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Les enjeux électoraux des francophones du Nord-Ouest

La santé et l'éducation figurent au sommet des dossiers importants pour les francophones du Nord-Ouest de l'Ontario, mais la réalité de cette communauté, qui forme une petite minorité dans un immense territoire, amène des enjeux particuliers.

Un texte de Miguel Lachance

Martin Blanchet, un musicien qui habite à Thunder Bay depuis 10 ans, aimerait avant tout que les partis tiennent leurs promesses. « Chaque élection, on se fait bourrer de menteries [..], mais il y du monde qui s’en rendent pas compte, d’autres qui ne votent pas et ça achète des votes. »

Claudette Gleeson, la vice-présidente de l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO), indique qu’un défi constant pour la communauté est d’être visible auprès des différents palliers de gouvernement et de la majorité anglophone.

« Nous sommes très minoritaires, c'est difficile de se faire entendre parfois », explique-t-elle.

Des services de santé en français de qualité

En matière de santé, les francophones du Nord-Ouest espèrent que la province en entier sera un jour désignée en vertu de la Loi sur les services en français.

Il s’agit d’une des recommandations du Commissaire aux services en français François Boileau.

Pour la vice-présidente de l’AFNOO, cela permettrait d’assurer que les francophones du Nord-Ouest ne soient pas ignorés lorsqu'il est question de santé.

À Greenstone, au nord-est de Thunder Bay, près du quart des habitants sont francophones selon le recensement de 2016. Or, selon une citoyenne de l’endroit, il n'y a en ce moment qu'un seul médecin bilingue dans la municipalité.

S’inspirer du Québec dans certains domaines

Martin Blanchet, de Thunder Bay, est plutôt satisfait du système de santé ontarien, qu’il trouve supérieur à celui du Québec, d’où il est originaire.

Le père de trois enfants pense cependant que le gouvernement québécois en fait plus pour aider les familles.

Il cite en exemple le modèle des garderies subventionnées, qu’il aimerait voir implanté en Ontario : « On paie le plein prix. Ce ne serait pas obligé d’être pour tous les enfants. Déjà [subventionner] le 2e enfant d’une famille, par exemple, ça serait un début. »

Martin Blanchet croit que l’Ontario pourrait également emprunter des idées du Québec en ce qui concerne la culture.

Il est d’avis que davantage de subventions dans ce domaine sont nécessaires par le biais notamment des programmes du Conseil des arts de l’Ontario, et surtout pour les communautés linguistiques en situation minoritaire.

L'éducation en français à tous les niveaux

Les jeunes francophones de Thunder Bay ont en général deux choix après le secondaire : s’exiler pour étudier en français ou rester sur place et étudier dans un collège ou une université anglophone.

« On sait qu'on ne pourra pas avoir une université francophone dans le Nord-Ouest, nous sommes réalistes », explique Mme Gleeson. « Mais nous pensons qu’il existe une solution créative pour desservir nos jeunes francophones qui en ce moment n’ont pas accès à des cours de niveaux postsecondaires dans la région. »

Dans certains secteurs, l’offre de cours en français s’arrête après le primaire.

Immigration et main-d’oeuvre

Environ 1 500 postes ont besoin d’être pourvus à Thunder Bay. Dans la municipalité de Sioux Lookout, qui compte environ 5 000 habitants, c’est 135 emplois qui sont affichés en ce moment selon Paula Haapanen, du Réseau de soutien à l’immigration francophone du Nord de l’Ontario.

« Il n’y a pas de croissance de la population dans le Nord-Ouest depuis 40 ans. [..] Ça veut dire que nous sommes passés par plusieurs gouvernements de plusieurs partis politiques et que personne ne prend la situation économique ou celle de la démographie sérieusement. »

« Juste dans le district de Thunder Bay, nous avons besoin de 50 000 personnes d’ici 2041 pour maintenir l’économie telle quelle, sans parler de croissance. Cela pourrait être par exemple des gens de Toronto, des immigrants, ou même des immigrants installés à Toronto. »

Claudette Gleeson de l’AFNOO affirme que la communauté francophone souhaite travailler de concert avec le gouvernement pour atteindre la cible de 5% d’immigration francophone.

« On espère qu’il y en aura qui viendront dans le Nord-Ouest. »

Pérennité et croissance des organismes francophones

Claudette Gleeson est un peu inquiète face à un nouveau gouvernement : « On risque de perdre certains droits quand il y des changements de gouvernement et on se sait pas comment tous les partis vont travailler avec nous. »

Elle est toutefois confiante pour les prochaines années : « Il y a eu des avancements dans les dernières années pour les francophones, et nous voulons continuer sur cet élan pour rejoindre tous les francophones avec nos services et assurer la survie de la francophonie dans le Nord-Ouest de l’Ontario »

Mme Gleeson est convaincue que cette survie ne sera pas possible sans l’appui des francophones du reste de la province, en plus du soutien des élus.

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