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Les enjeux autochtones relégués au second plan regrettent certains chefs

Alors que le Mois national de l'histoire autochtone a débuté ce vendredi, certains chefs des Premières Nations dénoncent l'incohérence des politiques gouvernementales dans les dossiers qui les concernent.

Un texte de Justine Cohendet

« La proclamation de journées officielles ou les reconnaissances officielles sont de bons moyens de faire des relations publiques », lance Patrick Madahbee, le grand chef du conseil de la Nation Anishinabek lorsqu'on lui demande ce qu'il pense de cet événement. Selon lui, ce genre de reconnaissance tombe dans l’oubli après un certain temps.

Le Mois national de l’histoire autochtone a été décrété il y a neuf ans, par le gouvernement de Stephen Harper.

« Ce Mois ne pouvait pas tomber à un meilleur moment », considère pour sa part le chef régional ontarien de l'Assemblée des Premières Nations, Isadore Day, qui croit que les récentes prises de position du gouvernement fédéral nécessitent l'ouverture d'un dialogue.

Déception

Isadore Day regrette notamment que la décision du gouvernement de Justin Trudeau d’acheter à Kinger Morgan le pipeline Trans Mountain fasse fi de la volonté de certaines Premières Nations.

« Au lieu du pipeline, pourquoi ne pas mettre en place des canalisations d’eau potable qui viendraient remplacer les avis de faire bouillir l’eau », renchérit Patrick Madahbee avant d’ajouter : « Je crois qu’avec le temps, le premier ministre va se rendre compte que les Autochtones ne croient plus en lui ».

« Ne plus attendre après le gouvernement »

L'avocate et chargée d'enseignement à l’Université Laurentienne, Nawel Hamidi, abonde dans le même sens. « Les gouvernements autant au niveau fédéral que provincial ont échoué à faire respecter les droits fondamentaux que sont la santé, la sécurité et la dignité humaine », explique-t-elle.

La chercheuse sur les impacts de la colonisation rappelle que l'accès aux soins et aux services en santé mentale est, entre autres, insuffisant dans les communautés autochtones.

Selon Nawel Hamidi, les enjeux sont « nationaux » parce que le « système qui est dédié aux premiers peuples est le même ».

Renégociations des traités en Ontario

Si les revendications se ressemblent parfois d'une province à l'autre, le ou la nouvelle première ministre de l'Ontario devra se saisir de ces enjeux, estime Isadore Day.

Le chef régional de l'Assemblée des Premières Nations pour l'Ontario souhaite que ce mois national de l'histoire autochtone permette un dialogue provincial notamment sur la révision de la rente annuelle du traité Robinson-Huron.

Vingt et une Premières Nations poursuivent les gouvernements ontarien et fédéral afin qu'ils augmentent les revenus tirés des ressources exploitées sur les territoires concernés par ce traité signé en 1850.

La dernière audience relative à ce dossier aura lieu lundi prochain, à Sudbury.

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