veut se dire "Votre vote compte plus que le mien." Je pense qu'il est très important de garder cet écart aussi petit que possible », a lancé Thomas Dang.

Les nouvelles données du recensement de 2016 montrent que le nombre de personnes vivant dans la région d'Edmonton a augmenté de 13,9 % depuis 2011. « Nous savons que la population de l'Alberta a beaucoup augmenté depuis la dernière révision de la commission. Le travail de la commission est vital pour assurer la représentation efficace des Albertains, la pierre angulaire de la démocratie », a déclaré la ministre de la Justice, Kathleen Ganley.

Pas de nouveau siège permis

La commission a toutefois des règles à suivre. En vertu de la loi actuelle, le nombre de circonscriptions en Alberta doit être de 87.

« Ce n'est pas simplement un exercice mathématique », a souligné Mme Bielby. « Si c'était le cas, quelqu'un pourrait simplement s'asseoir avec un crayon et du papier, diviser la population par 87 et commencer à dessiner des carrés sur la carte jusqu'à ce que tout soit fait ».

Avant de redessiner les limites, la commission doit examiner les intérêts culturels, sociaux et économiques d'une région.

Les membres de la commission ne peuvent pas diviser les communautés et les régions qui ont « des moyens de subsistance semblables, des antécédents culturels similaires, des défis physiques semblables », affirme la présidente de la commission Myra Bielby.

Pour le chef du Wildrose, Brian Jean, ce dernier facteur est une bonne nouvelle. La population de sa circonscription Fort McMurray-Conklin est de 29 533 personnes, ce qui est bien inférieur à la moyenne provinciale.

« La population n'est qu'un des facteurs dont la loi et les arrêts de la Cour suprême doivent tenir compte », explique Brian Jean. « Je suis convaincu que la commission sera respectueuse des défis géographiques qui se posent dans notre province lorsqu'ils examinent les limites ».

Répercussions politiques

Si la commission recommande de rendre les circonscriptions rurales plus grandes tant géographiquement qu'en population, il sera difficile d'éviter le contrecoup politique, souligne le politologue Duane Bratt.

Traditionnellement, le Parti progressiste-conservateur et le Wildrose obtiennent plus de sièges ruraux, alors que les libéraux et les néo-démocrates remportent plus de sièges dans les villes.

« Cela va défavoriser le Wildrose qui est plus fort dans les régions rurales de l'Alberta. Même si les mathématiques de la commission se maintiennent, ce n'est pas comme ça qu'on va les voir », a lancé M. Bratt. « Cela va être considéré comme un geste partisan de la part du gouvernement ».

La Commission tiendra des audiences publiques à la fin du mois de février à Calgary, Edson, Slave Lake et Westlock avant de rédiger un rapport provisoire en mai.

Le rapport final et les recommandations de la commission doivent être soumis à l'Assemblée législative en octobre.

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